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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2402854

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2402854

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2402854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOHNER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 avril 2024, et des pièces du 24 mai 2024, M. A B, représenté par Me Bohner, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " ou mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer entretemps une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de délivrance de titre de séjour ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun moyen n'est fondé

Un mémoire en défense de la préfète du Bas-Rhin a été enregistré le 3 juin 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2024 :

- le rapport de Mme Merri, première conseillère,

- les observations de Me Bohner, avocate de M. B, présent à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né en 2004, est entré en France en janvier 2021 avec sa mère et son frère aîné, aux fins d'y solliciter l'asile. Le 15 avril 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " étudiant " en application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 novembre 2023, dont il demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / ().".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en janvier 2021, à l'âge de seize ans, et y résidait depuis presque trois ans à la date de la décision attaquée. Il justifie avoir entamé, dès son arrivée en France, une scolarité avec sérieux et assiduité, de la classe de seconde générale et technologique allophone au lycée Couffignal de Strasbourg, puis en classe de seconde " sciences et technologie en Hôtellerie Restauration " au lycée professionnel Alexandre Dumas à Illkirch, jusqu'à la classe de première professionnelle dans le même établissement où il prépare actuellement le baccalauréat professionnel en Hôtellerie et Restauration. Ses bulletins scolaires révèlent de très bons résultats compte tenu des difficultés de compréhension en français, son comportement exemplaire, son assiduité, son sérieux et sa détermination. Il justifie en outre de nombreuses attestations favorables de ses professeurs, qui témoignent de son intégration dans l'établissement et dans la classe, et de son apprentissage rapide du français. Il a obtenu le DELF B1 en français le 10 juillet 2023. Il ressort encore des pièces du dossier que M. B a déjà réalisé, dans le cadre de son cursus scolaire, trois stages professionnels en cuisine dans des établissements réputés de la région. L'ensemble de ces éléments témoignent de ses efforts d'intégration, de son sérieux et de son insertion dans la société française.

5. La circonstance que la mère et le frère aîné du requérant, présents en France, ont fait l'objet de mesures d'éloignement suite au rejet de leur demande d'asile, est sans incidence sur la situation particulière de M. B.

6. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement que la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. B.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la décision de refus de titre de séjour est illégale et doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français avec délai et fixation du pays de renvoi doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2023, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. B d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer ce titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bohner, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à son profit de la somme de 1 000 euros hors taxes en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 :L'arrêté du 17 novembre 2023 refusant l'admission au séjour de M. B, lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi est annulé.

Article 3 :Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 :L'Etat versera une somme de 1 000 (mille) euros hors taxes à Me Bohner, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Bohner et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Faessel, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

D. MERRI

Le président,

X. FAESSEL La greffière,

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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