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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404587

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404587

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL MAINNEVRET - MALBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en production de pièces enregistrés les 30 juin, 5 et 9 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Mainnevret, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui restituer son passeport ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est établi dès lors qu'en l'absence de passeport, il ne peut plus se rendre en Algérie et il est en situation de précarité administrative ;

- la mesure est utile ;

- la restitution de son passeport ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ".

2. M. A, ressortissant algérien, a déclaré être entré irrégulièrement en France en octobre 2020. Par un arrêté du 26 juin 2021, la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français. En application des dispositions précitées de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a remis son passeport à la préfecture le 13 juin 2022. M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui restituer son passeport.

Sur la demande de mesures utiles :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

4. Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

5. M. A fait valoir que la rétention par la préfecture de son passeport depuis plus de deux ans fait obstacle à sa liberté d'aller et de venir sur le territoire national et d'effectuer certaines démarches administratives, alors même que l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été faite le 26 juin 2021 ne peut plus faire l'objet d'une exécution d'office

6. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction qu'à la suite du placement en garde à vue de M. A pour vol le 15 octobre 2022, une nouvelle obligation de quitter le territoire français a été édictée à son encontre par un arrêté du 16 octobre 2022, arrêté qui reste toujours exécutoire à ce jour par application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 26 janvier 2024. La restitution à M. A de son passeport serait donc de nature à faire obstacle à l'exécution de l'arrêté du 16 octobre 2022 lui faisant obligation de quitter le territoire français. D'autre part, contrairement à ce qu'il soutient, le requérant peut faire la preuve de son identité par la production du certificat de dépôt de passeport valant justificatif d'identité qui lui a été remis par les services de la préfecture du Bas-Rhin, conformément aux dispositions de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et la substitution de ce document au passeport de l'intéressé ne fait pas obstacle à ce qu'il effectue les démarches administratives qui ne sont pas subordonnées à la régularité de son séjour en France et, notamment, les démarches en vue d'organiser son retour dans son pays d'origine ou le Portugal. Enfin, et en tout état de cause, M. A, s'il dit souhaiter retourner en Algérie ou gagner le Portugal, ne fait état, à l'appui de la présente requête en référé, d'aucun projet concret de sortie du territoire français, vers son pays d'origine ou un Etat tiers. Dans ces conditions, la condition d'urgence qu'il y aurait à ordonner à la préfète du Bas-Rhin de lui restituer sans tarder son passeport ne peut dès lors être regardée comme satisfaite.

7. Il suit de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante, la somme sollicitée par le requérant.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Strasbourg, le 18 juillet 2024.

Le juge des référés,

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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