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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404854

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404854

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (2)
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, M. D B, représenté par Me Kling, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, dans un délai de 30 jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour ;

3) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. B soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

Sur le pays de renvoi :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

En application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le président du tribunal a désigné Mme Merri pour statuer sur les litiges visés par cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Merri, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant bangladais né en 1999, est entré sur le territoire le 9 décembre 2022. La demande d'asile qu'il a présentée le 19 décembre suivant a successivement été rejetée par l'Ofpra le 20 avril 2023 puis par la CNDA le 11 avril 2024. Par un arrêté du 18 juin 2024, dont M. B demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'incompétence de l'auteur des décisions contestées :

2. Par un arrêté du 13 juin 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le 14 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A E, directeur des migrations et de l'intégration, à Mme C, cheffe de la section asile du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer les décisions attaquées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ne résulte d'aucun des termes de la décision contestée que celle-ci serait entachée d'un défaut d'examen, quand bien même elle ne mentionnerait pas le contrat de travail à durée indéterminée conclu le 18 décembre 2022, que le requérant ne justifie pas avoir porté à la connaissance de l'administration.

4. En deuxième lieu, M. B ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la décision contestée n'a pas pour objet de lui refuser un titre de séjour.

5. En troisième lieu, M. B invoque la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ne justifie d'aucun lien privé ou familial susceptible de protection. S'il se prévaut de sa situation professionnelle, le contrat de travail conclu le 18 décembre 2022 en tant qu'employé polyvalent ne permet pas de constater une insertion professionnelle significative. Par suite, le requérant n'établit pas l'atteinte excessive qu'aurait portée la préfète du Bas-Rhin à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen doit être écarté.

6. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a entaché la décision en litige d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

7. M. B, qui se borne à soutenir que la préfète du Bas-Rhin n'a pas apprécié les craintes qu'il a exprimées en cas de retour dans son pays d'origine, n'assortit pas ce moyen des précisions nécessaires à l'examen de son bien-fondé.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

9. En premier lieu, il ressort des termes de la décision contestée que la préfète a eu égard à la date d'entrée du requérant en France, à l'absence de liens stables dans ce pays, au fait qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public et au fait qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite, la décision est conforme à l'exigence de motivation telle que prévue par l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté.

10. En deuxième lieu, le moyen tenant à l'erreur de droit doit être écarté pour les mêmes motifs qu'au point précédent.

11. En troisième lieu, dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 5, M. B ne justifie d'aucun lien particulier avec la France, il n'est pas établi qu'en fixant à un an, sur les deux possibles, la durée de son interdiction de retour sur le territoire français, la préfète aurait commis une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par le requérant à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 octobre 2024.

La magistrate désignée,

D. MERRI

La greffière

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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