Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I.
Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024 sous le n° 2405093, M. A... C..., représenté par Me Kling, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 3 juillet 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;
2°) d’enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l’obligation de quitter le territoire :
- le signataire de la décision ne justifie pas d’une délégation régulièrement publiée ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
Sur le pays de destination :
- la décision est entachée d’incompétence ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
Sur l’interdiction de retour :
- la décision n’est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d’erreur de droit ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II.
Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024 sous le n° 2405094, M. D... C..., représenté par Me Kling, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 3 juillet 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;
2°) d’enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D... C... soulève les mêmes moyens que ceux qui sont invoqués par son père, M. A... C..., à l’appui de la requête n° 2405093.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
III.
Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024 sous le n° 2405095, Mme B... G..., représentée par Me Kling, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 3 juillet 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;
2°) d’enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme G... soulève les mêmes moyens que ceux qui sont invoqués par M. A... C... à l’appui de la requête n° 2405093.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Michel, magistrat honoraire inscrit sur la liste prévue à l’article L. 222-2-1 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés à l’article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Michel, magistrat désigné ;
- les observations de Me Kling, avocate des consorts I... ;
- et les observations des consorts I..., assistés de Mme H..., interprète en langue arménienne.
La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n’était ni présente, ni représentée.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Les requêtes nos 2405093, 2405094 et 2405095 présentées par Mme G..., M. A... C... et M. D... C... sont relatives à la situation de membres d’une même famille d’étrangers et présentent à juger des mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.
Mme G..., M. A... C..., son époux, M. D... C..., son fils, ressortissants arméniens, sont entrés sur le territoire français le 22 mai 2023, accompagnés de la belle-mère de Mme G..., Mme F..., et de la fille de Mme G... et M. C..., Mme J... C..., née en 2007. Les demandes d’asile des requérants ont été rejetées par des décisions du 9 novembre 2023 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l’article L. 531-24 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par des arrêtés du 21 décembre 2023, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 28 février 2024 et par la cour administrative d’appel de Nancy le 9 août 2024, la préfète du Bas-Rhin les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d’office à l’expiration de ce délai et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. La Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ayant rejetée le 8 avril 2024 les recours présentés par les consorts I... le 13 février 2024, la préfète du Bas-Rhin a obligé Mme G..., M. A... C... et M. D... C... à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé leur pays de renvoi et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an, par trois arrêtés du 3 juillet 2024, dont les requérants demandent l’annulation.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
Par un arrêté du 13 juin 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 14 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme E..., à l’effet de signer, notamment, les obligations de quitter le territoire français prises sur le fondement du 4° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les décisions fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen propre aux obligations de quitter le territoire français :
Les requérants se prévalent de la scolarisation de M. D... C... et de sa sœur mineure, de leur apprentissage du français, de leurs efforts d’intégration ainsi que des liens qu’ils auraient sur le territoire. Il ressort toutefois des pièces des dossiers qu’ils n’étaient présents en France que depuis un an à la date des arrêtés en litige et ils ne produisent aucun élément de nature à démontrer qu’ils y ont des liens d’une ancienneté ou intensité particulières. Ni la scolarisation des enfants, qui présente un caractère récent et dont il n’est pas établi qu’elle ne pourrait se poursuivre en Arménie, ni les allégations, non étayées, des requérants selon lesquelles ils apprennent le français, ne permettent d’établir une intégration particulière. Dans ces conditions, les mesures d’éloignement en litige ne peuvent être regardées comme entachées d’une erreur manifeste dans l’appréciation de la gravité de leurs conséquences sur la situation des intéressés.
En ce qui concerne le moyen propre aux décisions fixant le pays de renvoi :
Aux termes de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ». Aux termes de ces stipulations : « « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».
Les requérants, dont les demandes d’asile ont, au demeurant, été rejetées par l’OFPRA et la CNDA, soutiennent qu’en cas de retour en Arménie, ils seraient exposés à des traitements contraires à ces stipulations en raison des menaces exercées par l’ancien employeur de M. A... C... et invoquent également un risque d’enrôlement forcé. Les éléments qu’ils produisent, à savoir leurs propres récits et une convocation adressée à M. A... C... devant une juridiction arménienne en qualité de témoin, ne suffisent toutefois pas à établir la réalité des risques ainsi allégués. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant leur pays de renvoi sont entachées d’une erreur manifeste dans l’appréciation de la gravité de leurs conséquences sur leur situation.
En ce qui concerne les moyens propres aux décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :
Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « (…) l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français (…) ». Aux termes de l’article l. 612-10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (…) ».
En premier lieu, ces décisions, qui comportent les motifs de fait et de droit qui en constituent le fondement, sont suffisamment motivées.
En deuxième lieu, il ressort des termes des arrêtés en litige, qui mentionnent les éléments relatifs à la durée de présence en France des requérants, à leurs liens avec la France, l’absence de menace pour l’ordre public et l’absence d’une précédente mesure d’éloignement, que la préfète a pris en compte, au vu de la situation des intéressés, l’ensemble des critères prévus par la loi. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.
En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu’énoncés au point 4 et en l’absence de tout autre élément, les décisions contestées ne sont entachées d’aucune erreur d’appréciation.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par les requérants ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles tendant à l’application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu’être rejetées.
D É C I D E :
Les requêtes de Mme G..., M. A... C... et M. D... C... sont rejetées.
Le présent jugement sera notifié à Mme B... G..., à M. A... C..., à M. D... C..., à Me Kling et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
C. MICHEL
La greffière,
D. HIRSCHNER
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,