jeudi 29 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2405366 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BOHNER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 25 juillet 2024, M. A B, actuellement détenu au centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Il soutient que :
- il vit en France depuis 2002 et fait état d'une bonne intégration sur le territoire, où vivent ses parents et sa compagne ;
- il regrette les délits commis et souhaite demeurer et travailler en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pouget-Vitale en application des dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pouget-Vitale, magistrat désigné ;
- les observations de Me Bohner, représentant M. B, qui soulève un moyen de légalité externe, tiré de ce que le fichier du traitement des antécédents judiciaires a été consulté sans saisine du procureur de la République compétent aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, en méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de la sécurité intérieure, et sur le fond, rappelle que le requérant est né aux Pays-Bas, est entré en France en 2004, que son père bénéficie de la qualité de réfugié, qu'il a suivi une scolarité jusqu'à l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle, qu'il n'a pu solliciter un titre de séjour dès sa majorité dès lors qu'il n'avait aucun passeport, que la menace à l'ordre public qu'il est susceptible de constituer doit être mise en balance avec son droit au respect d'une vie privée et familiale normale, qu'il ne dispose d'aucun lien avec son pays d'origine, que son père et ses frères et sœurs vivent en France, qu'en raison du statut de réfugié de son père, il avait également la qualité de réfugié lorsqu'il était mineur ;
- les observations de M. B.
Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Deux notes en délibéré ont été présentées pour M. B les 20 et 22 août 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant bosnien né en 2002, est entré en France à l'âge d'un an, accompagné de son père. Par jugement du 18 novembre 2022, le tribunal correctionnel de Mulhouse l'a condamné à une peine de trois ans d'emprisonnement délictuel, et a décerné un mandat de dépôt à son encontre, pour des faits de proxénétisme aggravé. Par l'arrêté en litige du 18 juillet 2024, le préfet du Haut-Rhin a rejeté sa demande de titre de séjour formulée en qualité d'enfant de réfugié, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, pour une durée de trois ans.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. M. B, âgé de 22 ans et entré en France en 2004, se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire français, du fait qu'il n'a jamais séjourné dans le pays dont il est le ressortissant, des difficultés rencontrées pour solliciter un titre de séjour, de la présence de membres de sa famille en France et notamment d'une compagne, de sa scolarité lui ayant permis l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle, et du contrat d'apprentissage dont il a bénéficié du 12 novembre 2018 au 1er juillet 2020.
4. Toutefois, d'une part, M. B ne justifie pas être dépourvu de toute attache en Bosnie, pays dont il maîtrise la langue à l'écrit comme à l'oral, et ne justifie pas davantage de la nature et de l'intensité des liens avec les membres de sa famille présents en France. A ce titre, le requérant ne fournit aucune attestation de ses proches ni même aucun élément permettant de caractériser un maintien du contact entre son père et sa fratrie durant sa période de détention, qui a débuté le 18 novembre 2022. De même, le dossier ne permet pas d'établir la réalité de la relation de concubinage invoquée par M. B, qui doit ainsi être regardé, dans l'état du dossier, comme un célibataire sans charge de famille. D'autre part, les éléments liés à sa scolarité et à son début de parcours professionnel sont insuffisants pour établir que M. B aurait fixé le centre de ses intérêts privés sur le territoire, sa dernière période d'emploi ayant pris fin en juillet 2020. En outre, il ressort du dossier que le requérant a été convoqué le 5 août 2021 au sein des services de la préfecture du Haut-Rhin en vue de déposer une demande d'admission au séjour, et l'intéressé n'établit pas s'être rendu à ce rendez-vous, de sorte que les difficultés invoquées pour solliciter un titre de séjour ne sont pas, en l'état du dossier, exclusivement imputables à la préfecture, d'autant que le requérant n'a jamais sollicité un autre titre ni même la nationalité française malgré une durée de présence significative en France. Enfin, comme indiqué au point 1, le requérant a fait l'objet en novembre 2022 d'une condamnation pénale significative pour des faits de proxénétisme aggravé, commis du 16 septembre 2021 au 31 décembre 2021. Ces faits ont été commis sur une période importante et au préjudice d'une mineure. Ce comportement délictueux illustre à lui seul un défaut d'intégration dans la société française et est de nature à établir que la présence de M. B en France constitue une menace grave et actuelle pour l'ordre public.
5. Ainsi, au regard de l'ensemble de ces éléments et des conditions de séjour en France du requérant, qui demeure incarcéré jusqu'en fin d'année 2024 d'après ses déclarations, l'arrêté en litige ne porte pas à la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris, tenant notamment à la protection de l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 40-29 du code de la sécurité intérieure : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. () ".
7. La saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du procureur de la République, imposée par les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, a pour objet de protéger les personnes faisant l'objet d'une mention dans le traitement d'antécédents judiciaires constitué par les services de police et de gendarmerie nationales aux fins de faciliter leurs investigations. Elle constitue, de ce fait, une garantie pour toute personne dont les données à caractère personnel sont contenues dans les fichiers en cause.
8. Dans l'arrêté attaqué, le préfet du Haut-Rhin a constaté que le requérant faisait l'objet de mentions au traitement des antécédents judiciaires, concernant des infractions de port sans motif légitime d'arme de catégorie D, de refus d'obtempérer et délit de fuite, de conduite sans permis, de violence en réunion et d'agression sexuelle. Le requérant soutient que le préfet du Haut-Rhin n'a pas sollicité les services de la procureure de la République de Mulhouse en vue de connaître les suites judiciaires apportées à ces enquêtes, en méconnaissance du texte cité au point 6. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que l'infraction pénale pour laquelle le requérant a été condamné suffit à caractériser la menace pour l'ordre public que son comportement constitue. Dans ces conditions et à supposer que les services compétents de la police nationale ou de la gendarmerie nationale pour complément d'information, ou le procureur de la République compétent aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, n'aient pas été saisis en méconnaissance des dispositions l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris les mêmes décisions en se fondant sur ces seuls éléments. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'un vice de procédure doit être écarté.
9. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de ce que, en raison du statut de réfugié de son père, M. B doit également se voir attribuer le même statut, est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, et ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2024.
Le magistrat désigné,
V. Pouget-VitaleLa greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026