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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2405807

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2405807

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2405807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantOLSZAKOWSKI JONAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 6 août 2024 sous le n° 2405807, M. C D, représenté par Me Olszakowski, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2024 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est insuffisamment motivée s'agissant du dépôt d'une demande de titre de séjour en raison de son état de santé ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que sa demande de titre de séjour en cours d'examen impliquait que le préfet sollicite l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 6 août 2024 sous le n° 2405808, Mme A D, représentée par Me Olszakowski, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2024 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

-la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est insuffisamment motivée s'agissant du dépôt par son époux d'une demande de titre de séjour en raison de son état de santé ;

-elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son époux a une demande de titre de séjour en cours d'examen ;

-la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

III. Par une requête, enregistrée le 6 août 2024 sous le n° 2405809, M. B D, représenté par Me Olszakowski, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2024 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

-la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est insuffisamment motivée s'agissant du dépôt par son père d'une demande de titre de séjour en raison de son état de santé ;

-elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son père a une demande de titre de séjour en cours d'examen ;

-la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Les requérants ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 25 novembre 2024

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dobry a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, son épouse Mme A D et leur fils M. B D, ressortissants de nationalité arménienne respectivement nés les 4 juillet 1984, 28 septembre 1984 et 21 mai 2006, sont entrés en France le 15 mai 2023 pour y demander l'asile. Leurs demandes d'asile ont été rejetées en dernier lieu par la cour nationale du droit d'asile le 9 février 2024, puis leurs demandes de réexamen ont été déclarées irrecevables par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 juin 2024. Par arrêtés du 19 juillet 2024, le préfet de la Moselle les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur encontre des interdictions de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans s'agissant de M. C D et d'un an s'agissant des deux autres requérants. Les requérants demandent, par trois requêtes qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, l'annulation de ces arrêtés.

Sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Les requérants ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il n'y a plus lieu de statuer sur leur demande d'octroi de cette aide à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, si M. C D a présenté, par voie postale, une demande de délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé, le préfet de la Moselle l'a informé que cette demande devait obligatoirement être présentée par voie dématérialisée et n'a ainsi pas procédé à son enregistrement. En l'absence de demande de titre de séjour régulièrement déposée par voie dématérialisée et de tout élément relatif à l'état de santé de M. D, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions contestées sont insuffisamment motivées eu égard à son état de santé et à la demande de titre de séjour le concernant qui serait en cours d'examen.

4. D'autre part, le moyen d'erreur d'appréciation, qui doit être requalifié en moyen d'erreur de droit en tant qu'il est soulevé par M. C D, tiré de ce que ce dernier a déposé une demande de titre de séjour, en cours d'examen, en raison de son état de santé, doit, pour les mêmes raisons, être écarté.

En ce qui concerne les interdictions de retour sur le territoire français :

5. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que les décisions contestées sont illégales du fait de l'illégalité des décisions d'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des consorts D aux fins d'annulation des arrêtés du 19 juillet 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Mme A D, à M. B D, au préfet de la Moselle et à Me Olszakowski. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Dobry, première conseillère,

Mme Poittevin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La rapporteure,

S. DOBRY

Le président,

P. REES La greffière,

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2405807

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