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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2406609

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2406609

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2406609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLAUMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2024, M. B, représenté par Me Laumin, demande au tribunal :

1°)d'annuler l'arrêté du 9 août 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°)de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.

Il soutient que :

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

Sur décision portant refus de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et méconnaît les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle doit être annulée par les mêmes moyens que ceux invoqués à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle doit être annulée par les mêmes moyens que ceux invoqués à l'encontre de décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 octobre 2024, l'instruction a été close au 7 janvier 2025 à 12h00.

Un mémoire produit par M. A, enregistré le 17 janvier 2025, postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Muller, rapporteur ;

- les observations de Me Laumin représentant M. A.

Le préfet du Bas-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant angolais, né le 4 juin 1999, est entré régulièrement en France le 1er août 2009, en compagnie de sa mère. Il a bénéficié d'une carte de séjour régulièrement renouvelée jusqu'au 29 juillet 2023. Le 13 novembre 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre, déclaré perdu. Il a bénéficié d'un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 12 mai 2024 puis d'un second récépissé valable jusqu'au 28 juillet 2024. Par un arrêté du 9 août 2024, dont M. A demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche pénale et de l'extrait du fichier policier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) que M. A a été condamné le 16 juin 2020 par le tribunal correctionnel de Strasbourg à 6 mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de complicité de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à 8 jours et pour diffusion de l'enregistrement d'images relatives à la commission d'une atteinte volontaire à l'intégrité de la personne commis le 22 mai 2020. Il a été à nouveau condamné le 8 décembre 2020 par le même tribunal à 5 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pour des faits de violences commis en réunion le 2 juin 2020. Par une décision du 18 octobre 2022, le juge d'application des peines a prolongé la période probatoire puis, par une décision du 13 juin 2023, a révoqué totalement le sursis probatoire.

4. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2009 à l'âge de 10 ans seulement et qu'il a été pris en charge par sa tante après que sa mère est retournée en Angola l'année suivante. Il soutient n'avoir conservé avec cette dernière aucune attache. Il fait valoir s'être marié religieusement avec une ressortissante française, qui atteste entretenir avec le requérant une relation amoureuse depuis cinq ans et vivre avec lui. Si le préfet du Bas-Rhin relève que l'ancienneté de cette relation n'est pas démontrée par les seules pièces au dossier avant le mois de janvier 2024, il n'en conteste pas l'existence. Le requérant fait également état de la présence de plusieurs cousins et de frères qui résideraient en France. Il indique être inséré professionnellement et se prévaut d'une formation d'installateur sanitaire et de son emploi en contrat de travail à durée indéterminée en tant qu'employé polyvalent au sein d'un commerce d'alimentation. En outre, M. A qui parle couramment le français indique ne pas maitriser le portugais, langue officielle de l'Angola. Enfin, si, ainsi qu'il a été dit au point 3, M. A a été condamné pour des faits commis en 2020 alors qu'il était à peine majeur, il ne s'est plus signalé depuis par un comportement délictuel.

5. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, compte tenu notamment de l'ancienneté des faits reprochés et de l'absence de réitération, de la durée de sa présence en France de quinze ans où il a vécu la majeure partie de son existence, de son très jeune âge à son arrivée sur le territoire et de l'absence d'attache dans son pays d'origine, M. A est fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il y a lieu, dès lors, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, de prononcer l'annulation de cette décision ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire, refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 août 2024 de la préfète du Bas-Rhin est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Haudier, présidente,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Muller, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

Le rapporteur,

O. Muller

La présidente,

G. Haudier

La greffière,

A. Dorffer

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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