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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407078

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407078

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407078
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMONOD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 et 26 septembre 2024 sous le n° 2407078, Mme C I, représentée par Me Monod, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ainsi que l'arrêté du même jour par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assignée à résidence dans le département de la Moselle pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision de transfert :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- elle n'a pas bénéficié de l'information prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle n'a pas bénéficié d'un entretien individuel et confidentiel, conformément aux dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit, en ce que la préfète du Bas-Rhin ne justifie pas que l'article 18-1, d) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 est applicable à sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

Sur la décision d'assignation à résidence :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité qui affecte la décision de transfert.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 27 septembre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

La préfète fait valoir que les moyens invoqués par Mme I ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 et 26 septembre 2024 sous le n° 2407079, M. D G, représenté par Me Monod, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ainsi que l'arrêté du même jour par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département de la Moselle pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision de transfert :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- il n'a pas bénéficié de l'information prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel et confidentiel, conformément aux dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit, en ce que la préfète du Bas-Rhin ne justifie pas que l'article 18-1, d) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 est applicable à sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

Sur la décision d'assignation à résidence :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité qui affecte la décision de transfert.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 27 septembre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

La préfète fait valoir que les moyens invoqués par M. G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouzar en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouzar, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Monod, avocate de Mme I et de M. G ;

- et les observations de Mme I, assistée de M. H, interprète en langue géorgienne.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.

Des notes en délibéré, présentées pour Mme I et M. G, ont été enregistrées le 27 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme I et M. G, ressortissants géorgiens nés en 1991 et en 1988, ont sollicité en France la reconnaissance de la qualité de réfugié. La consultation du fichier Eurodac a permis d'établir que les intéressés avaient préalablement sollicité l'asile en Allemagne. Les autorités allemandes, saisies le 23 juillet 2024 d'une demande de reprise en charge, ont donné leur accord le 25 juillet 2024. Par les deux présentes requêtes, qu'il convient de joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement, Mme I et M. G demandent au tribunal de prononcer l'annulation des arrêtés du 5 septembre 2024 par lesquels la préfète du Bas-Rhin a ordonné leurs transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de leur demande d'asile ainsi que les arrêtés du même jour par lesquels la préfète du Bas-Rhin les a assignés à résidence dans le département de la Moselle pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les arrêtés de transfert :

2. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le 30 août 2024, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. F, directeur des migrations et de l'intégration, à Mme B, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière et en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à Mme A E, cheffe du pôle régional Dublin, à l'effet de signer les arrêtés de transfert pris en application de la procédure Dublin. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que M. F et Mme B n'auraient pas été absents ou empêchés à la date des arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement ()

2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. /

3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. () ".

4. Il ressort des pièces des dossiers que les services de la préfecture de la Moselle ont remis à Mme I et M. G, le 18 juillet 2024, les brochures " A. J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ' " et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", comportant l'ensemble des informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ainsi que le guide du demandeur d'asile. Tous ces documents étaient rédigés en langue géorgienne, que les requérants parlent et comprennent. Ainsi, Mme I et M. G ne sont pas fondés à soutenir que les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ont été méconnues.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur.

Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type () ".

6. Il ressort des pièces des dossiers que Mme I et M. G

ont bénéficié d'un entretien individuel auprès des services de la préfecture de la Moselle, le 18 juillet 2024, et que ces entretiens ont été conduits en géorgien, que les intéressés parlent et comprennent. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que ces entretiens n'auraient pas été menés de manière confidentielle. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'entretien individuel et confidentiel doit être écarté comme manquant en fait.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 18-1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / () / d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ".

8. Les requérants se bornent à soutenir que l'administration ne justifie pas que les dispositions précitées du d) de l'article 18-1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 sont applicables à leur situation. En tout état de cause, il ressort des pièces des dossiers que les intéressés ont préalablement sollicité l'asile en Allemagne, ce qu'ils ont expressément confirmé lors de leurs entretiens individuels, indiquant que leur demande avait été rejetée le 25 avril 2024. Dans ces conditions, leur moyen ne peut qu'être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces des dossiers que Mme I et M. G sont entrés en France le 18 juillet 2024, accompagnés de leurs deux enfants nés en 2017 et en 2018, leur second enfant étant atteint d'une dystrophie musculaire de Duchêne. S'ils soutiennent qu'ils ont de la famille en France ainsi que des amis, ils ne produisent aucun justificatif à l'appui de leurs allégations. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués ont porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi et méconnu les stipulations précitées.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / () / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ". Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

12. Si les requérants soutiennent que leur demande d'asile a été rejetée en Allemagne et qu'ils risquent d'être reconduits en Géorgie, il ne ressort pas des pièces des dossiers que les autorités allemandes n'évalueront pas, avant de procéder à leur éventuel éloignement, les risques auxquels ils seraient exposés en cas de retour dans le pays dont ils ont la nationalité, ainsi que les conséquences d'une telle décision sur leur situation personnelle et familiale. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir que la préfète du Bas-Rhin aurait méconnu les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ou les dispositions de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les arrêtés d'assignation à résidence :

13. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le 30 août 2024, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. F, directeur des migrations et de l'intégration, à Mme B, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière et en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à Mme A E, cheffe du pôle régional Dublin, à l'effet de signer les décisions d'assignation à résidence prises en application notamment des articles L. 751-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que M. F et Mme B n'auraient pas été absents ou empêchés à la date des arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée ".

15. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme I et M. G ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité alléguée des arrêtés de transfert à l'encontre des mesures d'assignation à résidence.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes présentées par Mme I et M. G doivent être rejetées, y compris leurs conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes n° 2407078 et n° 2407079 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C I, à M. D G et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

M. Bouzar La greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

Nos 2407078, 2407079

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