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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407133

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407133

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407133
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e chambre
Avocat requérantSNOECKX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 septembre 2024 et le 25 octobre 2024, Mme C A, représentée par Me Snoeckx, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de la décision à intervenir, à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai, à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- la décision attaquée méconnaît l'autorité de la chose jugée dès lors que la préfète du Bas-Rhin n'a pas tiré les conséquences de la décision du tribunal de céans en date du 13 janvier 2023, devenue définitive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Par ordonnance du 25 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Snoeckx, représentant Mme A, présente à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane née en 1989, est entrée en France le 15 mai 2019. Elle a présenté une demande tendant à la reconnaissance du statut de réfugié qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 décembre 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 avril 2021. Sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 13 décembre 2021, décision confirmée par la CNDA le 15 mars 2022. Par un arrêté du 13 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin lui a retiré son attestation de demande d'asile, et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et l'arrêté du 13 octobre 2022 a fixé le pays de destination. Par jugement du 13 janvier 2023, le tribunal a annulé la décision susmentionnée en tant qu'elle a fixé le Nigéria comme pays de renvoi. Mme A a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 13 août 2024, la préfète du Bas-Rhin a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / (). ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président ou par le président de la commission mentionnée à l'article L. 432-13 ou à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement des dispositions précitées de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète du Bas-Rhin, pour fixer le Nigéria comme de pays de destination, a estimé que la requérante et ses filles n'étaient pas exposées à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Or, par un jugement du 13 janvier 2023, devenu définitif, le tribunal a annulé la décision du 13 octobre 2022 par laquelle le préfet du Bas-Rhin avait fixé le Nigéria, pays dont Mme A a la nationalité, comme pays de destination. Ce jugement était motivé par la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de la décision attaquée en raison, d'une part, de l'ineffectivité de l'application de la loi visant à pénaliser les mutilations génitales féminines adoptée en 2015 dans l'état d'Edo puisque cette pratique reste répandue dans cet état, et d'autre part, de la pratique de l'excision particulièrement importante dans le groupe ethnique bini, auquel appartient la requérante et dans la zone géographique où elle a vécu, de sorte que ses filles étaient exposées à un risque important d'excision. Chacun de ces deux motifs est le support nécessaire du dispositif de ce jugement. Ainsi, en l'absence de circonstances ou de fait ou de droit nouvelles prises en considération par le préfét, la décision préfectorale du 13 août 2024 fixant le pays de destination méconnaît l'autorité absolue de la chose jugée et doit pour ce motif être annulée.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. :

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (). ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A résidait en France depuis plus de cinq ans à la date de la décision en litige et qu'elle est mère célibataire de deux filles, nées respectivement en 2016 et 2019, scolarisées dans le système scolaire français. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, et eu égard notamment à la situation décrite au point 4 qui rappelle les motifs du jugement du tribunal du 13 janvier 2023, la préfète du Bas-Rhin a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'admettre à titre exceptionnel Mme A au séjour. La préfète du Bas-Rhin a également méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant qui imposent de prendre en considération l'intérêt supérieur de l'enfant. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le refus de titre de séjour en litige doit être annulé de même que, par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours prise sur son fondement.

Sur les conclusions à fin d'injonction

7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Bas-Rhin délivrer à Mme A un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Mme A est admise, par le présent jugement, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Snoeckx, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Snoeckx de la somme de 1 000 euros hors taxes. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée à la requérante.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté de la préfète du Bas-Rhin du 13 août 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Bas-Rhin de délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 (mille) euros hors taxes à Me Snoeckx, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Snoeckx renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée à la requérante.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Snoeckx et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Claude Carrier, président,

Mme Bronnenkant, première conseillère,

M. Guth, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

C. B

L'assesseure la plus ancienne,

H. BRONNENKANT

La greffière,

S. MICHON

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2407133

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