vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2407696 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SNOECKX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 11 et 18 octobre 2024, Mme B E et M. A G C demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Metz leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de leur octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de l'enregistrement de leurs demandes d'asile dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir ou, à défaut, de réexaminer leur situation ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros toutes taxes comprises à verser à leur conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- l'OFII n'a pas procédé à un examen particulier de leur situation ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dans l'application des articles L. 551-15, L. 573-4 et L. 573-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'ils sont en procédure Dublin et non en procédure de réexamen ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec les objectifs des articles 17 et 20 de la directive 2013/33/UE ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article
D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par des mémoires en défense enregistrés les 17 et 18 octobre 2024, l'OFII, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête, dépourvu de moyens, est irrecevable ;
- la décision attaquée peut être regardée comme une décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/EU du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Laubriat en application des dispositions des articles L. 555-1, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Laubriat, magistrat désigné ;
- et les observations de Me D, avocate de Mme E et M. C, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans ses écritures.
L'OFII n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E et M. C, ressortissants lybiens, sont entrés en France pour la première fois le 22 avril 2021. Ils ont déposé des demandes d'asile enregistrées le 29 avril 2021, demandes rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par des décisions du 27 décembre 2021 confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 13 juin 2022. D'après leurs déclarations, ils seraient retournés en Lybie en 2022 avant de revenir en France
le 24 août 2024 après avoir transité par l'Italie. Ils ont alors déposé de nouvelles demandes d'asile qui ont été enregistrées le 7 octobre 2024 en procédure Dublin. Par une décision du même jour, le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'ils présentaient des demandes de réexamen de leurs demandes d'asile. Mme E et M. C demandent l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, la décision attaquée, après avoir visé les articles L. 551-15 et
D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile indique le motif de refus des conditions matérielles d'accueil opposé aux requérants, à savoir qu'ils ont présenté des demandes de réexamen de leurs demandes d'asile. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée comme des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de leurs situations.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. () ".
5. Les cas de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévus par les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font partie des hypothèses fixées à l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE.
Ces dispositions écartent toute automaticité du refus et imposent un examen particulier de la situation du demandeur d'asile, en particulier de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré de ce que les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile seraient incompatibles avec les objectifs de la directive n° 2013/33/UE doit être écarté.
6. En quatrième lieu, selon l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. / Le fait que le demandeur ait explicitement retiré sa demande antérieure, ou que la décision définitive ait été prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38, ou encore que le demandeur ait quitté le territoire, même pour rejoindre son pays d'origine, ne fait pas obstacle à l'application des dispositions du premier alinéa. / Ces dispositions s'appliquent sans préjudice du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 ". Aux termes de l'article
L. 573-5 du même code : " Lorsque l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat européen le versement de l'allocation pour demandeur d'asile prévue à l'article
L. 553-1 prend fin à la date du transfert vers cet Etat ".
7. Les demandes d'asile présentées par Mme E et M. C à leur retour en France en août 2024, alors même qu'elles ont été enregistrées en procédure Dublin, sont assimilables à des demandes de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il s'agit bien de demandes d'asile présentées après que des décisions définitives ont été prises sur des demandes antérieures. Dans ces conditions, l'OFII pouvait, sans commettre d'erreur de fait ou d'erreur de droit, refuser aux requérants le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur le fondement du 3° de l'article
L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature ".
9. Les requérants soutiennent que la décision attaquée méconnaît l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que l'OFII n'a pas suffisamment pris en compte leur vulnérabilité. Ils font valoir qu'ils sont parents de six enfants mineurs et qu'ils ont signalé à l'OFII un problème de santé. Toutefois le seul fait que Mme E et M. C soient parents de six enfants âgés de 14, 11, 9, 7, 5 et 4 ans n'est pas, par lui-même, et en l'absence de toute autre précision, de nature à caractériser une vulnérabilité particulière. De même s'ils ont spontanément fait état, lors de l'entretien de vulnérabilité du 7 octobre 2024, du fait que deux de leurs enfants, asthmatiques, étaient en rupture de médicaments, ils n'ont fourni aucun document médical à l'appui de leurs déclarations. Ils n'ont pas produit plus de documents dans le cadre de leur recours. Enfin, ils ne fournissent aucun élément d'information sur leurs conditions de vie et d'hébergement depuis leur retour sur le territoire français en août 2024. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de
non-recevoir opposée par l'OFII, que les conclusions en annulation de la requête présentée par Mme E et M. C ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction tout comme celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de Mme E et de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à
M. A G C, à M. D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
A. LaubriatLa greffière,
R. Van Der Beek
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. Van Der Beek
N°2407696
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026