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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2408537

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2408537

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2408537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSNOECKX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 12 et 15 novembre 2024, M. B F, représenté par Me Snoeckx, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence pendant quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- la signataire de cette décision ne justifie pas avoir reçu délégation pour ce faire ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision de refus de séjour prive de base légale cette décision ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la désignation du pays de renvoi :

- l'illégalité des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale cette décision ;

Sur l'assignation à résidence :

- la signataire de l'arrêté ne justifie pas avoir reçu délégation pour ce faire ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale cette décision ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Thalinger substituant Me Snoeckx.

Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant turc né le 7 mai 1984, est entré en France le 1er avril 2019 selon ses dires. Par un courrier réceptionné le 12 décembre 2023, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 9 avril 2024, le préfet du Haut-Rhin a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Par un arrêté du 15 octobre 2024 notifié le 9 novembre suivant, le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence pendant quarante-cinq jours. Le requérant demande au tribunal l'annulation de ces décisions contenues dans ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 9 avril 2024 :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, cheffe du bureau de l'admission au séjour, qui disposait pour ce faire d'une délégation en vertu d'un arrêté du 21 août 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, lequel est au demeurant directement consultable en ligne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision de refus de séjour contenue dans cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet du Haut-Rhin a examiné le droit au séjour de M. F au regard non seulement de sa situation professionnelle et des éléments d'insertion qu'il faisait valoir mais aussi de sa situation personnelle et familiale, sur le fondement tant de l'article L. 435-1 que de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

5. M. F se prévaut de son séjour en France depuis plus de quatre ans, de la présence de deux frères en situation régulière et d'un contrat de travail à durée indéterminée en tant que plaquiste depuis plus d'un an, après avoir occupé divers autres emplois auparavant. Toutefois, le requérant ne fait ainsi valoir aucun droit au maintien sur le territoire français non plus qu'aucun obstacle à la poursuite de son existence en Turquie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans et où son épouse et leurs fils résident. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de M. F, les décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français n'ont pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Elles n'ont donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé.

6. En quatrième lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour ayant été écartés, le moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision de refus de séjour ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

7. En cinquième lieu, les moyens dirigés contre les décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen dirigé contre la désignation du pays de destination tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de ces décisions ne peut pareillement qu'être écarté par voie de conséquence.

En ce qui concerne l'arrêté du 15 octobre 2024 :

8. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme G E, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, qui disposait pour ce faire d'une délégation en vertu d'un arrêté du 3 octobre 2024 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, lequel est au demeurant directement consultable en ligne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

9. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

10. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit, dès lors, être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent, dès lors, pareillement qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1 : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Me Snoeckx et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre.

Le magistrat désigné,

O. ALa greffière,

R. Van der Beek

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van der Beek

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