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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2408964

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2408964

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2408964
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2024, M. C D, représenté par Me Kling, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Carrier en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Carrier, magistrat désigné ;

- les observations de Me Kling, avocate de M. D ;

- et les observations de M. D, assisté de Mme G, interprète en langue arménienne.

Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né en Azerbaidjan, a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 16 janvier 2023 assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. D a été placé en retenue le 23 novembre 2024 par les services de la gendarmerie de Saint-Croix-en-Plaine pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 22 novembre 2024, dont il demande l'annulation, le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2. En premier lieu, le préfet du Haut-Rhin a, par un arrêté du 3 octobre 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, donné délégation à M. F E, directeur de l'immigration, de la citoyenneté et de la légalité, et en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme B A, cheffe du bureau de l'admission au séjour, pour signer la décision en litige. Il n'est pas établi ni même allégué que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". La décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Le moyen tiré de ce qu'elle est entachée d'un défaut de motivation doit par suite être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de l'intéressé.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français. (). ". Aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (). ".

6. En l'espèce, il est constant que M. D a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 16 janvier 2023 à laquelle il n'a pas déféré. Dès lors, en application des dispositions précitées, le préfet pouvait légalement prendre à son encontre une assignation à résidence dès lors que le requérant ne peut immédiatement quitter le territoire français.

7. En dernier lieu, si le requérant se prévaut de la présence sur le territoire français de sa compagne qui doit faire l'objet d'une interruption médicale de grossesse, la décision en litige n'a pas pour objet ni pour effet de séparer M. D de sa concubine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Haut-Rhin, en édictant la décision en litige, aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

C. CarrierLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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