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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2409216

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2409216

jeudi 2 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2409216
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCHWEITZER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante macédonienne, contestant l'arrêté du préfet du Haut-Rhin du 30 octobre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. La requérante invoquait notamment une méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a estimé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, confirmant ainsi la légalité de la décision préfectorale. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2024, Mme A... B..., représentée par Me Schweitzer, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 30 octobre 2024 par lequel le préfet du
Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de départ volontaire de 30 jours, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et lui a fait obligation de remettre son passeport et de se présenter une fois par semaine aux services de la gendarmerie nationale ;

3°) de suspendre l’exécution de la mesure d’éloignement jusqu’à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour nationale du droit d’asile, ou, s’il est statué par ordonnance, jusqu’à la date de notification de celle-ci ;
4°) d’enjoindre au préfet du Haut-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de
15 jours à compter de ma notification de la décision à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Elle soutient que :

Sur l’obligation de quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article
L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant obligation de remise de son passeport et de se présenter une fois par semaine aux services de gendarmerie :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive la décision portant remise de l’original du passeport et de présentation aux services de gendarmerie de base légale ;

Sur la suspension de l’exécution de la mesure d’éloignement :
- les éléments relatifs à sa situation personnelle justifient son maintien sur le territoire français dans l’attente de la décision de la Cour nationale du droit d’asile.


Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2025, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de M. Matthieu Latieule a été entendu au cours de l’audience publique


Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante macédonienne, née en 1992, a déclaré être entrée en France le 28 juillet 2021, avec ses deux enfants nées en 2015 et 2018. Sa demande d’asile a été rejetée le 3 décembre 2021 par l’office français de protection des réfugiés et apatrides et le 22 juillet 2022 par la cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 17 février 2022, Mme B... a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours avec interdiction de retour d’un an. Le 23 mai 2024, elle a déposé une demande de réexamen de sa demande d’asile qui a été déclarée irrecevable par l’office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 2 juillet 2024. Par un recours du 13 octobre 2024 devant la cour nationale du droit d’asile, elle a demandé l’annulation de cette décision. Par un arrêté du 30 octobre 2024 le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de départ volontaire de 30 jours, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et lui a fait obligation de remettre son passeport et de se présenter une fois par semaine aux services de la gendarmerie nationale. Mme B... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur l’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ».

Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de Mme B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, la décision contestée comporte l’énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. La requérante n’est dès lors pas fondée à soutenir qu’elle est entachée d’un défaut de motivation.

En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, que le préfet du Haut-Rhin a procédé à un examen particulier de la situation de Mme B... avant d’édicter la décision attaquée.

En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Mme B... expose qu’elle est installée en France depuis presque trois ans et qu’elle a créé des liens forts avec de nombreuses personnes. Toutefois, ces liens ne sont établis par aucune pièce du dossier et sa durée de présence en France résulte des délais d’instruction de sa demande d’asile et de la précédente obligation de quitter le territoire français à laquelle elle n’a pas déféré. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En quatrième lieu, Mme B... ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales à raison des risques encourus en cas de retour dans son pays d’origine à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n’a ni pour effet, ni pour objet de fixer le pays à destination duquel la requérante doit être reconduite.

En dernier lieu, aux termes des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».

Mme B... soutient que l’intérêt supérieur de ses deux filles mineures implique de lui permettre de s’installer de façon pérenne en France. Toutefois, la décision en litige n’implique pas de séparer la requérante de ses deux enfants dont il n’est pas soutenu qu’elles ne pourraient pas suivre une scolarité en Macédoine du Nord. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ne peut être accueilli.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit aux points 4 à 10, le moyen tiré de ce que cette décision serait privée de base légale en conséquence de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ne peut pas être accueillis.

En second lieu, aux termes de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ». Aux termes de ces stipulations : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

En se bornant à soutenir, sans l’établir, qu’elle est menacée dans son pays d’origine par l’assassin de son mari qui aurait été libéré de prison alors qu’il aurait été condamné en 2018 à une peine d’emprisonnement de huit ans, Mme B... n’établit pas qu’elle risque d’être soumise à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Macédoine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

La décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas entachée d’illégalité, le moyen invoqué par la voie de l’exception à l’encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, tiré de l’illégalité de cette décision, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de remise du passeport et de présentation aux autorités en vue de préparer le départ :

La décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas entachée d’illégalité, le moyen invoqué par la voie de l’exception à l’encontre de la décision portant obligation de remise du passeport et de présentation aux autorités en vue de préparer le départ, tiré de l’illégalité de cette décision, doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l’exécution de la mesure d’éloignement :

Aux termes de l’article L. 752-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ». Aux termes de l’articles L. 752-11 du même code : « Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. »

En l’état du dossier, eu égard aux éléments exposés au point 13 la requérante ne présente pas d’éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire durant l’examen du recours du 13 octobre 2024 devant la Cour nationale du droit d’asile. Les conclusions aux fins de suspension doivent par suite être rejetées.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation et de suspension présentées par Mme B... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et celles tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761- 1 du code de justice administrative.


D E C I D E :

Article 1er :
Mme B... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 :
Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., à Me Schweitzer et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d’État, ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,
Mme Perabo Bonnet, première conseillère,
M. Latieule, conseiller.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2025.




Le rapporteur,

M. LATIEULE

La présidente,

A. DULMET

La greffière,





J. BROSÉ



La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Le greffier,

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