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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2502156

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2502156

mercredi 30 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2502156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBLANVILLAIN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Strasbourg rejette la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait son assignation à résidence par le préfet de la Moselle. Le tribunal écarte les moyens d’incompétence, de défaut de motivation et d’erreur de droit, estimant que la décision est fondée sur l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, une obligation de quitter le territoire ayant été prise moins de trois ans auparavant. Les erreurs matérielles relevées dans l’arrêté sont qualifiées de simples erreurs de plume sans incidence sur sa légalité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2025, M. A B, représenté par Me Blanvillain, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 8 mars 2025 par laquelle le préfet de la Moselle l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation dans un délai déterminé au besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait ;

- la décision mentionne une obligation de quitter territoire prise par le préfet de l'Isère le 17 mars 2025 et indique à tort qu'il est de nationalité nigériane ; le préfet a entaché sa décision d'erreurs de fait et n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- dès lors que la décision mentionne une obligation de quitter territoire prise par le préfet de l'Isère le 17 mars 2025, qui ne serait ainsi pas intervenue avant la date d'édiction de la décision attaquée, la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- la mesure est contraignante et disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2025, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Haudier pour statuer en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique.

Le rapport Mme Haudier, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour M. B, a été enregistrée le 3 avril 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 24 mars 1998, a indiqué être entré en France en juin 2022. Le 8 mars 2025, il a fait l'objet d'un contrôle d'identité par les services de la brigade motorisée de Metz. Par un arrêté du 17 mars 2023, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné le pays à destination duquel il serait susceptible d'éloigné d'office et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an. Par une décision du 8 mars 2025, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Moselle l'a assigné à résidence.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 17 octobre 2024 publié au recueil des actes administratifs le 28 octobre 2024, le préfet de la Moselle a donné délégation à Mme F D à signer, lors des permanences qu'elle assure les week-ends les jours fériés ou les jours ARTT collectifs, en cas d'absence de M. C E, directeur de l'immigration et de l'intégration, toutes pièces et documents relatifs à l'éloignement des étrangers en situation irrégulière à l'exception de certaines catégories d'actes parmi lesquels ne figure pas la décision en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Il ne ressort, par ailleurs, ni des termes de la décision, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant d'édicter la décision litigieuse. Ainsi, si la décision indique à tort que l'obligation de quitter le territoire a été prise par le préfet de l'Isère le 17 mars 2025 et mentionne, à une seule reprise, que l'intéressé est de nationalité nigériane, il s'agit de simples erreurs de plume.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

6. Ainsi qu'il a été dit au point 1, le requérant a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire du préfet de l'Isère le 17 mars 2023. Par suite, le préfet de la Moselle a pu, sans commettre d'erreur de droit, l'assigner à résidence sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. En outre, le premier alinéa de l'article L. 733-2 de ce code dispose que : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures ". Enfin, aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

8. Le requérant fait valoir que la mesure est contraignante et disproportionnée, dès lors qu'il présente les garanties de représentation suffisantes, qu'il vit avec sa compagne, qui est enceinte, ainsi que les trois enfants de cette dernière. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant les modalités d'assignation à résidence qui lui imposent d'être présent à son domicile tous les jours de la semaine entre 06h00 et 09h00 et l'obligent à se présenter aux services de police de Metz tous les mercredis entre 15h00 et 17h00, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 mars 2025 par laquelle le préfet de la Moselle l'a assigné à résidence. Sa requête doit en conséquence être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Blanvillain et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2025.

La magistrate désignée,

G. HaudierLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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