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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2503724

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2503724

jeudi 15 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2503724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a examiné la requête de M. A, ressortissant guinéen, contestant l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 6 mai 2025 lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'insuffisance de motivation, de l'incompétence, de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur d'appréciation. Se fondant sur les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge a estimé que la décision était légalement justifiée au regard de la situation de l'intéressé. En conséquence, la requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mai 2025 et des mémoires complémentaires enregistrés le 13 mai 2025, M. B A, représenté par Me Martin, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 6 mai 2025 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compte de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée notamment en ce que le préfet n'a pas motivé son choix de ne pas faire application des circonstances humanitaires ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation et notamment qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision repose sur des faits matériellement inexacts ;

- la décision repose méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2025, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Sibileau pour statuer en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sibileau, magistrat désigné,

- et les observations de Me Ast, substituant Me Martin, avocat de M. A.

Le préfet de la Côte-d'Or, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 3 avril 2001, est entré en France à une date inconnue. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté le 23 juin 2021 sa demande d'admission au statut de réfugié. Le 14 décembre 2021 la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé la décision de l'OFPRA. A la suite des rejets de sa demande d'asile et plusieurs demandes d'admission au séjour, M. A s'est vu opposer plusieurs mesures d'éloignement, dont la dernière, est en date du 11 mars 2024. Par un arrêté du 6 mai 2025 dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

4. La décision attaquée mentionne les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'examen de la situation de l'intéressé relatif au prononcé de l'interdiction de retour et à sa durée a été effectué au regard de l'article L. 612-10, lequel mentionne les quatre critères dont le préfet doit tenir compte pour décider de prononcer une telle interdiction. L'arrêté précise, en outre, les éléments de la situation de M. A qui ont fondé sa décision dans son principe et dans sa durée. Ainsi, au regard des critères fixés à cet article L. 612-10, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français comporte suffisamment l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et fixe la durée de cette interdiction à deux ans au regard de ces critères légaux. Cette décision est, dès lors, suffisamment motivée. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen.

5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Denis Bruel, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or auquel le préfet de la Côte d'Or a donné délégation pour signer les décisions contestées par un arrêté du 17 mars 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

6. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, la circonstance, à la supposer établie, que la décision attaquée aurait été notifiée à M. A dans une langue qu'il ne comprend pas ou tardivement, ne peut être utilement invoquée.

7. En quatrième lieu, M. A n'établit pas entretenir des liens privés et familiaux particuliers en France en se bornant à soutenir qu'il y a établi le centre de ses intérêts. Ainsi, il ne justifie pas de circonstances humanitaires s'opposant à l'édiction de la décision attaquée. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une condamnation pénale pour des faits commis récemment et pour lesquels son comportement doit être regardé comme étant une menace pour l'ordre public. Dans ces circonstances, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de la Côte-d'Or, qui a considéré que l'intéressé ne justifiait pas d'une circonstance humanitaire particulière, n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 2 ci-dessus. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, si M. A soutient que la décision repose sur des faits matériellement inexacts dès lors qu'il ne s'est pas soustrait à une précédente mesure d'éloignement, cette circonstance à la supposer établie n'affecte pas un des motifs de la décision et ne saurait donc justifier l'annulation de l'arrêté du 6 mai 2025.

9. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. M. A soutient être présent en France depuis huit ans, que s'il n'a pas la garde de son fils il conserve l'autorité parentale et le voit très régulièrement. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A ne pouvait ignorer la précarité de sa situation administrative, que les autorités en charge de l'asile ont rejeté à deux reprises ses demandes de protection internationale, qu'il a fait l'objet d'une précédente décision d'éloignement, qu'il représente un danger pour l'ordre public, qu'il n'établit pas entretenir de liens avec son fils de quatre ans, dont il n'a au demeurant pas la garde. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, et notamment de la durée et des conditions de séjour de l'intéressé en France, l'arrêté litigieux du 6 mai 2025 n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Ainsi, le préfet de la Côte-d'Or n'a ni méconnu les stipulations précitées ni commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de l'intéressé.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Côte-d'Or. Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2025.

Le magistrat désigné,

J.-B. SibileauLa greffière,

C. Lamoot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Lamoot

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