vendredi 11 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2505214 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BOURCHENIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juin 2025, M. A se disant Karim Sebbak, représenté par Me Bourchenin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2025 par lequel le préfet de la Moselle l'a assigné à résidence dans la commune de Metz pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour et, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 700 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à défaut de perspective raisonnable d'éloignement ;
- elle méconnaît l'article L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- c'est à tort que le préfet de la Moselle a estimé que son comportement constitue une menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle n'est ni nécessaire, ni adaptée ni proportionnée à sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2025, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens invoqués par M. A se disant Sebbak ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné Mme Malgras en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Malgras, magistrate désignée, a été lu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A se disant Sebbak, ressortissant algérien né le 9 novembre 1995, est entré irrégulièrement sur le territoire français en novembre 2023. Par un arrêté du 16 avril 2024, le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour à son encontre. Le 26 avril 2025, l'intéressé a été placé en garde à vue pour des faits de " violences avec arme par destination sans ITT en état d'ivresse ". Par un arrêté du 28 avril 2025, dont M. A se disant Sebbak demande l'annulation, le préfet de la Moselle l'a assigné à résidence dans la commune de Metz pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 6 février 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Moselle le même jour et accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. Richard Smith, secrétaire général, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas la décision contenue dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle aurait omis de procéder à un examen personnalisé de la situation de M. A se disant Sebbak et n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à sa situation personnelle avant de prendre la mesure contestée.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () "
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A se disant Sebbak a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire depuis moins de trois ans. En se bornant à soutenir qu'il ne dispose d'aucun document de voyage et que le préfet " ne fournit aucun élément prouvant que les autorités algériennes auraient été sollicitées ou coopéreraient à l'exécution de l'éloignement ", le requérant n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que la décision en litige méconnaît les dispositions citées au point précédent. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à défaut de perspective raisonnable d'éloignement.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 peut être placé en rétention en application de l'article L. 741-1, lorsqu'il ne présente plus de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article
L. 612-3. Les modalités d'application de la présente section sont fixées par décret en Conseil d'État ".
7. La décision contestée n'a pas pour objet de placer en rétention M. A se disant Sebbak. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de de l'article L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité doit être écarté comme étant inopérant.
8. En cinquième lieu, il est vrai qu'en l'absence de justification quant à d'éventuelles poursuites pénales ou une quelconque condamnation, le placement du requérant en garde à vue pour les faits décrits au point 1, qu'au demeurant il conteste avoir commis, ne permet pas de caractériser à lui seul une menace à l'ordre public. Toutefois la circonstance que le requérant ne représente pas une menace à l'ordre public n'est pas de nature à entraîner l'illégalité de la décision attaquée dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le motif cité au point 4, qui fonde à lui seul cette décision.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. D'une part, M. A se disant Sebbak n'établit pas être exposé à un risque de torture ou de peines ou traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précité. D'autre part, une assignation à résidence ne porte pas par elle-même atteinte à la vie privée et familiale.
11. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En dernier lieu, si une décision d'assignation à résidence prise en application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et, notamment, préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
13. Dans la perspective de son éloignement, l'arrêté attaqué assigne le requérant à résidence dans la commune de Metz, qu'il ne peut quitter sans autorisation, pour une durée de quarante-cinq jours, l'oblige à demeurer à son domicile chaque jour de 20 heures à 6 heures et l'astreint à se présenter les vendredis entre 15 heures et 17 heures au commissariat de police de Metz afin de faire constater qu'il respecte cette mesure d'assignation. Compte-tenu notamment de ce qui a été exposé au point 8, l'obligation faite au requérant d'être présent sur son lieu de résidence tous les jours entre 20 heures et 6 heures excède en l'espèce ce qui est nécessaire et adapté à l'objectif poursuivi par la mesure en litige, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A se disant Sebbak est seulement fondé à demander l'annulation de l'obligation qui lui est faite d'être présent sur son lieu de résidence tous les jours entre 20 heures et 6 heures.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
15. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A se disant Sebbak doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A se disant Sebbak demande le versement au profit de son avocat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'obligation faite par l'arrêté du 28 avril 2025 à M. A se disant Sebbak d'être présent sur son lieu de résidence tous les jours entre 20 heures et 6 heures est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A se disant Sebbak est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Karim Sebbak et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2025.
La magistrate désignée,
S. MalgrasLa greffière,
C. Lamoot
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Lamoot
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026