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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2505604

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2505604

vendredi 1 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2505604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHALCK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. A B contestant son transfert aux autorités autrichiennes et son assignation à résidence. Le juge a écarté le moyen d'incompétence, la délégation de signature étant régulière, et a jugé que l'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 (Dublin III) avait bien été délivrée via des brochures en somali. Il a également estimé que l'entretien individuel, réalisé avec un interprète, était conforme à l'article 5 du même règlement. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, incluant la demande d'annulation et les conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2025, M. G A B, représenté par Me Schalck demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités autrichiennes ;

3°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation et de lui délivrer une attestation ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 100 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur l'arrêté de transfert :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- l'information prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne lui a pas été donnée ;

- il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel conforme aux dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'assignation à résidence :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Boutot en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boutot, magistrat désigné ;

- les observations de Me Schalck, avocate de M. A B, qui développe le moyen tiré de l'atteinte à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. A B faisant en Autriche l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- et les observations de M. A B, assisté de Mme J, interprète en langue somali.

Le préfet du Bas-Rhin n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur des décisions contestées :

2. Par un arrêté du 29 avril 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le 30 avril 2025, le préfet du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D F, directeur par intérim des migrations et de l'intégration et de Mme I E, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à Mme C H, cheffe du pôle régional Dublin, à l'effet de signer notamment les décisions contestées. Il n'est pas allégué et il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F et Mme E n'auraient pas été absents ou empêchés à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté de transfert :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu remettre, le 16 janvier 2025, la brochure d'information A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union Européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et la brochure d'information B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", en langue somali. La remise de ces deux brochures, qui constituent la brochure commune prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, permet aux demandeurs d'asile de bénéficier d'une information complète sur l'application de ce règlement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A B a bénéficié d'un entretien individuel le 16 janvier 2025, qui s'est déroulé avec le concours d'un interprète en langue somali et dont il a signé le résumé. Il n'est établi par aucun commencement de preuve que cet entretien, qui s'est déroulé dans les locaux de la préfecture de la Moselle, dont le compte-rendu porte le tampon officiel, n'aurait pas été conduit pas un agent qualifié en vertu du droit national. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

5. En dernier lieu, M. A B soutient que le préfet du Bas-Rhin a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 en faisant valoir que son transfert a été prononcé sur le fondement de l'article 18-1-d du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui concerne le cas des demandeurs d'asile dont la demande a été rejetée. Il fait valoir qu'il serait exposé en Autriche à un renvoi en Somalie, pays où sa vie est menacée. Toutefois, par les pièces qu'il verse au dossier (au demeurant non traduites), M. A B n'établit pas qu'il ne pourrait pas solliciter un réexamen de sa demande d'asile, ni même qu'il ferait l'objet d'une mesure d'éloignement exécutoire, le document dont il se prévaut ne faisant pas état d'une obligation de quitter le territoire autrichien, mais seulement d'informations concernant l'aide au retour (Informationsblatt zur Rückkehrberatung). En toute hypothèse, il n'est nullement établi que l'Autriche, pays membre de l'union européenne et partie à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, procèderait à son renvoi sans s'assurer au préalable de l'absence de risque pour sa vie ou son intégrité physique. Le moyen doit être écarté, de même que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

6. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile ". Aux termes de l'article L. 751-4 du même code : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 733-1 à L. 733-4 et L. 733-8 à L. 733-12 sont applicables ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. ".

7. En application de ces dispositions, le préfet du Bas-Rhin a prononcé l'assignation à résidence de M. A B et lui a fait obligation de se présenter une fois par semaine à l'hôtel de police à Metz, où il réside. Si le requérant soutient que ces obligations de présentation présentent un caractère disproportionné, il ne l'établit par aucun élément, étant précisé que la circonstance qu'il ne représente pas un risque de fuite est sans emport sur une décision portant assignation à résidence.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A B à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1 : M. A B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Schalck et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2025.

Le magistrat désigné,

L. BoutotLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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