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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2101249

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2101249

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2101249
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 4ème chambre
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 février 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 22 février 2021, M. A B, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a successivement retiré du capital de son permis de conduire un point pour une infraction au code de la route commise le 24 décembre 2014, un point pour une infraction au code de la route commise le 24 janvier 2015, un point pour une infraction au code de la route commise le 13 avril 2015, un point pour une infraction au code de la route commise 9 mars 2016, un point pour une infraction au code de la route commise le 26 janvier 2017, un point pour une infraction au code de la route commise le 19 mars 2017, un point pour une infraction au code de la route commise le 16 août 2017, un point pour une infraction au code de la route commise le 1er septembre 2017, un point pour une infraction au code de la route commise le 11 octobre 2017, un point pour une infraction au code de la route commise le 10 février 2018, un point pour une infraction au code de la route commise le 27 juin 2018, un point pour une infraction au code de la route commise le10 août 2018, un point pour une infraction au code de la route commise le 4 octobre 2018, un point pour une infraction au code de la route commise le 14 novembre 2018, un point pour une infraction au code de la route commise le 17 septembre 2020, ensemble la décision du 8 janvier 2021 référencée " 48 SI " par laquelle le ministre a retiré trois points de son permis de conduire à la suite d'une infraction commise le 11 février 2020, l'a informé de la perte de validité dudit permis pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite doté des points illégalement retirés, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens de l'instance.

Il soutient que :

- les décisions procédant aux retraits de points de son permis de conduire ne lui ont pas été notifiées ;

- il n'a pas été destinataire de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré du défaut de notification est inopérant ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par courrier du 12 mai 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision portant retrait d'un total de six points à la suite des infractions commises les 13 avril 2015, 9 mars 2016, 26 janvier et 11 octobre 2017, 10 février et 14 novembre 2018.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Clément, président de la quatrième chambre, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. C, magistrat-désigné.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis une série d'infractions les 24 décembre 2014, 24 janvier et 13 avril 2015, 9 mars 2016, 26 janvier, 19 mars, 16 août, 1er septembre et 11 octobre 2017, 10 février, 27 juin, 10 août, 4 octobre et 14 novembre 2018 et 17 septembre 2020. Par une décision du 8 janvier 2021 référencée " 48 SI ", suite à une infraction commise le 11 février 2020 ayant entrainé le retrait de trois points de son permis de conduire, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de ce permis. M. B saisit le tribunal administratif d'une demande tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " portant invalidation de son permis de conduire ainsi que des décisions de retrait de points.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral, que les six points retirés suite aux infractions commises les 13 avril 2015, 9 mars 2016, 26 janvier et 11 octobre 2017, 10 février et 14 novembre 2018, lui ont été restitués respectivement les 24 décembre 2015, 15 décembre 2016, 1er mars et 14 septembre 2018, 3 janvier et 26 août 2019. Eu égard à ces restitutions, intervenues à des dates antérieures à celle de l'introduction de la requête, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions de retraits de points consécutives à ces infractions sont irrecevables.

3. Il résulte de ce qui précède qu'il y a seulement lieu pour le tribunal de se prononcer sur la légalité des décisions portant retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 24 décembre 2014, 24 janvier 2015, 19 mars, 16 août et 1er septembre 2017, 27juin, 18 août et 4 octobre 2018, 17 septembre et 11 février 2020 ainsi que sur la décision " 48 SI " du 8 janvier 2021 en tant qu'elle invalide le permis de conduire de M. B.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points :

4. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. B ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

5. En application des dispositions de l'article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

6. L'information prévue par les dispositions susmentionnées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.

7. M. B soutient que les informations préalables, mentionnées par les dispositions précitées du code de la route, ne lui ont pas été délivrées lors de la commission des infractions des 24 décembre 2014, 24 janvier 2015, 19 mars, 16 août et 1er septembre 2017, 27 juin, 18 août et 4 octobre 2018, 17 septembre et 11 février 2020.

S'agissant des infractions commises les 24 décembre 2014, 24 janvier 2015, 19 mars, 16 août et 1er septembre 2017, 27 juin, 10 août et 4 octobre 2018 :

8. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces du dossier qu'avant même que ces mentions ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration rappelait la qualification de l'infraction au code de la route et précisait que l'émission de l'amende forfaitaire majorée pouvait entraîner un retrait de points du permis de conduire, que cette amende pouvait être contestée dans un délai de trois mois, que les retraits et reconstitutions de points faisaient l'objet d'un traitement automatisé et que le titulaire du permis pouvait accéder à ces informations. Ces indications mettaient le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il serait procédé au retrait de points et portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

9. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'examen du relevé intégral d'information et des attestations de paiement établies par la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes, que M. B a payé les amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions des 24 décembre 2014, 24 janvier 2015, 19 mars, 16 août et 1er septembre 2017, 27 juin, 10 août et 4 octobre 2018. Il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de ces amendes, les informations requises. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les retraits de points intervenus à la suite de ces infractions seraient intervenus au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 17 septembre 2020 :

10. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du requérant, que ce dernier a payé l'amende forfaitaire relative à l'infraction du 17 septembre 2020 relevée par radar automatique, ainsi que le prouvent les mentions " tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé) ". Il découle de cette seule constatation que le requérant a nécessairement reçu l'avis de contravention pour cette infraction. Il suit de là que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis, que celui-ci serait inexact ou incomplet, comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le ministre a retiré un point de son permis de conduire à la suite de cette infraction aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 11 février 2020 :

11. Il résulte de l'instruction que, pour l'infraction commise le 11 février 2020, l'amende forfaitaire n'a pas été payée et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. La production par l'administration du procès-verbal de contravention non signé par M. B ne permet pas d'établir que l'information a effectivement été communiquée au contrevenant à l'occasion de l'établissement de ce procès-verbal, alors qu'il résulte de la lecture de ce document qu'il ne comporte pas les informations exigées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. En outre, l'administration n'établit pas que M. B aurait été antérieurement destinataire d'un avis de contravention comportant l'ensemble des informations exigées par la loi. Par suite, la décision de retrait de trois points correspondant à cette infraction est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut d'accomplissement de l'obligation d'information préalable

12. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision référencée " 48 " par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré du capital de points de son permis de conduire trois points à la suite d'une infraction au code de la route commise le 11 février 2020 ainsi que le décision référencée " 48 SI " du 8 janvier 2021 en tant qu'elle invalide son titre de conduite pour solde de points nul.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une décision dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "

14. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que l'autorité compétente restitue les points illégalement retirés à M. B à la suite de l'infraction du 11 février 2020. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de procéder à cette restitution, dans le délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement.

Sur les frais liés au litige :

15. D'une part, la présente instance n'a pas donné lieu à des dépens, au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, de sorte que les conclusions du requérant tendant à la condamnation de l'Etat aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.

16. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de l'Etat au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens au sens des dispositions précitées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision portant retrait de trois points à la suite de l'infraction au code de la route commise le 11 février 2020, ensemble la décision référencée " 48 SI " du 8 janvier 2021 en tant qu'elle prononce l'invalidation du titre de conduite de M. B, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B les points illégalement retirés à la suite de l'infraction mentionnée à l'article 1er, sans toutefois que cette restitution ne puisse porter le capital de point du permis de conduire de l'intéressé à un nombre supérieur à douze, réduit des retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 202Le magistrat désigné

M. C

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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