mercredi 6 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2102903 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | CHOURLIN OLIVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 avril 2021, M. A C, représenté par Me Chourlin, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés des 15 février et 19 avril 2021 par lesquels la préfète de l'Ain lui a ordonné de se dessaisir de ses armes et munitions, ou de les remettre aux services de police ou de gendarmerie, a prescrit à défaut la saisie de ces armes et munitions, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes et munition, a prévu l'enregistrement de cette interdiction au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et a retiré la validation de son permis de chasser ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- la compétence du signataire des arrêtés attaqués n'est pas établie, faute de preuve que leur signataire était bien directeur des sécurités à la préfecture de l'Ain, avait reçu délégation de signature et que cette délégation avait été publiée ;
- la décision de le dessaisir de ses armes et celle de retirer la validité de son permis de chasser sont insuffisamment motivées ;
- les dispositions de l'article R. 312-67 du code de la sécurité intérieure méconnaissent celles de l'article L. 312-11 du même code, qui doivent prévaloir ;
- l'arrêté du 15 février 2021 est fondé sur des faits matériellement inexacts, car il vise un jugement rendu le 5 décembre 2012 par le tribunal correctionnel de Draguignan, qui a été réformé par l'arrêt rendu le 24 septembre 2014 par la cour d'appel d'Aix-en-Provence, lequel a prononcé une peine plus légère ;
- il s'est acquitté de l'amende qui lui a été infligée plus de trois ans avant l'édiction de l'arrêté attaqué, qui est par suite entaché d'un défaut de base légale, l'article 133-13 du code pénal entraînant sa réhabilitation de plein droit et la peine ne pouvant de ce fait être mentionnée par le bulletin n° 2 de son casier judiciaire, conformément à l'article 775 du code de procédure pénale ;
- aucune disposition ne prévoit le retrait de la validation du permis de chasser ;
- les arrêtés attaqués sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 2 mars 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- elle était en situation de compétence liée ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de Mme Deniel, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, titulaire du permis de chasser, a procédé à l'enregistrement d'une carabine de calibre 22LR et d'une autre de calibre 270WIN. Par une lettre du 8 janvier 2021, la préfète de l'Ain l'a informé de ce qu'elle envisageait de lui ordonner le dessaisissement de ces armes, au motif que le bulletin n° 2 de son casier judiciaire portait la mention d'une condamnation pour des faits de violence suivie d'incapacité de moins de huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire de la victime, et l'a invité à lui faire connaître ses observations, ce que l'intéressé a fait par lettre datée du 19 janvier 2022. Par un arrêté du 15 février suivant, la préfète de l'Ain a ordonné à M. C de se dessaisir de ses armes et munitions, ou de les remettre aux services de police ou de gendarmerie, a prescrit à défaut la saisie de ces armes et munitions, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes et munition, a prévu l'enregistrement de cette interdiction au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et a retiré la validation de son permis de chasser. Par un arrêté complémentaire du 19 avril 2021, elle lui a ordonné de se dessaisir d'une carabine de calibre 280 REM acquise le 5 janvier 2021 et de ses munitions. M. C demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C : () 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : () - violences volontaires prévues aux articles 222-7 et suivants dudit code ; () ". Aux termes de l'article L. 312-11 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. / Le dessaisissement consiste soit à vendre l'arme les munitions et leurs éléments à une personne titulaire de l'autorisation, mentionnée à l'article L. 2332-1 du code de la défense, ou à un tiers remplissant les conditions légales d'acquisition et de détention, soit à la remettre à l'Etat. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités du dessaisissement. / Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments ". Aux termes de son article R. 312-67 : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () 2° Le demandeur ou le déclarant a été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire () ". Aux termes de l'article 222-13 du code pénal : " Les violences ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours ou n'ayant entraîné aucune incapacité de travail sont punies de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende lorsqu'elles sont commises : () 6° Par le conjoint ou le concubin de la victime ou le partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité () ".
3. En premier lieu, les dispositions de l'article R. 312-67 du code de la sécurité intérieure, qui prévoient que le préfet ordonne au détenteur d'une arme de s'en dessaisir, notamment pour tirer les conséquences d'une interdiction d'acquérir ou de détenir des armes résultant d'une condamnation pour l'un des faits visés au 1° de l'article L. 312-3, ne sont pas incompatibles avec celles de l'article L. 312-11, l'inscription d'une condamnation au bulletin n° 2 du casier judiciaire révélant que le comportement de l'intéressé représente un risque pour l'ordre public ou la sécurité des personnes.
4. En deuxième lieu, il n'est pas contesté qu'à la date de la décision attaquée, le bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. C comportait une mention d'une condamnation le 24 septembre 2014 à une amende de 2 000 euros pour des violences ayant entraîné une incapacité inférieure ou égale à huit jours par le conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité de la victime, infraction prévue à l'article 222-13 du code pénal, visée par le 1° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure. Dès lors, en l'absence de tout jugement dont il serait ressorti explicitement que cette mention aurait dû être effacée, M. C était interdit d'acquisition et de détention d'armes des catégories A, B et C, en application de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure. L'autorité administrative était par suite tenue, ainsi que le fait valoir la préfète de la Loire, d'ordonner le dessaisissement litigieux. Elle n'avait notamment pas à apprécier la pertinence du maintien de cette inscription au regard du droit à réhabilitation institué par l'article 133-13 du code pénal, lequel pouvait seulement faire l'objet d'une contestation de la part de M. C par requête au président du tribunal ayant prononcé ladite condamnation, sur le fondement de l'article 778 du code de procédure pénale.
5. En troisième lieu, en vertu de l'article L. 312-13 du code de la sécurité intérieure, il est interdit aux personnes ayant fait l'objet de la procédure de dessaisissement prévue à l'article L. 313-11 d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie. Aux termes de l'article L. 312-16 du même code : " Un fichier national automatisé nominatif recense : 1° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments en application des articles L. 312-10 et L. 312-13 () ". Aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Lorsque le préfet est informé du fait que le titulaire d'un permis de chasser revêtu de la validation annuelle ou temporaire se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 423-15 ou à l'article L. 423-25, il procède au retrait de la validation ".
6. En vertu de ces dispositions, lorsqu'il est ordonné au détenteur d'armes de s'en dessaisir, l'administration est tenue d'inscrire l'intéressé au FINIADA et de procéder au retrait de la validation de son permis de chasser, le cas échéant.
7. En quatrième et dernier lieu, compte tenu de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait la préfète de l'Ain, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués, de l'insuffisance de leur motivation, de ce que l'arrêté du 15 février 2021 mentionne à tort un jugement du tribunal correctionnel réformé en appel et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés comme inopérants.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le tribunal mette à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans cette instance la partie perdante, la somme que M. C réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 18 mai 2022, à laquelle siégeaient :
M. Chenevey, président,
M. Arnould, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.
Le rapporteur,
J. B
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
F. Faure
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026