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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105542

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105542

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105542
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantFORRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2021, M. A E, agissant en qualité de représentant légal de son fils mineur G E(/H), représenté par Me Forray, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 mai 2021 par laquelle le recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes a exclu définitivement son fils du collège Alain de Saint-Fons ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la signataire de la décision ne disposait pas d'une délégation régulière de signature ;

- la décision du conseil de discipline ainsi que la décision du recteur sont dépourvue de motivation et méconnaissent l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le recteur a méconnu le délai prévu à l'article D. 511-52 du code de l'éducation pour prendre sa décision ;

- les faits ne sont matériellement pas établis ;

- la sanction d'exclusion est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 septembre 2021, le recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- Mme D était compétente pour signer la décision contestée, en vertu d'un arrêté n° 2021-02 du 14 janvier 2021 ;

- la décision contestée s'étant substituée à la décision du conseil de discipline, le requérant ne peut utilement invoquer le défaut de motivation de cette dernière ; la décision litigieuse est suffisamment motivée ;

- le délai pour statuer imparti par les dispositions de l'article D. 511-52 du code de l'éducation n'est pas prescrit à peine de nullité ;

- les faits sont matériellement établis, compte-tenu de l'ensemble des témoignages recueillis ;

- compte-tenu de la gravité des faits commis par G(/H), la sanction d'exclusion n'apparaît pas disproportionnée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Hosni, greffière :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. F.

Considérant ce qui suit :

1. Le jeune G E(/H) était élève en classe de 5ème au collège H)Alain(/H) de Saint-Fons au cours de l'année scolaire 2020-2021. Le 18 mars 2021, il a introduit un couteau dans l'enceinte de l'établissement. Par une décision du 1er avril 2021, le conseil de discipline du collège a voté l'exclusion définitive de l'élève. Par une décision du 31 mai 2021 dont le requérant demande l'annulation, le recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes a confirmé l'exclusion définitive de son fils du collège Alain de Saint-Fons.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été signée par Mme Perrayon, secrétaire générale adjointe de l'académie de Lyon. Par un arrêté du 14 janvier 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 15 janvier 2021, le recteur a donné compétence à M. Curnelle, secrétaire général de l'académie de Lyon, à l'effet de signer toute décision relative à la vie scolaire des élèves, et a prévu qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. C, délégation serait notamment donnée à Mme D. Le requérant ne démontrant pas que M. C n'aurait pas été absent ou empêché, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R.511-49 du code de l'éducation : " Toute décision du conseil de discipline de l'établissement ou du conseil de discipline départemental peut être déférée au recteur de l'académie, dans un délai de huit jours à compter de sa notification écrite, soit par le représentant légal de l'élève, ou par ce dernier s'il est majeur, soit par le chef d'établissement. Le recteur d'académie décide après avis d'une commission académique ". Aux termes de l'article R. 511-53 du même code : " La juridiction administrative ne peut être régulièrement saisie qu'après mise en œuvre des dispositions de l'article R. 511-49 ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'un recours est formé à l'encontre d'une décision d'un conseil de discipline de l'établissement, la décision du recteur se substitue à celle du conseil de discipline.

4. D'une part, la décision prise par le recteur le 31 mai 2021 sur recours administratif préalable obligatoire s'étant substituée à la décision initiale du conseil de discipline, le requérant ne peut utilement invoquer le défaut de motivation de cette dernière décision.

5. D'autre part, la décision prise par le recteur précise les articles dont elle fait application et rappelle les éléments de faits et de droit ayant conduit à la sanction. Par suite cette décision, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation de l'élève mais uniquement de ceux qui ont déterminé la décision, est suffisamment motivée et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'alinéa 3 de l'article D. 511-52 du code de l'éducation : " La décision du recteur d'académie intervient dans un délai d'un mois à compter de la date de réception de l'appel ". Si le requérant soutient que le recteur n'a pas statué sur le recours présenté dans son intérêt dans le délai d'un mois prévu par l'article D. 511-52 du code de l'éducation, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que ce délai n'a pas été imparti à l'autorité administrative à peine de nullité.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 511-12 du code de l'éducation : " Sauf dans les cas où le chef d'établissement est tenu d'engager une procédure disciplinaire et préalablement à la mise en œuvre de celle-ci, le chef d'établissement et l'équipe éducative recherchent, dans la mesure du possible, toute mesure utile de nature éducative ". Aux termes de l'article R. 421-10 du même code : " En qualité de représentant de l'Etat au sein de l'établissement, le chef d'établissement : / () / 5° Engage les actions disciplinaires et intente les poursuites devant les juridictions compétentes. / A l'égard des élèves, il est tenu, dans les cas suivants, d'engager une procédure disciplinaire, soit dans les conditions prévues à l'article R. 421-10-1, soit en saisissant le conseil de discipline : / () / b) Lorsque l'élève commet un acte grave à l'égard d'un membre du personnel ou d'un autre élève () ". Si le requérant fait valoir que le chef d'établissement n'a pas préalablement recherché toute mesure utile de nature éducative avant d'engager la procédure disciplinaire, les dispositions de l'article R. 511-12 du code de l'éducation auxquelles il doit être regardé comme renvoyant, n'imposent pas, en tout état de cause, la recherche d'une mesure de nature éducative comme un préalable obligatoire à l'engagement par le chef d'établissement d'une procédure disciplinaire dans les cas où le chef d'établissement est tenu d'engager une procédure disciplinaire, ce qui est le cas en l'espèce compte tenu de la gravité des actes commis à l'égard d'autres élèves.

En ce qui concerne la légalité interne :

8. En premier lieu, le requérant soutient que les faits ayant fondé la décision d'exclusion définitive du lycée ne sont pas établis. Toutefois, d'une part, la réalité de la détention d'un couteau est matériellement établie par les attestations des camarades de l'élève et du surveillant qui a rédigé le rapport d'incident. Les témoignages concordants de plusieurs élèves et d'un surveillant, produits en défense, précisent ainsi que l'intéressé a ouvert le couteau, avec lequel il a menacé des élèves, en le plaçant sous la gorge de l'un d'eux. D'autre part, l'intéressé a admis être entré au collège avec un couteau et l'avoir montré à ses camarades. En se bornant à faire valoir que les faits reprochés sont énoncés de manière succincte, et que les témoignages et les attestations ne permettent pas de connaître les circonstances exactes des faits, le requérant ne conteste pas la réalité des griefs. Par suite le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 511-12 du code de l'éducation : " Sauf dans les cas où le chef d'établissement est tenu d'engager une procédure disciplinaire et préalablement à la mise en œuvre de celle-ci, le chef d'établissement et l'équipe éducative recherchent, dans la mesure du possible, toute mesure utile de nature éducative. ". Aux termes de l'article R. 511-13 du même code : " I.- Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre des élèves sont les suivantes : 1° L'avertissement ; 2° Le blâme ; 3° La mesure de responsabilisation ; 4° L'exclusion temporaire de la classe. Pendant l'accomplissement de la sanction, l'élève est accueilli dans l'établissement. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; 5° L'exclusion temporaire de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; 6° L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. / Les sanctions prévues aux 3° à 6° peuvent être assorties du sursis à leur exécution dont les modalités sont définies à l'article R. 511-13-1. / () " Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un élève ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

10. Il ressort des pièces du dossier que les faits reprochés à l'élève, qui sont matériellement établis, constituent bien en eux-mêmes, ainsi que l'a considéré le recteur, un manquement grave aux obligations des élèves de respecter les règles de fonctionnement de la vie collective des établissements scolaires. Par ailleurs, contrairement à ce qui est soutenu, le comportement de l'élève n'était pas irréprochable, le conseil de classe ayant retenu une mise en garde pour ses absences et son comportement dans le cadre de l'examen de son bulletin du 2ème trimestre. Le recteur n'a ainsi pas entaché en l'espèce sa décision d'erreur d'appréciation en prononçant à son encontre la sanction d'exclusion définitive, alors même qu'elle constitue la sanction la plus sévère parmi celles instituées par les dispositions précitées du code de l'éducation. Par suite, le moyen tiré de la disproportion de la sanction doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 31 mai 2021 du recteur de l'académie de Lyon doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. E au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et au recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes.

Copie en sera adressée à Me Forray.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Stillmunkes, président,

M. Bertolo, premier conseiller,

Mme Monteiro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le rapporteur,Le président,

C. BH. Stillmunkes

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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