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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105811

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105811

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL RENAUD AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2021, l'association CAPSO (Cap social et solidaires), ayant pour avocat la Selarl Renaud Avocats (Me Renaud), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2020 par laquelle l'inspectrice du travail du Rhône a refusé de lui délivrer l'autorisation de licencier M. B ainsi que la décision du 2 juin 2021 de la ministre du travail rejetant son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre à l'inspectrice du travail du Rhône de procéder à un réexamen de la demande d'autorisation de licenciement du salarié dont il s'agit ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association CAPSO soutient que :

- l'autorité administrative a estimé à tort que les dispositions de l'article R. 2421-14 du code du travail ont été méconnues, dès lors qu'il existe des éléments de contexte particuliers qui expliquent le délai anormalement long entre la mise à pied conservatoire du salarié et la demande d'autorisation de licenciement ;

- les griefs articulés contre le salarié étant fondés, l'inspectrice du travail et la ministre du travail ont entaché leurs décisions d'une erreur appréciation en estimant à tort qu'ils ne constituaient pas des fautes suffisamment graves pour justifier le licenciement ;

- le motif d'insuffisance professionnelle est également fondé, l'administration ayant entaché sa décision sur ce point d'une erreur d'appréciation ;

- c'est à tort que l'autorité administrative a estimé que l'association se devait de rechercher des opportunités de reclassement du salarié préalablement au licenciement.

Par un mémoire en défense enregistrés le 14 octobre 2021, M. A B conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Habchi, premier conseiller,

- les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public ;

- et les observations de Me Renaud représentant l'association Capso.

Considérant ce qui suit :

1. L'association CAPSO (Cap social et solidaires), dont le siège se trouve à Villeurbanne (métropole de Lyon), constitue un établissement social et médico-social qui mène une activité de soutien et de protection médico-sociale des personnes vulnérables, notamment au titre de la protection de l'enfance. Elle a recruté à compter du 1er février 2017 M. B, né le 12 août 1973, en qualité de directeur de l'établissement " Les Tilleuls ", structure de protection de l'enfance habilitée par la métropole de Lyon. Le 23 juillet 2019, M. B a été investi d'un mandat de représentant de la section syndicale CFE-CGC. Par une demande en date du 5 octobre 2020, reçue par le service de l'inspection du travail du Rhône le 8 octobre suivant, l'association CAPSO a sollicité l'autorisation de licencier M. B, pour un double motif disciplinaire et d'insuffisance professionnelle. Après instruction de la demande, l'inspectrice du travail du Rhône a refusé d'accorder l'autorisation sollicitée, par une décision du 17 décembre 2020. Saisie d'un recours hiérarchique par l'association le 22 janvier 2021, reçu le 27 janvier suivant, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a confirmé la décision de refus par une décision du 2 juin 2021. L'association CAPSO demande, par la présente requête, au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur le licenciement pour motif disciplinaire :

2. Aux termes de l'article R. 2421-14 du code du travail, applicables à l'espèce : " En cas de faute grave, l'employeur peut prononcer la mise à pied immédiate de l'intéressé jusqu'à la décision de l'inspecteur du travail. La consultation du comité social et économique a lieu dans un délai de dix jours à compter de la date de la mise à pied. La demande d'autorisation de licenciement est présentée dans les quarante-huit heures suivant la délibération du comité social et économique. Si l'avis du comité social et économique n'est pas requis dans les conditions définies à l'article L. 2431-3, cette demande est présentée dans un délai de huit jours à compter de la date de la mise à pied. ", et selon les termes de l'article R. 2421-3 du même code : " L'entretien préalable au licenciement a lieu avant la présentation de la demande d'autorisation de licenciement à l'inspecteur du travail. ".

3. En vertu des dispositions citées au point 2, l'employeur a la faculté, en cas de faute grave, de prononcer la mise à pied immédiate d'un salarié protégé jusqu'à la décision de l'inspecteur du travail statuant sur la demande d'autorisation de licencier l'intéressé. En l'absence de comité d'entreprise, cette demande est présentée dans un délai de huit jours à compter de la date de la mise à pied. Si ce délai de huit jours n'est pas prescrit à peine de nullité de la procédure, il doit cependant être aussi court que possible, eu égard à la gravité de la mesure de mise à pied dont il s'agit.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'association CAPSO a prononcé une mise à pied conservatoire à l'encontre de M. B, directeur de l'établissement " les Tilleuls ", par courrier du 8 septembre 2020, remis en mains propres à l'intéressé le même jour et a saisi l'inspectrice du travail d'une demande d'autorisation de licenciement pour motif disciplinaire par un courrier du 5 octobre 2020, reçu par l'autorité administrative le 8 octobre suivant. Si, pour justifier ce délai de près d'un mois entre la mise à pied de M. B et la demande d'autorisation de licenciement, l'association requérante se prévaut de ce que M. B était en arrêt de maladie au cours du mois de septembre 2020, cette circonstance demeure sans incidence sur la faculté de l'employeur de saisir l'inspection du travail et ne faisait pas obstacle à ce que l'employeur engage régulièrement la procédure de licenciement. Au demeurant, l'association CAPSO a convoqué M. B pour un entretien préalable au licenciement programmé le 22 septembre 2020. Si l'association requérante se prévaut, en outre, d'un allongement des délais de procédure en raison d'un échange de correspondances entre elle et son salarié préalablement à l'entretien de licenciement, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe jurisprudentiel ne prévoit toutefois l'organisation d'un tel échange épistolaire. Dès lors, ce délai doit être regardé, dans les circonstances de l'espèce, comme excessif. Par suite, l'autorité administrative pouvait légalement retenir cette irrégularité dans la procédure interne de licenciement et ainsi refuser, pour ce seul motif, l'autorisation sollicitée.

Sur le licenciement pour insuffisance professionnelle du salarié :

5. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'insuffisance professionnelle, il appartient à l'inspecteur du travail et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si cette insuffisance est telle qu'elle justifie le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé, des caractéristiques de l'emploi exercé à la date à laquelle elle est constatée, des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi, et de la possibilité d'assurer son reclassement dans l'entreprise.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et cela n'est d'ailleurs pas contesté, que l'association CAPSO ait cherché à reclasser M. B. Par suite, c'est à bon droit que l'inspectrice du travail, tout comme la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion ont estimé que l'association CAPSO n'avait pas assuré son obligation de reclassement en faveur du directeur concerné. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont seraient pour ce motif entachées les décisions en litige, ne peut qu'être écarté.

7. Au surplus, l'association CAPSO a invoqué devant l'administration le fondement tiré de l'insuffisance professionnelle de M. B aux motifs, d'une part, qu'il n'aurait pas été en capacité de gérer les effectifs en équivalent temps plein (ETP) dont il disposait au sein de l'établissement " Les Tilleuls ", et, d'autre part, qu'il n'aurait pas assuré correctement la liaison, en matière budgétaire et financière, avec la métropole de Lyon, autorité de tarification de l'établissement dont il avait la responsabilité, ni l'élaboration des budgets prévisionnels de la structure pour l'année 2021. Elle a relevé enfin que le salarié ne cessait d'intervenir auprès du service informatique, de manière intempestive et répétée.

8. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment des éléments versés aux débats par la ministre, que si M. B a embauché à son retour de mise à pied, en août 2020, un éducateur spécialisé en contrat à durée indéterminée alors que cette embauche n'avait pas été autorisée par l'autorité de tarification, il n'est pas utilement contesté que l'effectif autorisé de 4,75 ETP de personnel éducatif n'a pas été dépassé au sein de la structure de protection de l'enfance. Dès lors, ce recrutement ne saurait constituer un manquement ou une insuffisance de la part du directeur, alors au demeurant qu'aucune consigne à ce sujet ne lui avait été donnée après son absence prolongée. En outre, s'il est fait grief à M. B de ne pas avoir répondu à la métropole de Lyon dans un délai de huit jours, pour la préparation budgétaire de l'établissement " Les Tilleuls ", au cours du mois d'août 2020, il est constant que M. B a repris son poste le 7 août 2020, et a été chargé d'une préparation budgétaire diligentée le 13 août suivant, ce court délai ne lui permettant pas de mener à bien cette mission et s'il appartenait à M. B de prendre toute attache nécessaire pour assurer la liaison avec la métropole, autorité gestionnaire de la protection de l'enfance, cette carence, compte tenu de son caractère isolé, ne saurait justifier un licenciement pour insuffisance professionnelle, en particulier dans un contexte de retour au sein du service du cadre dirigeant, après une absence prolongée. De même, il ressort des pièces du dossier que si M. B, qui n'a pas disposé des éléments suffisants pour établir les budgets prévisionnels pour l'année 2021 de l'établissement " Les Tilleuls " et les transmettre à l'autorité de tarification le 2 septembre 2020, date limite qui s'imposait à lui, se devait de prendre attache avec ses interlocuteurs internes pour répondre à la commande budgétaire qui lui avait été posée, cette carence ponctuelle, dans le contexte précédemment décrit de retour de l'intéressé, ne révèle pas l'insuffisance professionnelle dont se prévaut l'association CAPSO. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait adopté un comportement outrancier envers les agents du service informatique ni que ses demandes aient revêtu un caractère intempestif ou exagéré. Il s'ensuit que l'association CAPSO n'est pas fondée à se prévaloir d'un motif d'insuffisance professionnelle, à l'égard du salarié bénéficiaire de la protection instituée par les dispositions du code du travail.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'association CAPSO la somme que demande M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de l'association CAPSO est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par les parties au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association CAPSO, à M. A B et à la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera adressée à l'inspection du travail du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

M. Habchi, premier conseiller,

Mme Soubié, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

H. Habchi

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne à la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2105811

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