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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2107066

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2107066

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2107066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés, le 3 septembre 2021 et le 23 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Denis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler :

- la décision par laquelle le centre communal d'action sociale de Lyon a implicitement refusé de renouveler son contrat,

- la décision du 3 décembre 2020 lui confirmant le non-renouvellement de son contrat en qualité de médecin-coordonnateur,

- ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de condamner le centre communal d'action sociale de Lyon à lui verser la somme de 39 777, 32 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de sa réclamation préalable et de leur capitalisation ;

3°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de Lyon, une somme de

3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision de non-renouvellement est irrégulière :

dès lors qu'en méconnaissance des dispositions combinées de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 et de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988, le délai de prévenance de deux mois n'a pas été respecté alors que la durée de son contrat devait s'entendre comme la durée de l'ensemble de ses contrats ; le CCAS de Lyon a ainsi commis une faute engageant sa responsabilité,

dès lors qu'en méconnaissance des mêmes dispositions, il n'a pas été procédé à un entretien préalable,

- la décision de non-renouvellement est illégale dès lors qu'elle ne repose sur aucun motif légitime tiré soit de l'intérêt général soit de sa manière de servir, le poste " publié " n'ayant subi aucune " évolution substantielle " ;

- elle a subi un préjudice moral tiré de l'incertitude dans laquelle elle a été plongée durant plusieurs mois qui sera estimé à la somme de 10 000 euros ;

- elle a également subi un préjudice financier en l'absence de toutes ressources alors qu'elle pouvait légitimement être reconduite au moins pour une année supplémentaire qui sera estimé à la somme totale de 29 772,32 euros calculée sur la base d'un salaire de 2 481,64 euros mensuels.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 avril et 4 août 2022, le centre communal d'action sociale de Lyon, représenté par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est mal dirigée et dès lors irrecevable puisqu'aucune décision implicite de non-renouvellement n'a été prise à l'issue du contrat du 28 février 2021, l'intéressée ayant connaissance depuis le 3 décembre 2020 que son contrat ne serait pas renouvelé ;

- à titre subsidiaire,

les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés,

en l'absence d'illégalité fautive, sa responsabilité n'est pas engagée, aucun préjudice n'étant en tout état de cause, établi.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 84-16 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baux,

- les conclusions de M. Arnould, rapporteur public,

- les observations de Me Denis, représentant Mme B, et celles de Me Deguerry, représentant le centre communal d'action sociale de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a été recrutée par le centre communal d'action sociale (CCAS) de Lyon, en qualité d'agent contractuel, sur le grade de médecin territorial hors classe, à compter du 8 février 2016 pour exercer ses fonctions de médecin coordonnateur au sein de l'EHPAD Etoile du jour. Le contrat de l'intéressée sera alors renouvelé chaque année jusqu'au 31 janvier 2021, puis pour une durée d'un mois, jusqu'au 28 février suivant. Désireuse de faire évoluer les missions de ce poste, la ville de Lyon a souhaité modifier les modalités de son attribution et mettre en place un jury de recrutement. Par un courrier du 9 janvier 2021, Mme B a fait connaitre son intention de poursuivre son activité sur ce poste. En l'absence de toute réponse de l'administration, le 5 mai 2021, l'intéressée a saisi le CCAS de Lyon d'un recours gracieux et a, dans le même temps, sollicité la réparation des différents préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de ce non-renouvellement. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal, d'une part, de prononcer l'annulation des décisions par lesquelles le CCAS de Lyon a implicitement rejeté sa candidature et son recours gracieux et d'autre part, de condamner le centre communal d'action sociale de Lyon à lui verser la somme de 39 777, 32 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant disposition statutaires relatives à la fonction publique territoriale dans sa rédaction applicable au litige : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels (). Les contrats établis sur le fondement du premier alinéa sont conclus pour une durée déterminée et renouvelés, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence du fonctionnaire ou de l'agent contractuel à remplacer () ". Aux termes de l'article 3-2 de la même loi : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an (). Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent article, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir. ". Enfin, aux termes de l'article 3-3 de la même loi : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : 1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; 2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; () Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée. ".

3. Aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : /-huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ;/ -un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ;/-deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ()./La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans./. () ".

4. En premier lieu, Mme B soutient qu'en méconnaissance des dispositions de l'article 38-1 susmentionnées du décret du 15 février 1988, la décision de non-renouvellement de son contrat a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a été précédée d'aucun entretien et que le délai de prévenance était insuffisant. Toutefois, il résulte des dispositions précitées de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 qu'un entretien n'est prévu qu'au bénéfice des agents dont le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans. Mme B, qui a été employée par des contrats à durée déterminée fondés sur l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984, n'entre dans aucune des deux situations visées par l'article 38 du décret du 15 février 1988. En outre, dès lors qu'il n'est pas sérieusement contesté que les différents contrats d'engagement de la requérante ont été conclus sur le fondement des dispositions précitées de l'article 3-2 de la loi du 24 janvier 1984 et n'avaient dès lors pas vocation à être renouvelés plus de deux fois et qu'il n'est pas davantage contesté que Mme B avait exercé ses fonctions durant plus de cinq années au sein du même établissement, c'est sans davantage méconnaitre les dispositions de l'article 38-1 susmentionnées du décret du 15 février 1988 qui ne s'imposent qu'aux agents contractuels engagés pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée, que le maire de la ville de Lyon a prévenue l'intéressée que son contrat ne serait pas renouvelé, au plus tard le 3 décembre 2020. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière pourra être écarté en ses deux branches.

5. En second lieu, un agent dont le contrat à durée déterminée est arrivé à échéance n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci. L'autorité compétente peut refuser de renouveler un tel contrat pour des motifs tirés de l'intérêt du service ou en raison de ce que le comportement de l'agent n'aurait pas donné entière satisfaction.

6. Mme B fait état de ce que la décision de non renouveler son contrat aurait été prise pour des motifs étrangers à l'intérêt du service. Toutefois, il ressort des pièces versées au débat par la ville de Lyon, d'une part, que conformément aux exigences de la loi de 1984, un fonctionnaire était recherché pour le poste de médecin coordonnateur, d'autre part, que de nouvelles missions lui seraient dévolues et enfin, que si en l'absence de candidature d'un fonctionnaire, un contractuel a été recruté, la candidature de Mme B n'a pu être retenue au regard d'un certain nombre de carences, l'entretien réalisé par le jury de recrutement ayant fait apparaître non seulement des doutes sur " la réalité de la coopération qu'elle avance dans ses relations avec l'équipe ", au regard notamment des réserves émises sur le management de la direction mais encore, des lacunes notamment quant à " sa compréhension de la totalité des missions du médecin coordonnateur " et à " sa capacité d'écoute ". Par suite, dès lors qu'il a pu être constaté lors de l'entretien, que la " motivation (de l'intéressée) est en décalage avec le projet institutionnel ", le jury de recrutement ayant émis " des réserves sur sa participation à l'évolution des attendus du médecin coordonnateur ", alors que le CCAS de Lyon entendait proposer un poste de médecin coordonnateur légèrement redimensionné, aux composantes enrichies notamment par une intervention au sein de ses trois structures accueillant des personnes âgées, ledit médecin étant également amené à représenter le CCAS dans le cadre de convention-cadre, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée de ne pas procéder au renouvellement de son dernier contrat aurait été prise pour un motif étranger à l'intérêt du service et serait ainsi une sanction disciplinaire déguisée.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de la décision par laquelle le CCAS de Lyon a implicitement refusé de renouveler son contrat, de la décision du 3 décembre 2020 lui confirmant le non-renouvellement de son contrat en qualité de médecin-coordonnateur, et enfin, de la décision implicite de rejet de son recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. En l'absence d'illégalité fautive engageant la responsabilité du CCAS de Lyon, les conclusions indemnitaires de Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CCAS de Lyon, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le CCAS de Lyon au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions du centre communal d'action sociale de Lyon est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre communal d'action sociale de Lyon.

Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise au disposition au greffe le 27 avril 2023.

La présidente-rapporteure

A. Baux L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

N. Pineau

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

2

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