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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2107834

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2107834

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2107834
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL ADDEN AUVERGNE-RHONE-ALPES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée sous le n° 2107834 le 5 octobre 2021 et un mémoire enregistré le 20 janvier 2023 (non communiqué), Mme E B et M. D A, représentés par la Selarl Adden Auvergne-Rhône-Alpes (Me Lebeau), demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 5 août 2021 par laquelle le maire de Châtillon d'Azergues a refusé de faire cesser l'emprise irrégulière et de déplacer la canalisation implantée irrégulièrement sur leur propriété ;

2°) d'enjoindre à la commune de Châtillon d'Azergues de déplacer la canalisation en cause dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Châtillon d'Azergues une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la canalisation enfouie dans leur propriété l'a été sans institution d'une servitude de passage ;

- elle constitue une emprise irrégulière ;

- la commune doit être condamnée à déplacer la canalisation litigieuse.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2022, la commune de Châtillon d'Azergues, représentée par le Cabinet ASEA (Me Sevino), conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

La commune de Châtillon d'Azergues soutient que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour se prononcer sur un litige mettant en cause les rapports entre un service public industriel et commercial et un usager, qui sont de droit privé ;

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- elle n'est plus compétente en matière d'eau et d'assainissement, compte tenu du transfert de sa compétence au Syndicat intercommunal à vocation unique d'assainissement de la Pray et au Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues ;

- l'existence de la canalisation en litige n'est pas établie ;

- subsidiairement, la démolition et le déplacement de la canalisation porteraient une atteinte excessive à l'intérêt général ;

- la régularisation de la situation est envisageable et fait obstacle au prononcé d'une injonction de déplacer l'ouvrage.

II- Par une requête enregistrée sous le n° 2200836 le 3 février 2022, Mme E B et M. D A, représentés par la Selarl Adden Auvergne-Rhône-Alpes (Me Lebeau), demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er décembre 2021 par laquelle le président du Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues a refusé de faire cesser l'emprise irrégulière en déplaçant la canalisation implantée sur leur propriété et d'indemniser le préjudice qu'ils subissent ;

2°) d'enjoindre au Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues de déplacer la canalisation en cause dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues à leur verser la somme de 230 000 euros en réparation de leur préjudice ;

4°) de mettre à la charge du Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la canalisation enfouie dans leur propriété l'a été sans institution d'une servitude de passage ;

- elle constitue une emprise irrégulière ;

- le Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues doit être condamné à déplacer la canalisation litigieuse ;

- ils subissent un préjudice estimé à 230 000 euros en raison de la présence de la canalisation litigieuse sur leur parcelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2022, le Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues, représenté par la Selarl ATV Avocats Associés (Me Vincens-Bouguereau) conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

III- Par une requête enregistrée sous le n° 2201076 le 10 février 2022 et un mémoire enregistré le 20 janvier 2023 (non communiqué), Mme E B et M. D A, représentés par la Selarl Adden Auvergne-Rhône-Alpes (Me Lebeau), demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 décembre 2021 par laquelle le président du Syndicat intercommunal à vocation unique d'assainissement de la Pray a refusé de faire cesser l'emprise irrégulière en déplaçant la canalisation implantée irrégulièrement sur leur propriété et d'indemniser leur préjudice ;

2°) d'enjoindre au Syndicat intercommunal à vocation unique d'assainissement de la Pray de déplacer à ses frais la canalisation en cause dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le Syndicat intercommunal à vocation unique d'assainissement de la Pray à leur verser la somme de 230 000 euros en réparation de leur préjudice ;

4°) de mettre à la charge du Syndicat intercommunal à vocation unique d'assainissement de la Pray une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la canalisation enfouie dans leur propriété l'a été sans institution d'une servitude de passage ;

- elle constitue une emprise irrégulière ;

- le Syndicat intercommunal à vocation unique d'assainissement de la Pray (SIVU) doit être condamné à déplacer la canalisation litigieuse ;

- ils subissent un préjudice estimé à 230 000 euros en raison de la présence de la canalisation en litige.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2022, le Syndicat intercommunal à vocation unique d'assainissement de la Pray, représenté par la Selarl BCV Avocats (Me Combaret) conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- la requête est mal dirigée dès lors qu'il n'est pas compétent pour la création et la modification des réseaux d'eaux pluviales urbaines ;

- la canalisation peut être déplacée aux frais de la commune de Châtillon d'Azergues ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

IV- Par une requête enregistrée sous le n° 2201077 le 10 février 2022, Mme E B et M. D A, représentés par Selarl Adden Auvergne-Rhône-Alpes (Me Lebeau), demandent au Tribunal :

1°) de condamner la commune de Châtillon d'Azergues à leur verser la somme de 230 000 euros en réparation du préjudice qu'ils subissent du fait de l'emprise irrégulière sur leur propriété ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Châtillon d'Azergues une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la canalisation enfouie dans leur propriété l'a été sans institution d'une servitude de passage ;

- elle constitue une emprise irrégulière ;

- ils subissent un préjudice en raison de l'impossibilité de mener à son terme leur projet de division foncière, qui peut être évalué à 230 000 euros.

La requête a été communiquée à la commune de Châtillon d'Azergues qui n'a pas produit de mémoire en défense, en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée.

Par des ordonnances du 9 janvier 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 24 janvier 2023 dans les requêtes susvisées.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soubié, première conseillère,

- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,

- et les observations de Me Perret, substituant Me Lebeau, représentant les requérants, celles de Me Sevino, représentant la commune de Châtillon d'Azergues, celles de Me Vincens-Bouguereau représentant le Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues, ainsi que celle de Me Perrouty, substituant Me Combaret, représentant le Syndicat intercommunal à vocation unique d'assainissement de la Pray.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n°s 2107834, 2200836 et 2201076 et 2201077 sont relatives à un même dommage et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.

2. Mme B et M. A sont propriétaires d'une parcelle située sur le territoire de la commune de Châtillon d'Azergues. Ayant appris qu'une canalisation d'eau traversait leur propriété, ils ont sollicité de la commune de Châtillon d'Azergues, du Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues (SIEVA) et du Syndicat intercommunal à vocation unique d'assainissement de la Pray le déplacement de cette canalisation dont l'implantation n'aurait, selon eux, pas été autorisée ainsi que l'indemnisation du préjudice qui résulte selon eux de cette emprise irrégulière. Les requérants demandent au tribunal de condamner la commune, le Syndicat intercommunal à vocation unique (SIVU) d'assainissement de la Pray ou le Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues (SIEVA) à les indemniser du préjudice qu'ils subissent du fait de cette emprise irrégulière et d'enjoindre à cette commune ou à l'un de ces syndicats intercommunaux de déplacer la canalisation litigieuse.

Sur la compétence du juge administratif :

3. Eu égard aux rapports de droit privé nés du contrat qui lie le service public industriel et commercial de distribution d'eau potable à l'usager, il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître des dommages causés à ce dernier à l'occasion de la fourniture de la prestation due par le service.

4. La commune de Châtillon d'Azergues se prévaut de l'incompétence de la juridiction administrative pour se prononcer sur le présent litige au motif que celui-ci concernerait les rapports entre un usager et le service public industriel et commercial de distribution d'eau potable ou d'assainissement. Toutefois, il résulte de l'instruction que les requérants ne sont reliés à la canalisation en litige ni pour l'alimentation en eau de leur habitation ni pour l'évacuation de leurs eaux usées ou des eaux de pluie. Ainsi, le litige porte seulement sur l'implantation du réseau public collectif d'eau sur leur propriété et non sur le contrat qui lie l'usager et le service public industriel et commercial. Par suite, le juge administratif est compétent pour se prononcer sur les requêtes de Mme B et M. A et l'exception d'incompétence soulevée par la commune doit être écartée.

Sur l'emprise :

5. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition ou le déplacement d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition ou le déplacement à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.

En ce qui concerne l'existence d'une emprise irrégulière :

S'agissant du SIEVA :

6. Le SIEVA, en charge de la gestion du réseau d'eau potable sur la commune de Châtillon d'Azergues, produit le plan de son réseau, qui ne fait apparaître aucune canalisation d'eau potable lui appartenant sur la parcelle des requérants. Dans ces conditions, en l'absence de tout ouvrage appartenant au SIEVA implanté sur la propriété de Mme B et M. A, ceux-ci ne sont pas fondés à soutenir que le Syndicat intercommunal aurait établi une canalisation irrégulièrement sur la parcelle leur appartenant.

S'agissant de la commune :

7. Mme B et M. A font valoir que la canalisation d'eau installée sur leur propriété sans servitude légale ou conventionnelle appartiendrait à la commune de Châtillon d'Azergues. Toutefois, il résulte de l'instruction que la canalisation en litige appartient au réseau d'eau géré par le Syndicat à vocation unique (SIVU) d'assainissement de la Pray. Dans ces conditions, la commune ne peut être regardée comme le maître de l'ouvrage litigieux. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune, les conclusions des requérants dirigées contre la commune doivent être rejetées.

S'agissant du SIVU d'assainissement de la Pray :

8. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 1321-1 du code général des collectivités territoriales : " Le transfert d'une compétence entraîne de plein droit la mise à la disposition de la collectivité bénéficiaire des biens meubles et immeubles utilisés, à la date de ce transfert, pour l'exercice de cette compétence (). ". Aux termes de l'article L. 5721-6-1 du même code : " I.- Le transfert de compétences à un syndicat mixte entraîne de plein droit l'application à l'ensemble des biens, équipements et services publics nécessaires à leur exercice, ainsi qu'à l'ensemble des droits et obligations qui leur sont attachés à la date du transfert : 1° Au moment de la création du syndicat : des dispositions des trois premiers alinéas de l'article L. 1321-1, des deux premiers alinéas de l'article L. 1321-2 et des articles L. 1321-3, L. 1321-4 et L. 1321-5 (). ".

9. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'arrêté préfectoral du 27 décembre 2012 relatif aux statuts et compétences du Syndicat intercommunal d'assainissement de la Pray, dont la commune de Châtillon d'Azergues est membre : " () Le syndicat exerce obligatoirement en lieu et place de ses membres les compétences suivantes : l'étude, la réalisation et l'exploitation des installations d'un système d'assainissement collectif comprenant la collecte, le transport et le traitement des eaux usées ainsi que les eaux pluviales lorsque les réseaux de collecte sont unitaires sur les territoires définis ci-après (). Le territoire syndical d'intervention est le suivant : () Châtillon d'Azergues - Intégralité de la commune [pour les compétences d'assainissement obligatoires] (). ".

10. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le SIVU est compétent en matière d'assainissement collectif et que cette compétence englobe les installations relatives à la collecte au traitement et au transport des eaux usées et des eaux pluviales. S'il fait valoir que sa compétence est limitée au réseau d'assainissement et pour les eaux pluviales urbaines, que les dépenses d'investissement relatives au réseau d'eaux pluviales urbaines sont à la charge des communes membres et que seule la commune de Châtillon d'Azergues peut être amenée à modifier un ouvrage du réseau d'eaux pluviales urbaines, il résulte des dispositions précitées qu'il est responsable des ouvrages faisant partie du réseau, au nombre desquels figure la canalisation en litige ainsi qu'il résulte du plan fourni par le syndicat, alors même que les dépenses d'investissement portant sur le réseau d'eaux pluviales urbaines incomberaient aux communes membres. Par suite, le SIVU n'est pas fondé à soutenir qu'il ne serait pas maître de la section du réseau d'eaux pluviales urbaines implantée sur la propriété des requérants.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 152-1 du code rural et de la pêche maritime : " Il est institué au profit des collectivités publiques, des établissements publics ou des concessionnaires de services publics qui entreprennent des travaux d'établissement de canalisations d'eau potable ou d'évacuation d'eaux usées ou pluviales une servitude leur conférant le droit d'établir à demeure des canalisations souterraines dans les terrains privés non bâtis, excepté les cours et jardins attenant aux habitations. / L'établissement de cette servitude ouvre droit à indemnité. Il fait l'objet d'une enquête publique réalisée selon les modalités prévues au livre Ier du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article afin notamment que les conditions d'exercice de la servitude soient rationnelles et les moins dommageables à l'utilisation présente et future des terrains. ".

12. Il ne résulte pas de l'instruction que la canalisation en litige aurait été implantée en vertu d'une servitude légale ou conventionnelle. Cette canalisation constitue ainsi une emprise irrégulière.

En ce qui concerne les conclusions à fin de déplacement de l'ouvrage public :

13. La commune et le SIEVA n'étant pas propriétaires de la canalisation litigieuse, les conclusions présentées à leur encontre à fin de déplacement de l'ouvrage public doivent être rejetées.

14. En demandant l'annulation de la décision du président du SIVU d'assainissement de la Pray refusant de déplacer la canalisation en litige, les requérants doivent être regardés comme sollicitant la condamnation du SIVU à déplacer son ouvrage hors de leur propriété.

15. Si le SIVU soutient qu'une régularisation de l'emprise est envisageable, il ne résulte pas des dispositions du code rural et de la pêche maritime citées précédemment qu'une servitude puisse être légalement instituée sur un terrain clos et bâti. En outre, le SIVU ne fait état d'aucune démarche entreprise pour l'institution d'une servitude conventionnelle, alors que les requérants demandent expressément le déplacement de l'ouvrage hors de leur propriété. Par suite, il est établi qu'aucune régularisation appropriée n'est envisageable à la date du présent jugement.

16. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la canalisation en litige, qui relie deux parties du réseau, devrait nécessairement être installée à l'emplacement où elle se trouve. En outre, le SIVU a fait établir un devis pour le déplacement de la canalisation, dont il ressort que le coût des travaux s'élèverait à 18 000 euros. Dans les circonstances de l'espèce, au regard des atteintes portées au droit de propriété des requérants et compte tenu des éléments peu circonstanciés apportés par le SIVU pour établir les inconvénients suscités en cas de déplacement de l'ouvrage litigieux, ce déplacement ne peut être regardé comme de nature à porter une atteinte excessive à l'intérêt général.

17. Il y a donc lieu d'enjoindre au SIVU, responsable du réseau d'assainissement collectif, de déplacer la canalisation hors de la propriété des requérants, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'indemnisation :

18. Dans le cas d'une décision administrative portant atteinte à la propriété privée, le juge administratif, compétent pour statuer sur le recours en annulation d'une telle décision et, le cas échéant, pour adresser des injonctions à l'administration, l'est également pour connaître de conclusions tendant à la réparation des conséquences dommageables de cette décision administrative, hormis le cas où elle aurait pour effet l'extinction du droit de propriété. Si la décision d'édifier un ouvrage public sur une parcelle appartenant à une personne privée porte atteinte au libre exercice de son droit de propriété par celle-ci, elle n'a, toutefois, pas pour effet l'extinction du droit de propriété sur cette parcelle. Par suite, la réparation des conséquences dommageables résultant de la décision d'édifier un ouvrage public sur une parcelle appartenant à une personne privée ne saurait donner lieu à une indemnité correspondant à la valeur vénale de la parcelle, mais uniquement à une indemnité réparant intégralement le préjudice résultant de l'occupation irrégulière de cette parcelle et tenant compte de l'intérêt général qui justifie le maintien de cet ouvrage.

19. En l'absence d'emprise irrégulière imputable à la commune de Châtillon d'Azergues et au SIEVA, les conclusions indemnitaires présentées à leur encontre doivent être rejetées.

20. Les requérants font valoir qu'ils subissent un préjudice découlant de l'impossibilité pour eux de mener à terme un projet de division parcellaire pour céder une partie de leur propriété en tant que terrain à bâtir. L'implantation de la canalisation en litige sans droit ni titre sur la propriété des requérants constitue une atteinte à leur droit de propriété, qui leur ouvre, par elle-même, un droit à indemnisation. Toutefois, dès lors que le présent jugement enjoint au SIVU de déplacer la canalisation litigieuse, le projet de division parcellaire des requérants n'est pas rendu impossible et le préjudice tel qu'invoqué n'est ainsi pas établi.

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de la commune de Châtillon d'Azergues et du Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues,, qui ne sont pas parties perdantes dans les présentes instances. Ces dispositions font également obstacle à ce que la somme demandée par le SIVU d'assainissement de la Pray soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas partie perdante dans l'instance le concernant. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que la commune de Châtillon d'Azergues présente au titre des frais liés au litige. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B et M. A le versement au Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues de la somme de 1 000 euros au titre des frais liés au litige et de mettre à la charge du SIVU d'assainissement de la Pray le versement à Mme B et M. A de la somme de 1 500 euros à ce titre.

23. En l'absence de tout dépens, les conclusions présentées à ce titre par la commune de Châtillon d'Azergues, le SIVU d'assainissement de la Pray et le Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2107834, 2200836 et 2201077 de Mme B et M. A sont rejetées.

Article 2 : Il est enjoint au Syndicat intercommunal à vocation unique d'assainissement de la Pray de déplacer la canalisation enterrée sur la propriété de Mme B et M. A, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le Syndicat intercommunal à vocation unique d'assainissement de la Pray versera à Mme B et M. A la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Mme B et M. A verseront au Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à M. D A, à la commune de Châtillon d'Azergues, au Syndicat intercommunal des eaux du Val d'Azergues et au Syndicat intercommunal à vocation unique d'assainissement de la Pray.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

La rapporteure,

A-S. Soubié

La présidente,

V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

2-2200836-2201076-2201077

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