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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2108017

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2108017

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2108017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 9 octobre 2021 et le 15 janvier 2022, M. F D, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 16 août 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui accorder une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer l'autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de son fils C D dans le délai de trente jours suivant la notification du présent jugement ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il ne relève pas des dispositions de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne sont pas applicables aux ressortissants algériens ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'enquêtes de logement et de ressources réalisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de saisine préalable du maire en méconnaissance des dispositions de l'article L.434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreurs de droit au regard de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors qu'il s'est estimé en compétence en liée alors qu'il n'était pas tenu de refuser le regroupement familial au motif de la présence irrégulière sur le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision n'est pas entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle vise les stipulations de l'accord franco-algérien et particulièrement son article 4, que son épouse séjournait en France sans justifier d'un titre de séjour et qu'il pouvait en tout état de cause légalement rejeter la demande de regroupement familial pour ce seul motif au regard de ces stipulations ;

- cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni n'est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La clôture d'instruction a été fixée au 28 janvier 2022 par une ordonnance du 13 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Segado, président-rapporteur ;

- les observations de Me Chinouf pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, a déposé une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants auprès du préfet du Rhône. Par une décision en date du 16 août 2021, le préfet du Rhône a refusé de lui accorder le regroupement familial sollicité. M. D demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien : " () / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. Peut être exclu de regroupement familial : 1 - un membre de la famille atteint d'une maladie inscrite au règlement sanitaire international ; 2 - un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français () / Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées au Titre II du Protocole annexé au présent Accord. Un regroupement familial partiel peut être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants () ".

3. L'accord franco-algérien susvisé régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Par suite, le préfet du Rhône ne pouvait fonder la décision attaquée sur le motif tiré de ce que l'épouse de M. D était déjà présente en France mais de façon irrégulière au regard des dispositions de l'article L.434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne lui sont pas applicables.

4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

5. En l'espèce, et comme l'expose le préfet dans son mémoire en défense, il résulte des stipulations précitées de l'article 4 de l'accord franco-algérien que le bénéfice du regroupement familial peut être refusé au motif que les membres des familles des ressortissants algériens séjournent en France lors de l'examen de la demande de regroupement familial sollicitée en leur faveur, que ce séjour soit régulier ou irrégulier. Ainsi, la décision contestée trouve son fondement légal dans cet article 4 de l'accord franco-algérien. Ce fondement peut ainsi être substitué au fondement erroné retenu par l'administration ainsi qu'il a été dit, dès lors que cette substitution ne prive l'intéressé d'aucune garantie procédurale, et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation.

6. Ensuite, comme il vient d'être dit ci-dessus, il ressort des pièces du dossier et particulièrement des motifs de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de regroupement familial dont il était saisi, le préfet a pris en compte la présence irrégulière en France de l'épouse de M. D. Ce motif, qui était de nature à fonder légalement le refus d'accorder le regroupement familial, dispensait l'autorité préfectorale de mettre en œuvre la procédure prévue par les articles L. 434-10 et suivants du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et relatives à la vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune dans laquelle l'étranger réside ou envisage de s'établir. Ainsi le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière, ni que cette décision l'aurait privée d'une garantie en raison de l'absence d'enquêtes de logement et de ressources réalisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de saisine préalable du maire.

7. En deuxième lieu, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier et des termes mêmes de la décision contestée que le préfet se serait à tort estimé en compétence liée pour refuser le regroupement familial sollicité en raison de la présence irrégulière de l'épouse du requérant sur le territoire français et, d'autre part, comme il a été ci-dessus, il a pu légalement, sans commettre d'erreur de droit, refuser pour ce motif le regroupement familial sollicité.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

9. M. D fait valoir qu'il réside en France depuis 2015 sous couvert d'un certificat de résident algérien valable 10 ans, qu'il s'est marié, dans son pays d'origine le 20 juillet 2017, avec Mme B E, également ressortissante algérienne, qui déclare être entrée en France en 2020 accompagnée de leur fils, C D, né le 1er septembre 2018 en Algérie, qu'ils ont eu un second enfant, A D, né le 1er décembre 2020 à Lyon, et qu'à la date de la décision attaquée, il bénéficiait d'une situation professionnelle stable et remplissait les conditions de ressources et de logement. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que son épouse et leurs deux enfants seraient dépourvus d'attaches familiales et privées en Algérie où celle-ci et l'ainé des enfants ont vécu avant leur arrivée très récente en France, ni que la situation familiale et personnelle de ceux -ci, comme celle du requérant, rendaient nécessaire leur présence en France notamment au regard des délais d'instruction d'une nouvelle demande de regroupement familial formulée une fois que l'épouse de M. D et leurs enfants seront repartis en Algérie. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familial, ainsi qu'à celui de son épouse et de leurs enfants, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. De même, il ne ressort pas des pièces du dossier et de ces éléments qu'en refusant le regroupement familial sollicité le préfet aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur des deux enfants de M. D et que ce refus aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Enfin, compte tenu des circonstances de l'espèce précédemment exposées, la décision en litige n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

Le président-rapporteur,

J. Segado

L'assesseur le plus ancien,

L. Delahaye

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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