mardi 17 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2109823 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL PARALEX |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 7 décembre 2021, enregistrée le lendemain au greffe du tribunal, la présidente de la 1ère chambre du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a transmis au tribunal la requête présentée par Mme B A.
Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2021, Mme B A, représentée par Me Robillard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 mars 2021 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement, ainsi que la décision du 28 septembre 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a implicitement rejeté son recours hiérarchique ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit d'une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que c'est à tort que l'inspecteur du travail a considéré que la société Le Batistou a respecté l'obligation de recherche de reclassement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, la société Le Batistou, représentée par la Selarl Cornet Vincent Ségurel (Me Monnier), conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante sont pas fondés.
Une mise en demeure a été adressée le 15 février 2022 à la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion.
La ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a produit une pièce, enregistrée le 6 décembre 2022, mais n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,
- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,
- et les observations de Me Monnier, représentant la société Le Batistou.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée par la société Le Batistou, qui exerce une activité de production de saucissons et jambons secs, à compter du 14 mars 2011, en tant qu'ouvrière de production. Par un avis du 18 décembre 2020, le médecin du travail l'a déclarée inapte à la reprise de son poste. L'employeur a sollicité, par un courrier du 15 février 2021, l'autorisation de la licencier, alors qu'elle était titulaire du mandat de membre suppléant du comité social et économique. Une décision d'autorisation a été prise le 29 mars 2021 par l'inspecteur du travail, décision contre laquelle Mme A a formé un recours hiérarchique auprès de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, qui l'a implicitement rejeté le 28 septembre 2021. Ce sont les décisions que Mme A conteste.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 1226-10 du code du travail : " Lorsque le salarié victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. / Cette proposition prend en compte, après avis du comité économique et social, les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existant dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur l'aptitude du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. / L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en oeuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail. / Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. ".
3. Dans le cas où la demande de licenciement d'un salarié protégé est motivée par l'inaptitude physique, il appartient à l'administration de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que l'employeur a, conformément aux dispositions de l'article L. 1226-2 du code du travail, cherché à reclasser le salarié sur d'autres postes appropriés à ses capacités, le cas échéant par la mise en œuvre, dans l'entreprise, de mesures telles que mutations ou transformations de postes de travail ou aménagement du temps de travail. Le licenciement ne peut être autorisé que dans le cas où l'employeur n'a pu reclasser le salarié dans un emploi approprié à ses capacités au terme d'une recherche sérieuse, menée tant au sein de l'entreprise que dans les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel. Lorsqu'après son constat d'inaptitude, le médecin du travail apporte des précisions quant aux possibilités de reclassement du salarié, ses préconisations peuvent, s'il y a lieu, être prises en compte pour apprécier le caractère sérieux de la recherche de reclassement de l'employeur.
4. Pour autoriser le licenciement de Mme A, l'inspecteur du travail a considéré que la société Le Batistou avait respecté l'obligation de reclassement lui incombant dès lors que si la recherche avait été " peu sérieuse et précise ", il n'existait pas de poste de reclassement compatible avec les prescriptions du médecin du travail, aux termes desquelles la salariée était apte à un reclassement sur un poste n'exposant pas à la fleur de saucisson, et que, par ailleurs, la salariée n'avait pas contesté cette absence de proposition de reclassement.
5. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que la société Le Batistou, a interrogé par courriels des 17 mars et 19 mars 2021 les sociétés Salaisons Bernard et Saveurs et Traditions Conseil, qui font partie du même groupe, pour savoir si elles disposaient de postes de reclassement, en précisant que Mme A était ouvrière de production et en indiquant le contenu de l'avis rendu par le médecin du travail, d'une part, il n'est pas établi que son curriculum vitae aurait effectivement été transmis aux deux sociétés, et donc que celles-ci auraient eu connaissance des éléments relatifs à sa formation ou à ses expériences professionnelles, d'autre part, la société Le Batistou fait valoir qu'elle n'a pas proposé à Mme A le poste de désosseur-carcasses disponible au sein de la société Salaisons Bernard, peu exposé à la fleur de saucisson, au motif qu'il requerrait des aptitudes physiques liés aux poids des carcasses et des compétences en boucherie, ces seules allégations ne suffisent pas à établir qu'un tel poste était incompatible avec les qualifications ou les aptitudes de la requérante. Enfin, la société Le Batistou n'apporte aucun élément de nature à expliquer les raisons pour lesquelles elle n'a pas proposé à la requérante le poste d'assistant administratif dont fait état l'inspecteur du travail dans la décision attaquée, pour lequel le médecin du travail n'avait émis aucune préconisation défavorable. L'ensemble de ces éléments sont de nature à démontrer que l'absence de poste de reclassement n'a pas résulté d'une recherche sérieuse, ainsi que le retient d'ailleurs lui-même l'inspecteur du travail. Ce seul motif faisait obstacle à ce que l'administration, qui ne pouvait reprocher à la requérante de ne pas avoir contesté l'absence de proposition de reclassement, puisse légalement autoriser le licenciement demandé. Dès lors, l'inspecteur du travail, en autorisant le licenciement en dépit de l'absence de caractère sérieux de la recherche de reclassement, a entaché sa décision d'une erreur de droit. Il s'ensuit que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2021, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision implicite par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a rejeté son recours hiérarchique.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Le Batistou demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de l'inspecteur du travail du 29 mars 2021 est annulée, ainsi que la décision implicite par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a rejeté le recours hiérarchique de Mme A contre cette décision.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la société Le Batistou présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la société Le Batistou et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Copie en sera adressée à la directrice de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Auvergne-Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Soubié, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.
La rapporteure,
P. Boulay
La présidente,
V. Vaccaro-Planchet La greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026