mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2110121 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET RACINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 17 décembre 2021 et 27 février 2023, la SAS Damale, représentée par la SCP Racine Strasbourg agissant par Me Caen, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la direction générale des finances publique a rejeté son recours gracieux en date du 19 août 2021 tendant à obtenir l'attribution de l'aide exceptionnelle pour les mois de février à juin 2021 au titre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de lui verser la somme de 43 087 euros d'aide exceptionnelle pour les mois de février à juin 2021 au titre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 ;
3°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire du mémoire en défense de l'administration fiscale n'est pas établie ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; contrairement à ce que soutient l'administration fiscale, le courriel daté du 15 octobre 2021 ne constitue pas une réponse à son recours gracieux dès lors qu'il ne concerne que le mois de février 2021 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 3 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 dès lors qu'elle n'avait aucune dette fiscale au 31 décembre 2019, la taxe sur la valeur litigieuse n'étant due qu'au 30 mai 2020 et il ne peut, en outre, lui être sérieusement reproché la signature tardive, le 24 juin 2021, du plan de règlement de règlement de cette dette compte tenu de la fermeture administrative dont elle faisait l'objet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, le directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 7 mars 2023 par une ordonnance du 30 janvier 2023.
Par lettre du 13 mars 2023, des pièces complémentaires ont été demandées pour compléter l'instruction, puis communiquées à la partie adverse, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
La société Damale a été informée, par lettre du 2 mai 2023, en application des dispositions combinées des articles R. 412-1 et R. 612-1 du code de justice administrative, que les conclusions de sa requête dirigées contre les décisions portant de ses demandes d'aides formulées au titre des mois de mai et juin 2021 étaient susceptibles d'être rejetées comme irrecevables en l'absence de production de ces décisions, ce courrier tenant lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2020-935 du 30 juillet 2020 ;
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Collomb, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Damale, créée le 16 juillet 2012, exerce des activités " d'exploitation de discothèque, bar-restaurant, organisation de soirées événementielles, spectacles, défilés, représentation de mode ". Elle a sollicité l'aide exceptionnelle pour les mois de février à juin 2021 au titre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19. Ces demandes ayant été rejetées par l'administration au motif de l'existence d'une dette fiscale ou d'une défaillance déclarative, la société a alors contesté ces décisions de rejet par un recours gracieux en date du 19 août 2021. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration fiscale sur ce recours réceptionné le 25 août 2022. La société Damale demande au tribunal, par la présente requête, l'annulation de cette décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'étendue du litige :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. Ainsi, les conclusions présentées par la société Damale doivent être regardées comme dirigées contre les décisions initiales de refus d'aide datées du 3 mai 2021, s'agissant du mois de février, du 29 avril 2021 s'agissant du mois de mars, du 1er juin 2021 s'agissant du mois d'avril, du 18 juin 2021 s'agissant du mois de mai et du 22 juillet 2021 s'agissant du mois de juin 2021.
En ce qui concerne les décisions rejetant les demandes d'aides formulées au titre des mois de mai et juin 2021 :
3. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation () ". Aux termes de l'article R. 612-1 du même code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. (). La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la société Damale n'a pas joint à sa requête introductive d'instance, enregistrée au greffe du tribunal le 17 décembre 2021 les décisions attaquées prises par l'administration les 18 juin et 22 juillet 2021 portant rejet de ses demandes d'aide au titre des mois de mai et juin 2021 en méconnaissance des dispositions de l'article R. 412-1 du code de justice administrative. En dépit de la demande de régularisation dans un délai de quinze jours qui lui a été adressée le 2 mai 2023 et dont il a été accusé réception par son conseil le 3 mai suivant, la société requérante n'a pas produit, à l'expiration du délai qui lui était imparti, ces deux décisions et n'a pas davantage justifié de l'impossibilité de le faire. Par suite, les conclusions de la requête de la société Damale dirigées contre ces deux décisions sont entachées d'une irrecevabilité manifeste et doivent, dès lors, être rejetées.
En ce qui concerne les demandes d'aides formulées au titre des mois de février et mars 2021 :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ".
6. Tout d'abord, il résulte de ce qui a été exposé au point 2 que le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite de rejet du recours gracieux, lequel était facultatif, qui relève d'un vice propre de cette dernière décision, est inopérant et doit, par suite, être écarté.
7. Ensuite, les décisions expresses rendues les 3 mai et 29 avril 2021 pour les mois de février et mars 2021 indiquent que la société requérante ne respecte pas la condition requise par les dispositions du décret n° 2020-371 du 20 mars 2020 tenant à l'absence de dette fiscale ou sociale impayée au 31 décembre 2019 dès lors qu'elle présente, à cette date, une dette fiscale impayée laquelle ne fait pas l'objet d'un plan de règlement. Cette motivation est suffisante pour permettre de comprendre, à sa seule lecture, le motif du rejet et son fondement légal. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions ainsi contestées doit, par suite, être écarté.
8. En second lieu, il résulte des dispositions des articles 3-22 et 3-26 du décret du 30 mars 2020 visé ci-dessus que la demande d'aide doit, à la date de son dépôt, être notamment accompagnée d'une déclaration sur l'honneur attestant de l'absence de dette fiscale impayée au 31 décembre 2019 à l'exception de celles qui sont couvertes par un plan de règlement.
9. En l'espèce, pour refuser le bénéfice de l'aide exceptionnelle à la société Damale au titre des mois de février et mars 2021, l'administration s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'intéressée était redevable d'une dette fiscale impayée constituée de la taxe sur la valeur ajoutée du mois de décembre 2019 dont elle ne s'était pas acquittée et qui ne faisait pas l'objet d'un plan de règlement. Si la société requérante soutient qu'elle n'était redevable de la taxe sur la valeur ajoutée qu'au 30 mai 2020 il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle a déposé, le 17 mars 2020, une déclaration de taxe sur la valeur ajoutée faisant état d'un bilan clos le 31 décembre 2019 et mentionnant, à cette date, une taxe sur la valeur ajoutée nette due d'un montant de 8 569 euros et elle était ainsi effectivement redevable, au 31 décembre 2019, d'une dette fiscale de ce montant. Si la société requérante se prévaut par ailleurs de la signature, le 24 juin 2021, du plan de règlement de cette dette en alléguant qu'il ne saurait lui être reproché la tardiveté compte tenu de la fermeture administrative dont elle faisait l'objet, toutefois il ressort des pièces du dossier qu'à la date du dépôt de ses demandes d'aide, le plan de règlement, qui lui a été proposé le 11 juin 2021 postérieurement aux décisions contestées, n'était pas encore signé. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a pu opposer à la société Damale l'existence d'une dette fiscale non couverte par un plan de règlement pour lui refuser le bénéficie de l'aide exceptionnelle au titre des mois de février, et mars 2021.
En ce qui concerne la demande d'aide formulée au titre du mois d'avril 2021 :
10. S'agissant de la décision du 1er juin 2021 portant rejet de la demande d'aide formulée au titre du mois d'avril précédent, il ressort des termes de cette décision que l'administration s'est contentée d'indiquer que la société " ne remplit pas les conditions fixées par le décret n°2020-371 du 30 mars 2020 modifié ". Ainsi, en s'abstenant de préciser les motifs de fait qui sont à la base de sa décision, l'administration fiscale n'a pas satisfait aux exigences des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Il s'ensuit que la société Damale est fondée à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision du 1er juin 2021.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la société Damale est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 1er juin 2021 rejetant sa demande d'aide formulée au titre du mois d'avril 2021, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision implicite rejetant son recours gracieux daté du 19 août 2021 en tant qu'il a été formé contre cette décision de refus du 1er juin 2021.
Sur les conclusions en injonction :
12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".
13. L'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement, eu égard du motif qui vient à son soutient, qu'il soit enjoint à l'administration fiscale de procéder au réexamen de la demande d'aide du fonds de solidarité à destination des entreprises pour le mois d'avril 2021. Il y a, dès lors, lieu d'enjoindre à l'administration fiscale d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
14. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 1er juin 2021 portant rejet de la demande d'aide exceptionnelle présentée par la société Damale au titre du mois d'avril 2021, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux daté du 19 août 2021 en tant qu'il a été formé contre cette décision de refus du 1er juin 2021, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône de procéder au réexamen de la demande de la société Damale d'aide au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises pour le mois d'avril 2021 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Damale est rejetée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Damale, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, et au directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2023 à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Collomb, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
La rapporteure,
C. Collomb
Le président,
J. Segado
La greffière,
E. Seytre
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026