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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2200933

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2200933

mardi 9 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2200933
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantVIALLARD-VALEZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 février 2022, M. C B, représenté par Me Viallard-Valezy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2021 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la " décision " est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été consultée préalablement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est parent d'un enfant français dont il participe à l'entretien et à l'éducation.

Par une ordonnance du 11 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 13 août 1994, est entré irrégulièrement en France en décembre 2011. L'intéressé a fait l'objet de décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français par un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 30 août 2013 qui sera confirmé par un jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 13 mars 2014. Ayant sollicité, le 13 septembre 2016, son admission au séjour, M. B a bénéficié de la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " qui sera renouvelé jusqu'au 30 janvier 2019 puis d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", délivré par le préfet de police de Paris, valable du 17 août 2020 au 16 août 2021, dont il a sollicité le renouvellement auprès des services de la préfecture de la Loire. Par un arrêté en date du 4 novembre 2021, la préfète de la Loire a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Si l'accord franco-algérien ne subordonne pas la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien à la condition que l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ne prive toutefois pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.

3. Pour fonder la décision de refus de renouvellement du titre de séjour, après avoir visé les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Loire a rappelé que M. B avait été condamné par le tribunal correctionnel de Saint-Etienne, le 12 octobre 2017, à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, d'usage illicite de stupéfiants et de détention frauduleuse de plusieurs faux documents administratifs, faits intervenus en octobre 2017, et était, également connu des services de police, depuis le 20 octobre 2021, pour circulation avec véhicule terrestre à moteur sans assurance et a en conséquence estimé que la présence de l'intéressé constituant une menace pour l'ordre public. Toutefois, la condamnation du requérant à une peine d'emprisonnement avec sursis par le jugement du 12 octobre 2017 porte sur des agissements qui non seulement ont été commis plus de quatre ans avant l'édiction de l'arrêté en litige mais qui en outre, l'ont été avant que M. B ne se voit renouveler son titre de séjour en qualité de salarié et avant que ne lui soit délivré, en dernier lieu, un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ". Par ailleurs, il ne ressort pas du bulletin numéro 2 du casier judiciaire de M. B, délivré le 25 juin 2021 et produit par la préfète en défense, que le requérant aurait fait l'objet de condamnations ultérieures et si la préfète a relevé que l'intéressé se serait fait à nouveau connaître des services de police en octobre 2021 pour circulation avec véhicule terrestre à moteur sans assurance, elle ne produit aucun justificatif à cet égard, l'autorité administrative ne faisant d'ailleurs nullement valoir que ces faits récents auraient donné lieu à des poursuites. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir qu'en refusant de procéder au renouvellement de son titre de séjour au motif que son comportement constituerait, à la date de l'arrêté en litige, une menace pour l'ordre public, la préfète de la Loire a fait une inexacte application des dispositions des articles L. 432-1 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 novembre 2021 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu et après examen de tous les autres moyens, le présent jugement implique nécessairement que la demande de M. B soit réexaminée. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Loire d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 novembre 2021 de la préfète de la Loire est annulé.

Article 2: Il est enjoint à la préfète de la Loire de réexaminer la situation de M. B, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.

Le rapporteur,

N. A

La présidente,

A. Baux

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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