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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2200936

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2200936

mardi 9 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2200936
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantALIMOUSSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 7 février et 16 mai 2022, M. D E, représenté par Me Alimoussa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2021 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain :

- d'effacer son nom du fichier européen de signalement Schengen,

- de l'admettre au titre de l'admission exceptionnelle au séjour sur le territoire français en lui délivrant un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 6, 5) et 7 b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant de la menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il encourt des risques dans son pays d'origine ;

3°) s'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

4°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

5°) s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de conditions humanitaires.

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 4 mai 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive et dès lors irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien né le 29 novembre 1981, est entré régulièrement en France en janvier 2016 muni d'un visa Schengen de court séjour à entrées multiples, valide du 10 décembre 2015 au 9 décembre 2017 pour un séjour autorisé de quatre-vingt-dix jours. Le 4 mai 2021, l'intéressé a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles 6, 5) et 7 b) de l'accord franco-algérien susvisé. Par un arrêté en date du 5 novembre 2021, la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. E demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

2. L'arrêté attaqué, en date du 5 novembre 2021, a été signé par Mme C B, directrice de la citoyenneté et de l'intégration, en vertu d'une délégation accordée par la préfète de l'Ain le 20 septembre 2021 et publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les stipulations des articles 6, 5) et 7 bis l'accord franco-algérien et précise les motifs du refus qui ont été opposés à M. E sur chacun des fondements examinés, la décision contestée faisant en outre référence de manière précise et circonstanciée à la situation personnelle du requérant. A cet égard, si l'intéressé indique que la préfète de l'Ain n'aurait pas rappelé les nombreux bulletins de salaire produits à l'appui de sa demande, il ressort de la lecture de la décision contestée que la préfète a relevé les périodes d'activité du requérant en qualité de chauffeur livreur et que s'agissant de sa promesse d'embauche en contrat de travail à durée indéterminée (CDI) du 5 mars 2021, la préfète a indiqué que le contrat de travail de M. E n'était pas visé par les autorités compétentes, de telle sorte qu'il ne remplissait pas les conditions requises par les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien précité. La décision en litige comportant les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et permettant au requérant d'en discuter utilement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention "salarié", cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ".

5. Pour refuser de délivrer un certificat de résidence portant la mention " salarié " à M. E, la préfète de l'Ain a relevé que le contrat de travail produit par le requérant n'était pas visé par les services du ministère du travail et en outre, qu'il ne démontrait pas de compétences particulières pour le poste de chauffeur livreur. Si le requérant soutient tout d'abord que la préfète aurait commis une erreur de droit en lui opposant son maintien sur le territoire français à l'expiration de son visa, circonstance n'interdisant pas de solliciter un titre de séjour, il ressort de la lecture de l'arrêté en litige que la préfète n'a pas opposé ce motif pour fonder la décision attaquée mais celui tiré de ce que M. E était dépourvu d'autorisation de travail, en l'absence de contrat de travail visé, ce motif non contesté suffisant à fonder la décision attaquée, la préfète faisant par ailleurs valoir en défense que la décision en litige aurait pu être fondée sur le motif tiré de ce que M. E était dépourvu du visa de long séjour requis pour la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de salarié. Par ailleurs, si le requérant conteste l'appréciation portée par la préfète s'agissant de son absence de compétences particulières en se prévalant de ce qu'il a exercé le métier de chauffeur livreur à plusieurs reprises en France et effectué des stages diplômants, ce motif, opposé à titre superfétatoire, demeure sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. En tout état de cause, le requérant ne saurait être regardé comme particulièrement qualifié pour l'emploi, alors qu'ainsi que le fait valoir la préfète en défense, son permis de conduire ne l'autorise pas à conduire en France, élément ayant conduit le requérant à avoir recours à des documents falsifiés et à être condamné le 13 avril 2021 par le tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse à quatre mois d'emprisonnements avec sursis et 250 euros d'amande pour conduite d'un véhicule sans être titulaire du permis correspondant à la catégorie du véhicule, pour usage d'un permis de conduire faux ou falsifié et pour usage de faux en écriture. Il résulte ainsi de ces éléments que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien susvisé doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précitées ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

7. M. E fait état de ce qu'il a exercé des activités professionnelles en France où, titulaire d'une promesse d'embauche, il a la possibilité de travailler sans être une charge pour le pays et de ce que son épouse l'a récemment rejoint sur le territoire français. Toutefois, si M. E indique être entré en France en 2016, il ne démontre pas y avoir séjourné continument depuis lors, l'intéressé ne contestant pas avoir sollicité ultérieurement un visa de court séjour et le fait que son passeport comporte des pages arrachées. De surcroît, la seule durée de son séjour en France ne saurait établir que l'intéressé y disposerait d'attaches à la fois anciennes, intenses et pérennes et, à cet égard, il ne ressort pas des pièces du dossier que son épouse, l'ayant rejoint récemment y disposerait d'un droit au séjour en France. Par ailleurs, aucun obstacle ne s'oppose à ce que M. E poursuive sa vie privée et familiale en Algérie, pays dont son épouse a également la nationalité, où l'intéressé a passé l'essentiel de son existence, où il a exercé des activités professionnelles et où il conserve nécessairement ses attaches culturelles. En outre, si le requérant se prévaut d'une demande d'asile, il ressort du relevé TélemOfra produit en défense que celle-ci a été déposée postérieurement à l'édiction de la décision en litige et qu'elle demeure, dès lors, sans incidence sur sa légalité. Enfin, la circonstance que M. E ait exercé des activités salariées en France, au demeurant irrégulièrement en l'absence d'autorisation de travail et en faisant usage de faux documents, ne permet pas de démontrer une insertion sociale et professionnelle en France ni que l'intéressé y aurait établi le centre de ses intérêts. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien susvisé doivent, dès lors, être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ".

9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant à l'autorité administrative d'assortir la décision portant refus de séjour d'une mesure d'éloignement qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Or, ainsi qu'il a été exposé au point 3, la décision portant refus de séjour opposée à M. E est motivée et, par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire serait insuffisamment motivée ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en ce que la préfète de l'Ain ne pouvait se fonder sur l'existence d'une menace à l'ordre public en raison d'une conduite sans permis, et que M. E peut ainsi être regardé comme invoquant une erreur d'appréciation de l'autorité administrative en la matière, la décision en litige est fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit sur une décision concomitante de refus de séjour, et non sur les dispositions du 5° de ce même article prévoyant qu'une mesure d'éloignement peut être édictée à l'encontre d'un étranger donc le comportement constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation s'agissant de la menace pour l'ordre public, à le supposer expressément invoqué, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

12. En dernier lieu, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet par elle-même d'entrainer le retour de M. E dans son pays d'origine, l'intéressé ne peut utilement invoquer à l'encontre cette décision des risques en cas de retour en Algérie et une erreur manifeste d'appréciation de la préfète de l'Ain à cet égard.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

13. La décision en litige vise les textes dont elle fait application, en l'espèce les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les motifs qui ont conduit la préfète de l'Ain à refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. E, en l'espèce le fait que l'intéressé ait été condamné par le tribunal judiciaire du Bourg-en-Bresse le 13 avril 2021 pour conduite d'un véhicule sans être titulaire du permis correspondant à la catégorie du véhicule et en faisant usage d'un permis de conduire faux ou falsifié et pour usage de faux en écriture et, qu'en conséquence, son comportement constitue une menace pour l'ordre public devant conduire à ce qu'aucun délai de départ volontaire ne lui soit accordé. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant fixant le pays de destination, doit être écarté.

15. En deuxième lieu, la décision attaquée vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que M. E est de nationalité algérienne et qu'il ne produit aucun élément laissant présumer qu'il serait menacé en cas de retour dans son pays d'origine. La décision en litige comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et permet au requérant d'en discuter utilement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

17. M. E fait état de ce qu'il serait menacé à en cas de retour en Algérie où il craindrait pour sa vie en raison de sa fonction d'enquêteur de police dans une brigade luttant contre le terrorisme, l'intéressé produisant une attestation de dépôt de plainte, datée du 30 décembre 2015, où il a déclaré avoir fait l'objet de coups de feu. Toutefois, la seule production de ce document, relativement ancien puisqu'antérieur de plus de six ans à la date de la décision attaquée, ne permet pas de démontrer le caractère réel, personnel et actuel des risques invoqués par le requérant en cas de retour en Algérie. L'intéressé ne conteste d'ailleurs pas sérieusement être retourné dans son pays d'origine en 2018, ainsi qu'il a été exposé précédemment. En outre, le dépôt de la demande d'asile de M. E, postérieurement à la date de la décision attaquée, a seulement pour effet, en application des dispositions de l'article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de suspendre l'exécution de la décision d'éloignement dont il fait l'objet antérieurement à l'introduction de sa demande d'asile, M. E ayant été convoqué devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 29 mars 2022. Il résulte de ces éléments que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ensemble l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

19. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ces illégalités et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, doit être écarté

20. En second lieu, s'il se prévaut de conditions humanitaires en faisant état de ce que son épouse est désormais présente en France où il démontrerait avoir tissé des liens stables, M. E ne saurait être regardé comme justifiant, alors que son épouse est dépourvue de tout droit au séjour en France et que le requérant n'établit pas y disposer d'attaches particulières, de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète de l'Ain a prononcé à son encontre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français en litige.

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Ain en défense, que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.

Le rapporteur,

N. A

La présidente,

A. Baux

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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