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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2201694

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2201694

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2201694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMARCELLESI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mars 2022, et des mémoires complémentaires enregistrés le 30 août 2023, Mme A C, représentée par Me Marcellesi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2022 par laquelle le président de la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de sa maladie constatée par un arrêt de travail du 20 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre à la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche de reconnaitre l'imputabilité au service de cette pathologie et de reconstituer sa carrière ;

3°) de condamner la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

4°) de mettre la somme de 2 500 euros à la charge de la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur de fait ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant à l'imputabilité au service de son syndrome anxio-dépressif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2022, la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche, représentée par la SELARL RETEX Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rizzato, première conseillère,

- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Nabet pour la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, attachée principale au sein des services de la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche demande l'annulation de l'arrêté du 6 janvier 2022 par lequel le président la collectivité a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service des pathologies déclarées dans le certificat médical du 20 avril 2021. Elle demande également la condamnation de la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi du fait du comportement fautif de son employeur.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige, qui vise les textes dont le président de la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche a entendu faire application, rappelle les éléments de la procédure préalable à son édiction, cite l'avis de la commission de réforme et indique les éléments qui ont conduit l'autorité territoriale à ne pas suivre cet avis, comporte ainsi la mention des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme (). ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le refus opposé à la requérante est notamment fondé sur la circonstance que le président de la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche a, après avoir relevé que l'avis de la commission de réforme ne précise pas spécifiquement sur quelle pathologie la reconnaissance de maladie professionnelle est imputable au service, considéré que les éléments dont il disposait ne le mettaient pas en capacité d'apprécier la portée de l'avis émis. Contrairement à ce que soutient Mme C, sa demande initiale portait bien sur plusieurs pathologies, incluant l'aggravation de pathologies préexistantes, et non sur son seul syndrome anxio-dépressif. Elle n'est ainsi pas fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur de fait sur ce point.

5. En troisième lieu, il résulte des dispositions précitées qu'une maladie contractée par un fonctionnaire doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien de causalité direct avec l'exercice de ses fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement ou l'aggravation de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou tout autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

6. Pour demander l'annulation du refus opposé à sa demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie, Mme C se prévaut du certificat médical établi par son médecin traitant le 20 avril 2021, des conclusions de l'expertise médicale réalisée par le Dr B datées du 19 octobre 2021, et de l'avis de la commission de réforme du 1er décembre 2021. Elle soutient que son état de santé s'est aggravé à compter du 21 juillet 2020, date à laquelle elle a été démise de ses fonctions de directrice de l'enfance et de la jeunesse, et en raison de ses conditions de travail à compter de cette date, marquées par une mise à l'écart, l'absence d'adaptation de son poste de travail, le changement de bureau qui lui a été imposé et l'absence d'affectation sur des missions correspondant à son grade. Toutefois, d'une part, elle n'établit pas que l'entretien incriminé ou le comportement ultérieur du président de la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche ou de ses différents supérieurs hiérarchiques à son encontre ont excédés l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'elle souffrait de plusieurs pathologies préexistantes pour lesquelles elle a été placée en mi-temps thérapeutique du 24 février 2020 au 23 février 2021 puis a bénéficié d'un congé de longue maladie fractionné à compter du 24 février 2021. Le président de la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche a pu se fonder sur ces éléments et retenir l'absence de toute précision sur la pathologie qui serait imputable au service, et alors que la pathologie considérée comme imputable par le médecin n'était pas celle pour laquelle elle bénéficiait d'un congé de longue maladie fractionné, pour considérer, compte-tenu des éléments dont il disposait, que les pathologies déclarées par la requérante ne présentent pas un lien direct avec l'exercice de ses fonctions ou avec des conditions de travail de nature à en susciter le développement ou l'aggravation.

7. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'autorité territoriale a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service sa pathologie et ses conclusions tendant à l'annulation du refus opposé à sa demande doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

8. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.

9. En l'absence, au jour du présent jugement de toute décision rejetant une demande indemnitaire préalable présentée par Mme C, ses conclusions tendant à la condamnation de la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi sont, ainsi que le fait valoir la communauté de communes, irrecevables, et doivent, par suite et en tout état de cause, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par la communauté de communes au même titre.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la communauté de communes des Gorges de l'Ardèche.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

C. Rizzato

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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