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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202183

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202183

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202183
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2022, M. A B, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice qu'il a subi ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été préalablement saisie, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 6 de l'accord franco-algérien, en ce qu'il justifie résider en France depuis plus de dix ans ;

- elle porte une atteinte excessive à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- l'illégalité dont est entachée la décision de refus de séjour constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- il a subi un préjudice matériel et des troubles dans ses conditions d'existence, dont il est fondé à demander réparation à hauteur de 10 000 euros.

Par ordonnance du 20 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Maubon, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 22 février 1965, déclare être entré sur le territoire français en 2002. Le 20 avril 2021, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en invoquant sa situation personnelle et familiale à titre principal et sa situation professionnelle à titre subsidiaire. Le silence gardé sur cette demande par le préfet du Rhône a fait naître une décision implicite de refus, dont le requérant sollicite l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans () ".

3. M. B verse au dossier, pour chacun des semestres de chacune des années de 2011 à 2021, plusieurs pièces établissant sa présence en France, notamment des pièces de nature médicale telles que des ordonnances, des relevés de remboursement de soins médicaux et des résultats d'examens biologiques, ainsi que des bulletins de salaire pour la période de février 2013 à février 2021. Ces éléments, suffisamment nombreux sur la totalité de la période considérée, ne sont pas contestés par le préfet du Rhône, qui n'a en tout état de cause pas produit de mémoire en défense malgré la mise en demeure qui lui a été adressée. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme établissant qu'il séjourne habituellement en France depuis plus de dix ans. Par suite, il est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Rhône a méconnu les stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien, et à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui accorder un titre de séjour, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision contestée pour erreur d'appréciation, implique que la préfète du Rhône délivre un certificat de résidence algérien à M. B. Il y a dès lors lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à cette délivrance, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. L'illégalité entachant la décision implicite rejetant la demande de titre de séjour de M. B constitue une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'État. M. B est dès lors fondé à solliciter la condamnation de l'État à réparer les préjudices résultant directement de cette faute. Toutefois, en se bornant à soutenir qu'" il est dans l'impossibilité de voyager en Algérie pour y voir sa famille, qu'il n'a pas vue depuis 20 ans ", l'intéressé n'établit pas la réalité du préjudice subi, ni le lien avec la faute invoquée. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté la demande de titre de séjour de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer un certificat de résidence algérien à M. B, dans un délai de quatre mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La rapporteure,

G. Maubon

Le président,

H. Drouet La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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