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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202280

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202280

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202280
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantIMBERT MINNI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaires, enregistrés les 25 mars et 3 juin 2022, Mme C A, représentée par Me Imbert Minni, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'administration préfectorale aurait dû solliciter des éléments complémentaires sur ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense, enregistrés au greffe les 6 mai et 9 juin 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante mauritanienne, née le 18 août 1990, est entrée en France le 18 août 2017 munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités allemandes. Le 17 mai 2021, elle a sollicité son admission au séjour. Par un arrêté du 15 février 2022, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de l'Ain a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il expose de manière détaillée les éléments de la situation personnelle, familiale et professionnelle de Mme A qui ont conduit la préfète de l'Ain à refuser de l'admettre au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la décision fixant le pays de destination mentionne que si la requérante a indiqué, lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, avoir quitté la Mauritanie afin d'échapper à un mariage forcé, elle n'avait produit aucun élément de preuve à l'appui de cette allégation, qu'elle n'avait pas davantage sollicité le bénéficie de la protection internationale alors qu'elle déclare être présente en France depuis 2017 et qu'elle ne démontrait pas encourir des traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi dans son pays d'origine. Ainsi, l'arrêté en litige comporte les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui ont permis à la requérante d'en discuter utilement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration aux termes duquel : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur ".

4. Mme A ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions dès lors que la préfète de l'Ain a rejeté sa demande non en raison de son caractère incomplet mais au motif qu'elle ne remplissait pas les conditions de fond permettant de lui accorder le titre de séjour sollicité. Au surplus, il ressort des pièces versées au débat, qu'alors qu'elle n'était pas tenue de le faire et pouvait statuer sur la demande au regard des seules pièces produites par la requérante, l'autorité administrative a invité cette dernière, par des courriers en date des 5 juillet et 17 août 2021 puis par un courriel daté du 24 novembre 2021, à lui adresser des documents complémentaires, la requérante n'ayant répondu qu'à cette dernière demande par un courrier du 24 novembre 2021. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant et doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Enfin, aux termes de l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

6. Mme A soutient, d'une part, qu'elle a fui son pays pour échapper à un mariage forcé et que n'ayant pas connaissance de ses droits lors de son arrivée en France en 2017, elle n'a pu solliciter l'asile. Toutefois, en se contentant de verser au débat un rapport de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) daté du 22 février 2017, intitulé " Les mariages forcées en Mauritanie ", elle n'établit pas la réalité des faits allégués et l'existence de risques personnels et actuels en cas de retour en Mauritanie. D'autre part, la requérante se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire national où elle a établi le centre de sa vie privée et familiale dès lors qu'elle vit en concubinage avec un ressortissant rwandais titulaire d'un titre de séjourvalide jusqu'au 15 janvier 2025 et qu'elle a été hébergée par son oncle qui possède la nationalité française. Il n'est cependant pas contesté que Mme A, qui se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis le 5 juillet 2017 date de fin de la validité de son visa de court séjour, a attendu plus de quatre ans avant d'entreprendre des démarches afin de régulariser sa situation. En outre, l'intéressée, qui est dépourvue de charge de famille ne verse au débat aucun élément permettant d'établir l'ancienneté et la stabilité de sa relation de concubinage. Mme A ne démontre pas davantage être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu l'essentiel de son existence et où sont nécessairement ancrées ses attaches sociales et culturelles. Enfin, les circonstances que la requérante a exercé une activité de coiffeuse de février à mai 2021 à Paris et qu'elle " se sent très intégrée sur le territoire français dont elle maîtrise parfaitement la langue " ne suffisent pas à établir une intégration socio-professionnelle particulière notable, stable et ancrée en France. Dans ces conditions, la préfète de l'Ain n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale sur le territoire français au regard des buts poursuivis par les décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pourront être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

A. Baux

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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