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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202493

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202493

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202493
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantGRILLAT & DANCHAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er avril 2022, M. C B et Mme A D, représentés par Me Grillat, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaire d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012 à 2017 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- Mme D, qui n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale, est présumée innocente ;

- il appartenait à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'exercer son contrôle avant de procéder aux paiements ;

- les rajouts opérés par Mme D sur les ordonnances l'ont été avec l'accord du médecin prescripteur, comme en témoignent les ordonnances prescrivant le même traitement au même patient versées aux débats ;

- Mme D a facturé des AIS 3 pour les soins infirmiers d'une durée inférieure à 30 minutes conformément à l'interprétation défendue par les syndicats, une partie des CPAM et une partie de la jurisprudence ;

- son planning de la journée du 27 avril 2014 fait état de 37 AIS 3, et non 66 comme indiqué par la CPAM dans sa plainte ;

- Mme D a omis de facturer des soins prodigués en 2013 et 2014 pour un montant total de 3 599,56 euros ; elle a également spontanément remboursé à la caisse primaire d'assurance maladie un trop-perçu de 268,29 euros en 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de décharge présentées par M. B et Mme D à hauteur de 53 176 euros et au rejet du surplus des conclusions de leur requête.

Il soutient que :

- par une décision du 16 août 2022, il a décidé d'abandonner la majoration de 80% assortissant les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge des requérants au titre des années 2012 à 2017 et procédé au dégrèvement correspondant d'un montant total de 53 176 euros ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 septembre 2023.

En réponse à la demande formulée sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône a produit, le 21 septembre 2023, une pièce pour compléter l'instruction, qui a été communiquée aux requérants.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, conseillère,

- et les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D exerce une activité d'infirmière libérale. Le 3 mai 2019, le tribunal de grande instance de Lyon a informé l'administration fiscale de l'existence d'une procédure visant Mme D, de nature à faire présumer une fraude commise en matière fiscale. Estimant, au vu, notamment, des éléments recueillis dans l'exercice de son droit de communication auprès de l'autorité judiciaire, que l'intéressée avait, en recourant à diverses manœuvres, bénéficié de remboursements indus de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Rhône entre le 1er août 2012 et le 19 avril 2017, l'administration a, par une proposition de rectification du 25 septembre 2020, ventilé les bénéfices non commerciaux qu'elle a déclarés entre bénéfices à caractère professionnel, d'une part, et bénéfices à caractère non professionnel, d'autre part, et appliqué à ces derniers une majoration de 25%. Mme D et son époux, M. C B, ont, en conséquence, été assujettis, au titre des années 2012 à 2017, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, assorties d'intérêts de retard et de majorations de 80%, dont ils demandent au tribunal de prononcer la décharge.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 16 août 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône a procédé au dégrèvement des majorations de 80% pour manœuvres frauduleuses appliquées aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge de M. B et de Mme D au titre des années 2012 à 2017. Les conclusions à fin de décharge présentées par les requérants ont, dans cette mesure, perdu leur objet et il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin de décharge :

3. Il résulte de l'instruction que pour retenir l'existence d'une fraude aux remboursements commise au détriment de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône au titre des années 2012 à 2017, l'administration s'est fondée sur les plaintes déposées les 1er avril 2015 et 22 août 2017 par cet organisme et sur l'enquête menée par la brigade de la délinquance astucieuse, consultés dans l'exercice de son droit de communication. Elle a, ainsi, relevé que l'examen des dossiers des patients, les auditions de certains d'entre eux ainsi que la reconstitution de l'agenda de Mme D à partir des actes facturés, auxquels la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône s'est livrée, ainsi que les investigations diligentées par la brigade de la délinquance astucieuse avaient mis en évidence que l'intéressée s'était, au cours des périodes visées par les plaintes, livrée, de façon importante et récurrente, à des facturations fictives et à des surfacturations, qu'elle a dissimulées notamment en télétransmettant à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône des informations erronées, en omettant de produire les justificatifs requis ou en les modifiant, ou encore en procédant à des facturations éclatées. L'administration s'est, par conséquent, attachée à déterminer, au sein des bénéfices non commerciaux déclarés par Mme D au titre des années 2012 à 2017, le bénéfice non commercial non professionnel correspondant au produit de cette fraude, en vue de lui appliquer la majoration de 1,25 prévue par les dispositions du 7 de l'article 158 du code général des impôts. Pour ce faire, elle s'est référée au préjudice chiffré par la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône dans ses plaintes, en appliquant aux remboursement effectués sur les périodes visées un taux de fraude, correspondant au ratio du temps de travail jugé anormal car excédant 14 heures par jour sur le temps de travail reconstitué total.

4. En premier lieu, l'absence de condamnation pénale définitive ne faisait pas obstacle à ce que l'administration utilise des éléments recueillis dans l'exercice de son droit de communication auprès de l'autorité judiciaire pour établir les impositions litigieuses.

5. En deuxième lieu, les requérants ne peuvent utilement invoquer la présomption d'innocence, garantie par l'article 9 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et les stipulations du paragraphe 2 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pour contester le bien-fondé des impositions litigieuses.

6. En troisième lieu, pour contester le bien-fondé des impositions litigieuses, les requérants ne peuvent davantage se prévaloir utilement de la prétendue carence de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône dans son obligation de contrôle a priori.

7. En quatrième lieu, les requérants contestent la facturation par Mme D de majorations de nuit injustifiées. S'ils reconnaissent que l'intéressée a elle-même ajouté un horaire de passage avant 8 heures sur les ordonnances visées par la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône dans ses plaintes, ils soutiennent que c'était pour pallier un oubli du médecin prescripteur. Toutefois, les requérants ne l'établissent pas, en se bornant à produire, s'agissant d'une partie seulement des patients concernés, des ordonnances établies soit par un autre praticien soit par le même praticien mais dont la date est elle-même surchargée ou est postérieure de plusieurs années aux soins litigieux.

8. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône a reconstitué le temps de travail de Mme D à partir des actes facturés, tels qu'ils ressortent du relevé individuel d'activité et de prescriptions et de la requête d'activité issue du système informationnel de l'assurance maladie. Si les requérants soutiennent que le nombre d'actes AIS 3 facturés pour la journée du 27 avril 2014 retenus par cet organisme ne correspond au planning journalier de Mme D, ils ne l'établissent par la production d'aucune pièce.

9. En sixième lieu, si les requérants contestent la durée de trente minutes systématiquement retenue par la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône s'agissant des actes AIS 3 facturés par Mme D, soulignant qu'il s'agit d'un maximum et que les actes AIS 3 facturés peuvent correspondre à des soins infirmiers d'une durée inférieure, ils n'apportent aucun élément de nature à établir que la reconstitution de l'agenda de l'intéressée s'en trouverait viciée, alors que les actes AIS 3 ne constituent qu'une partie des actes facturés par Mme D.

10. En sixième lieu, si les requérants font valoir que Mme D a omis de facturer des soins réalisés en 2013 et 2014 pour un montant total de 3 599,56 euros et qu'elle a spontanément remboursé à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône un trop-perçu d'un montant de 268,29 euros en 2018, ces circonstances, non établie pour la première et postérieure aux années en litige pour la seconde, ne permettent, en tout état de cause, pas de retenir la bonne foi de Mme D, eu égard à la nature, à l'importance et à la récurrence des anomalies de facturation identifiées par la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et confirmées par la brigade de la délinquance astucieuse ainsi qu'aux méthodes employées par Mme D pour les dissimuler, à l'origine de remboursements indus évalués à 36 764 euros en 2012, 132 843 euros en 2013, 159 221 en 2014, 151 712 euros en 2015, 152 283 euros en 2016 et 24 702 euros en 2017.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B et Mme D ne sont pas fondés à demander la décharge des impositions restant en litige.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à M. B et Mme D d'une somme au titre de leurs frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B et de Mme D tendant à la décharge des majorations de 80% appliquées aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre des années 2012 à 2017.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B et de Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et Mme A D et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. Clément La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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