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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202955

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202955

mardi 9 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202955
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantVIBOUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 avril 2022, M. B C, représenté par Me Vibourel, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de surseoir à statuer sur l'annulation de l'arrêté du 15 février 2022, jusqu'à ce que le tribunal judiciaire de Lyon ait rendu une décision sur son action en constatation de nationalité française et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

2°) à titre subsidiaire :

- d'annuler l'arrêté du 15 février 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

- d'enjoindre au préfet du Rhône :

- à titre principal, dans l'hypothèse où le tribunal prononcerait l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, soit dans l'hypothèse où le tribunal considérait que l'annulation de la décision de refus de titre de séjour n'implique pas nécessairement la délivrance d'un titre de séjour, de procéder à une nouvelle instruction de sa demande et de lui délivrer le temps de l'instruction, une autorisation provisoire de séjour ;

- à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où le tribunal n'annulerait que la décision portant obligation de quitter le territoire français, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et ce jusqu'à ce que l'administration ait à nouveau statué sur son cas ;

- en tout état de cause, de procéder à la suppression du signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen et de rapporter la preuve de ses diligences au tribunal ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- le tribunal devra surseoir à statuer car la contestation relative à sa déclaration de nationalité française a un caractère sérieux ; en effet, elle n'est pas tardive, les documents qu'il produit ont un caractère probant et la production de l'original de son acte de naissance, confirmant le jugement supplétif qu'il avait initialement produit, conduira le tribunal judiciaire de Lyon à écarter le motif de refus d'enregistrement de sa déclaration acquisitive de nationalité française ; il remplit par ailleurs l'ensemble des conditions prévues par les dispositions l'article 21-12 du code civil lui permettant ainsi de faire constater sa nationalité française ;

- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est entaché d'une erreur de droit en l'absence d'un examen sérieux de sa situation ;

2°) S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet se serait senti lié par une " position de principe " et en l'absence d'un examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

3°) S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

4°) S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

5°) S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ;

- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " tant dans son principe que dans sa durée dès lors que cette mesure n'est ni nécessaire ni proportionnée.

Par une ordonnance en date du 20 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les observations de Me Cadoux substituant Me Vibourel représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 4 avril 2002, de nationalité congolaise (RDC), déclare être entré en France en août 2015. L'intéressé a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, à compter du 1er juin 2017, à l'âge de quinze ans, un mois et vingt-huit jours. Le 4 mars 2021, M. C a sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour. Par un arrêté du 15 février 2022, le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Sur l'exception de nationalité :

2. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont considérées comme étrangers au sens du présent code les personnes qui n'ont pas la nationalité française (). ". Aux termes de l'article 21-12 du code civil : " (). Peut, dans les mêmes conditions, réclamer la nationalité française : 1° L'enfant qui, depuis au moins cinq années, est recueilli en France et élevé par une personne de nationalité française ou qui, depuis au moins trois années, est confié au service de l'aide sociale à l'enfance ; () " Selon les termes de l'article 29 du même code : " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. / Les questions de nationalité sont préjudicielles devant toute autre juridiction de l'ordre administratif ou judiciaire à l'exception des juridictions répressives comportant un jury criminel. ". Enfin, aux termes de l'article 30 de ce code : " " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. ". Il résulte de ces dispositions que la charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause sauf s'il est titulaire d'un certificat de nationalité française, et que l'exception de nationalité ne constitue une question préjudicielle que si elle présente une difficulté sérieuse.

3. Pris en charge par les services de l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) à l'âge de ses quinze ans, puis hébergé en qualité de mineur isolé, depuis le 7 mars 2016 ainsi qu'en justifie l'attestation du 24 juillet 2020 du directeur de la Maison d'Enfant " Les Glycines ", soit depuis plus de trois années, M. C soutient que lui est ouverte l'action déclaratoire de nationalité sur le fondement des dispositions de l'article 21-12 du code civil. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si l'intéressé a, souscrit, le 3 juin 2020, une déclaration de nationalité en application des dispositions susmentionnées du code civil, par une décision du 26 juin suivant, la directrice de services de greffe judicaires lui a opposé un refus d'enregistrement pour irrecevabilité au motif tiré de ce qu'invité à produire le jugement supplétif d'acte de naissance et l'acte de naissance afférent, dûment légalisés, l'intéressé s'était borné à adresser audit service, un jugement non légalisé et un acte de naissance légalisé par un notaire de Kinshasa, le 21 juin 2013 et par le Premier conseiller de la Mission permanente de la République Démocratique du Congo à Genève, le 7 novembre 2018, " documents non régulièrement légalisés au regard des conventions pour être recevables en France ".

4. En l'espèce, cependant, il existe un doute sérieux sur la nationalité de M. C dès lors, que l'intéressé verse au débat d'une part, un jugement supplétif d'acte de naissance du tribunal de paix de Kinshasa du 13 novembre 2020, tamponné par les greffes de ce tribunal, par un notaire domicilié à Kinshasa, dont la copie est certifiée conforme par la greffière en chef du tribunal de paix, et la signature de la mère du requérant légalisée par un notaire le 5 janvier 2021, d'autre part, le certificat de non appel établi le 22 décembre 2020 par le Tribunal de Grande Instance de Kinshasa / Gombe tamponné par le greffier divisionnaire du tribunal et un office notarial domicilié à Kinshasa, et enfin, l'original de son acte de naissance, établi le 22 décembre 2020, tamponné par l'officier d'état civil de Kinshasa, attestant de l'état civil de l'intéressé, qui confirment le caractère probant du jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance du tribunal de Paix de Kinshasa, en date du 13 novembre 2020. En outre, M. C qui s'est vu délivrer, le 14 décembre 2018, un passeport biométrique sur la base de ces documents, fait état de ce qu'il a entamé une nouvelle procédure judicaire afin de se voir reconnaître la nationalité française, en versant au débat l'assignation par voie d'huissier adressée au procureur de la République près le tribunal judicaire de Lyon du 26 février 2021, ainsi que la confirmation de l'expédition de cette assignation le 2 mars 2021, le récépissé du 3 mai 2021 attestant de cette réception par le bureau de la nationalité du ministère de la Justice, et enfin l'avis de renvoi du tribunal judicaire de Lyon du 6 janvier 2022, indiquant que l'affaire sera mise en état le 7 avril 2022.

5. Par suite, dès lors qu'il résulte des dispositions susmentionnées des articles 29 et 30 du code civil, qu'il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire de trancher la question de la nationalité du requérant, eu égard au caractère sérieux de la contestation soulevée, il y a lieu pour le tribunal de surseoir à statuer sur la requête de M. C jusqu'à ce que la juridiction compétente se soit prononcée sur cette question préjudicielle.

D E C I D E:

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête susvisée de M. C jusqu'à ce que l'autorité judiciaire se soit prononcée sur la question de savoir si M. C possède la nationalité française.

Article 2 : M. C devra communiquer au tribunal dans le délai de deux mois suivant sa notification, la décision de l'autorité judiciaire à intervenir.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Rhône.

Copie sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Lyon.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 202La présidente-rapporteure,

A. A

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. Collomb

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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