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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203618

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203618

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203618
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL REFLEX DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mai et 5 juillet 2022, M. C B et Mme D B, représentés par Me Le Ny, demandent au juge des référés :

1°) de désigner un expert, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, chargé de déterminer les causes et les conséquences du sinistre par inondation ayant affecté leur maison d'habitation et ayant provoqué l'affaissement de leur terrain ;

2°) de fixer l'indemnité provisionnelle et de la mettre à la charge du département de l'Ardèche, de la commune du Cheylard et de la communauté de communes Val'Eyrieux.

Ils soutiennent que :

- une canalisation présente dans le sous-sol de leur terrain, montée en charge lors d'un épisode de fortes pluies, est à l'origine d'une inondation ayant affecté leur maison ;

- à la suite de ce sinistre, ils ont constaté un affaissement de leur terrain en surplomb de cette canalisation ;

- les échanges avec les parties prenantes n'ont pas permis de statuer sur les causes et les imputabilités du sinistre par inondation et de l'affaissement du terrain, ni de déterminer les travaux permettant d'y remédier durablement ;

- ils ont dû faire réaliser en urgence des travaux d'entretien et de réparation de l'ouvrage, sans porter atteinte à son intégrité ou à son fonctionnement.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 19 mai et 5 juillet 2022, la commune du Cheylard et la communauté de communes Val'Eyrieux, représentées par Me Champauzac, demandent au juge des référés :

1°) de rejeter les demandes des époux B dirigée à leur encontre ;

2°) de mettre à la charge des époux B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- elles n'ont ni la propriété ni la charge de l'ouvrage litigieux ;

- la canalisation, dont l'objet est de conduire les eaux de pluie qui s'écoulent sur la route départementale vers la rivière, est un accessoire de la route départementale et appartient au département ;

- contrairement à ce qu'affirme le département, les eaux issues du lotissement réalisé en amont ne transitent pas par le fossé de la route départementale 578, mais se jettent dans le ruisseau Signerose.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 2 juin et 11 juillet 2022, le département de l'Ardèche, représenté par Me Bonicatto, demande au juge des référés :

1°) dans l'hypothèse où l'expertise ne serait pas ordonnée, de mettre à la charge des époux B la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) dans l'hypothèse où l'expertise serait ordonnée :

- de déclarer l'expertise commune et opposable à la commune du Cheylard et à la communauté de communes Val'Eyrieux ;

- d'aménager la mission de l'expert selon les termes de son mémoire ;

- de mettre à la charge de la commune du Cheylard et de la communauté de communes Val'Eyrieux la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- de réserver les dépens ;

- de mettre toute éventuelle allocation provisionnelle à la charge des époux B.

Il soutient que :

- aucune précision n'est apportée sur la date du sinistre ;

- il apparait incertain, plus d'un an après le sinistre, que le rôle causal de la canalisation puisse être établi alors que celle-ci a été déposée et remplacée par les requérants eux-mêmes ;

- malgré les allégations de la commune du Cheylard et de la communauté de communes Val'Eyrieux, il n'est pas démontré que la canalisation incriminée serait un ouvrage départemental ni que la commune et l'intercommunalité n'en seraient pas propriétaires ou n'auraient la charge de ladite canalisation ;

- la route départementale et la propriété des époux B sont situées immédiatement en aval d'un quartier de la commune situé à une altimétrie bien supérieure, dont les eaux pluviales empruntent l'aqueduc sous voirie puis la canalisation incriminée, ce qui porte à conclure que la canalisation mise en cause est un ouvrage de transport des eaux pluviales urbaines dont la gestion incombe à la commune et/ou à l'intercommunalité ;

- il importe que l'expertise porte également sur les conditions et les modalités de la construction de la piscine des requérants afin d'apprécier si les travaux mis en œuvre pour sa construction ont pu jouer un rôle causal dans la survenance du sinistre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme F, première vice-présidente, en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

3. La demande d'expertise présentée par les époux B, aux fins de déterminer les causes et les conséquences du sinistre par inondation ayant affecté leur maison d'habitation et de l'affaissement de leur terrain, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

4. La commune du Cheylard et la communauté de communes Val'Eyrieux demandent à être mises hors de cause au motif que la canalisation litigieuse serait la propriété du département de l'Ardèche, ce que conteste ce dernier. Toutefois, l'expertise sollicitée est une simple mesure d'instruction qui a notamment pour objet de déterminer la réalité, la nature, les causes et l'étendue des désordres allégués par les époux B, sans préjuger de leur imputabilité ou des responsabilités pouvant être encourues par les parties défenderesses. La présence aux opérations d'expertise de la commune du Cheylard et de la communauté de communes Val'Eyrieux, dont la responsabilité ne peut être totalement écartée en l'état de la procédure, apparaît utile. Il s'ensuit que les conclusions de la commune du Cheylard et de la communauté de communes Val'Eyrieux tendant à leur mise hors de cause sont rejetées.

5. Il appartient à la seule présidente de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge de l'éventuelle allocation provisionnelle ou, après l'accomplissement de l'expertise, des frais et honoraires de celle-ci. Il suit de là que les conclusions des requérants et du département de l'Ardèche relatives aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Mme E A, demeurant 110 A route de la Cour à Miscon (26310), est désignée comme expert avec pour mission de :

1°- se rendre sur les lieux et entendre toutes les parties concernées ; prendre connaissance de tous documents utiles et établir tous plans, croquis, schémas ou photographies utiles à la compréhension des faits de la cause ;

2°- dresser un état descriptif et qualitatif précis de la propriété des époux B ; recenser toutes dégradations ou désordres constatés en lien avec l'inondation ayant affecté leur maison d'habitation et l'affaissement de leur terrain, pour chacun d'eux, donner son avis sur la ou les causes ;

3°- si les désordres sont dus à plusieurs causes, fournir tous éléments permettant d'apprécier dans quelle proportion ils sont imputables à chacune d'elles, et donner son avis sur ce point ; dire notamment s'ils sont inhérents à la structure des ouvrages, à leur mode de construction, à leur mode de fondation ou à leur état de vétusté ou encore consécutifs à la nature du sous-sol sur lequel ils reposent ; préciser notamment si les désordres constatés ont pu être provoqués ou aggravés par la canalisation litigieuse ;

4°- recenser les travaux dont la canalisation litigieuse a fait l'objet, les décrire et préciser pour le compte de quel maître d'ouvrage ils ont été effectués ;

5°- donner son avis sur l'évolution prévisible des désordres et décrire les travaux de nature à faire cesser les désordres ; en évaluer le coût et en fixer la durée ;

6°- décrire, le cas échéant, les travaux urgents et indispensables à réaliser pour assurer la sécurité des requérants ou d'autres tiers à l'ouvrage

7°- donner son avis sur les préjudices de toute nature causés aux requérants par lesdits désordres et en évaluer le montant ;

8°- de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

9°- tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence des époux B, de la commune du Cheylard, de la communauté de communes Val'Eyrieux et du département de l'Ardèche.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et Mme D B, à la commune du Cheylard, à la communauté de communes Val'Eyrieux, au département de l'Ardèche et à l'expert.

Fait à Lyon, le 18 juillet 2022.

Le juge des référés,

S. F

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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