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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203784

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203784

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203784
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL CABINET BAICHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 19 mai 2022, 10 et 31 janvier 2023, M. J F et Mme D F, en leur nom propre et en tant qu'ayants droits de M. I F, M. H, en son nom propre, en tant qu'ayant droit de M. I F ainsi qu'en tant qu'administrateur légal de ses filles B et A F, et Mme C G épouse F, représentés par Me Baïch, demandent au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Étienne à verser les indemnités de :

- 607 743,28 euros aux ayants droits de M. I F,

- 117 421,76 euros à M. J F,

- 71 396,25 euros à Mme D F,

- 26 976,85 euros à M. H F,

- 20 000 euros à Mme C G épouse F,

- 10 000 euros, chacune, à B et A F ;

2°) de mettre à la charge du CHU de Saint-Étienne une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité du CHU de Saint-Étienne est engagée, sur le fondement de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, à raison d'un défaut d'information en lien avec la pratique d'une procédure d'anesthésie non prévue et sans consultation préalable ;

- la responsabilité fautive du CHU de Saint-Étienne est engagée à raison des manquements dans la prise en charge de la victime, M. I F ; la réalisation d'une sédation profonde, à une dose insuffisante et par un non-anesthésiste, est constitutive d'une faute ; les complications intervenues à la suite de cette sédation, en particulier le spasme pharyngé probable, nécessitaient des compétences dont ne disposaient pas l'équipe médicale présente ;

- les préjudices de M. I F peuvent être évalués à :

* 15 000 euros s'agissant du préjudice d'impréparation ;

* 11 450,96 euros s'agissant des frais divers ;

* 1 273,18 euros s'agissant de frais de santé, auxquels s'ajoutent 15 964,37 euros de frais exposés de matériel médical ; 1 067,91 euros de frais divers ont également été exposés après consolidation de l'état de santé de la victime ;

* 376 992,95 euros s'agissant de l'aide par tierce personne ;

* 16 675 euros s'agissant du déficit fonctionnel temporaire ;

* 90 000 euros s'agissant des souffrances endurées ;

* 20 000 euros s'agissant du préjudice esthétique temporaire ;

* 3 109,92 euros s'agissant du préjudice d'agrément ;

* 41 070 euros s'agissant du déficit fonctionnel permanent ;

* 7 778,30 euros s'agissant du préjudice esthétique permanent ;

* 5 183,20 euros s'agissant du préjudice sexuel ;

* 2 073,28 euros s'agissant du préjudice permanent exceptionnel lié à la rupture identitaire induite ;

- les préjudices de M. J F peuvent être évalués à :

* 11 660 euros s'agissant des frais d'obsèques ;

* 15 761,76 euros s'agissant des frais de déplacement ;

* 60 000 euros s'agissant du préjudice d'accompagnement ;

* 30 000 euros s'agissant du préjudice d'affection ;

- les préjudices de Mme D F peuvent être évalués à :

* 4 959,60 euros s'agissant des frais d'obsèques ;

* 6 436,65 euros s'agissant des frais de déplacement ;

* 30 000 euros s'agissant du préjudice d'accompagnement ;

* 30 000 euros s'agissant du préjudice d'affection ;

- les préjudices de M. H F peuvent être évalués à :

* 6 967,85 euros s'agissant des frais de déplacement ;

* 30 000 euros s'agissant du préjudice d'affection ;

- les préjudices de Mme C G épouse F peuvent être évalués à :

* 30 000 euros s'agissant du préjudice d'accompagnement ;

- les préjudices d'affection des jeunes B et A F peuvent être évalués à hauteur de 10 000 euros chacune.

Par une intervention, enregistrée le 9 juin 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Loire demande :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Étienne à lui verser une somme de 739 407,39 euros en réparation des dépenses exposées pour le compte de M. I F ;

2°) de mettre à la charge du CHU de Saint-Étienne une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Étienne, représenté par Me Chouley, conclut au rejet de la requête ou à tout le moins à ce que les indemnités soient réduites à de plus justes proportions.

Il fait valoir que :

- le défaut d'information en cause n'a pas eu d'incidence sur la perte de chance de M. I F de se soustraire à l'anesthésie, laquelle était nécessaire en tout état de cause ;

- il s'en remet au tribunal s'agissant du caractère fautif des manquements relevés par l'expert ; les complications intervenues relèvent d'un aléa thérapeutique et il n'est pas établi que l'absence de compétence du chirurgien en anesthésie n'a pas permis la meilleure prise en charge possible ; dans ces conditions, les fautes reprochées ont seulement résulté en une perte de chance de la victime d'éviter les conséquences de l'accident médical intervenu ; ce taux de perte de chance peut être évalué à 30 % ;

- les frais de conseil et d'avocat relèvent d'un choix des requérants et ne sont pas en lien avec les manquements retenus ; les frais d'expertise relèvent pour leur part des dépens de l'instance ;

- la victime n'ayant jamais repris connaissance, aucun préjudice d'impréparation n'est constitué ;

- les préjudices peuvent être évalués à :

* 166 716,98 euros s'agissant de l'aide par tierce personne ;

* 16 675 euros s'agissant du déficit fonctionnel temporaire ;

* 50 000 euros s'agissant des souffrances endurées ;

* 10 000 euros s'agissant du préjudice esthétique temporaire ;

* le préjudice exceptionnel sollicité n'est pas distinct du déficit fonctionnel permanent ;

* 2 074,26 euros s'agissant du préjudice sexuel ;

- le décès de la victime n'apparaît pas en lien avec les manquements retenus, aucune indemnisation ne pouvant dès lors être octroyée au titre du préjudice d'affection et des frais d'obsèques ;

- les frais de déplacement ne sont pas établis ;

- les préjudices d'accompagnement peuvent être évalués à 20 000 euros s'agissant de M. J F, 10 000 euros s'agissant de Mme D F et 5 000 euros s'agissant de Mme G.

Par une ordonnance du 1er février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,

- les conclusions de M. Borges Pinto, rapporteur public,

- les observations de Me Damoiseau, suppléant Me Baïch, pour les consorts F, et celles de Me Peyron, suppléant Me Chouley, pour le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne.

Une note en délibéré présentée par la mutuelle AESIO a été enregistrée le 27 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. I F, né le 14 septembre 1952, a été pris en charge, 15 février 2017, par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Étienne en vue de la réalisation d'une ablation par radiofréquences d'une fibrillation auriculaire. Devant l'absence de résultats de l'intervention sur la fibrillation, une cardioversion électrique a été décidée au cours de l'opération, nécessitant une sédation préalable par thiopental. L'anesthésie alors pratiquée a été suivie d'un arrêt cardiorespiratoire entraînant une anoxie cérébrale d'ampleur. M. I F a ensuite été transféré en service de réanimation, des examens complémentaires aux Hospices civils de Lyon révélant un état végétatif du patient. M. I F a rejoint son domicile le 13 décembre 2018 et est décédé le 26 octobre 2020. MM. J et H F, Mme D F, tous enfants de la victime, en leur nom propre et en tant qu'ayants droits de M. I F, les enfants B et A F, petites-filles de la victime et sous administration légale de leur père, ainsi que Mme C G épouse F demandent au tribunal la condamnation du CHU de Saint-Etienne à réparer les conséquences dommageables de la prise en charge de M. I F qu'ils estiment fautive. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Loire sollicite le remboursement des frais exposés pour la victime.

Sur la responsabilité :

2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser ".

3. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du rapport d'expertise judiciaire du docteur E déposé le 10 février 2021, que l'équipe médicale du CHU de Saint-Étienne a pris la décision, devant l'échec de l'intervention d'ablation par radiofréquences, d'une cardioversion électrique externe nécessitant une sédation. Il est constant que cette intervention n'était pas initialement prévue et qu'elle n'a fait l'objet d'aucune information préalable ou de recueil de consentement. Si le CHU de Saint-Étienne indique que cette seconde intervention était rendue nécessaire par l'échec de la première et que M. I F y aurait sans doute consenti, ayant déjà fait l'objet d'une telle intervention, l'expert désigné relève que cette cardioversion ne revêtait aucun caractère d'urgence médicale, que ce défaut d'information a privé d'une " chance importante " la victime de se soustraire aux conséquences de cette deuxième intervention et qu'une consultation anesthésique aurait pu permettre d'éviter les complications qui ont caractérisé cette deuxième intervention. Dans ces conditions, les consorts F sont fondés à soutenir que la prise en charge de la victime est entachée d'une méconnaissance des obligations d'information prévues par les dispositions précitées.

5. D'autre part, aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".

6. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du rapport d'expertise, que la sédation par thiopental précédemment mentionnée a été menée par un membre de l'équipe médicale non-anesthésiste, que la dose administrée apparaissait insuffisante pour obvier aux effets de la cardioversion décidée et que ces manquements étaient l'origine totale et exclusive de la détresse respiratoire puis de l'arrêt cardiaque qui ont suivi. L'expert a également considéré que les complications en cause correspondaient à un laryngospasme causé par la dose insuffisante de thiopental, dont la prise en charge nécessitait un approfondissement de l'anesthésie selon des modalités excédant les compétences techniques de l'équipe médicale présente. Si le CHU de Saint-Étienne relève qu'un mécanisme alternatif d'explication implique un bronchospasme relevant d'une allergie et d'un aléa thérapeutique rare, cette hypothèse a été spécifiquement écartée par l'expert, sans que le centre hospitalier ne remette en cause cette analyse. Au regard de l'ensemble de ces éléments, les consorts F sont fondés à soutenir que la prise en charge de M. I F, et spécifiquement par l'anesthésie profonde en vue d'une deuxième intervention non programmée, est entachée de manquements fautifs qui ont été la cause directe et intégrale des complications cardio-respiratoires subies ayant entraîné par la suite une anoxie cérébrale et l'état végétatif de la victime.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices de M. I F :

Quant aux frais exposés par les requérants :

7. D'une part, les consorts F produisent un nombre important de factures de frais divers exposés par M. I F du fait de son état végétatif en lien direct et intégral avec la prise en charge fautive par le CHU de Saint-Étienne. A cet égard, il convient de retenir les frais relatifs aux vêtements souillés, aux divers matériels de confort nécessités par l'état de santé de la victime, tels que les sprays et onguents, humidificateurs, petit matériel d'hygiène et de protection, broyeurs de médicaments. Déduction faite de certains de ces frais n'apparaissant toutefois pas en lien direct et exclusif avec les manquements retenus à l'encontre du CHU, en l'espèce un grignoteur et des cartouches d'encre pour imprimante, l'ensemble de ces frais s'élève à 4 240,65 euros qu'il y a lieu de mettre à la charge de ce centre hospitalier.

8. D'autre part, les consorts F produisent des factures relatives à du petit matériel et des dispositifs médicaux nécessités par les soins quotidiens de la victime en état végétatif ainsi que des éléments relatifs au fauteuil roulant, la literie médicalisée et les dispositifs de transports tous nécessités par l'état de santé de M. I F. Si une partie de ces éléments n'apparaît pas justifiée par des factures exhaustives, ces mêmes éléments ont été exposés de manière certaine, ainsi qu'il ressort des mentions de l'expert désigné, et les requérants apportent des éléments d'évaluation des coûts, tels que des fiches commerciales remplies intégralement, permettant de faire regarder les préjudices afférents comme établis et les frais comme réellement exposés. De même, la comparaison de l'état des débours produit par la caisse primaire d'assurance maladie et de la liste de ces frais ne permet pas de remettre en cause l'indication des consorts F, non contestée et corroborée par les mentions des factures disponibles, que ces frais correspondent à des seuls restes à charge. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner le CHU de Saint-Étienne à verser aux ayants droits de M. I F la somme de 14 196,80 euros demandée à ce titre.

9. Enfin, si les consorts F sont fondés à demander l'indemnisation des frais d'assistance médicale aux opérations d'expertise et de duplicata du dossier médical de la victime, lesquels sont en lien direct et exclusif avec les manquements retenus à l'encontre du CHU de Saint-Étienne, il n'en va pas de même s'agissant des frais d'avocat, éventuellement couverts par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ni des frais d'expertise, lesquels relèvent des dépens de l'instance. Il y a ainsi lieu de condamner le CHU de Saint-Étienne à verser une somme de 3 132,49 euros aux ayants droits de M. I F à ce titre.

Quant aux frais exposés par la caisse d'assurance primaire de la Loire :

10. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation d'imputation et du compte de débours produits par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Loire, que celle-ci a exposé, au titre de la prise en charge de la victime, une somme totale de 739 407,39 euros en lien direct et exclusif avec les manquements du CHU de Saint-Étienne relevés par le présent jugement. Il y a ainsi lieu de condamner ce centre hospitalier à verser cette somme à la CPAM de la Loire.

Quant à l'assistance par tierce personne :

11. L'expert désigné par le tribunal a évalué le besoin d'aide par tierce personne nécessité par M. I F, postérieurement à son retour à domicile à la consolidation de son état, à 24 heures par jour, dont huit heures de soins actifs, sept jours sur sept, auxquelles l'expert a ajouté une quotité de deux heures hebdomadaires pour l'approvisionnement de matériels de soins et d'hygiène. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que l'état végétatif de M. I F impose, notamment lors des périodes de sommeil, une surveillance particulière au regard de risques pour sa santé ni que les temps d'approvisionnement, dont le rapport souligne qu'ils sont pour l'essentiel livrés à domicile, nécessiteraient une individualisation particulière. Dans ces conditions, il y a lieu de fixer le besoin d'assistance par tierce personne à 18 heures journalières, dont 8 heures nécessitant une technicité et un investissement important. Il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en affectant au nombre d'heures d'intervention nécessité entre le retour à domicile de M. I F et son décès, de 7 460 pour les heures sans technicité particulière et de 5 968 pour les heures dites actives, d'un taux correspondant au salaire minimum interprofessionnel de croissance avec charges, sur 412 jours annuels pour tenir compte des congés payés, pour les premières et d'un taux représentatif de la spécialisation de 22 euros pour les secondes. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner le CHU de Saint-Étienne à verser aux ayants droits de M. I F une indemnité de 267 087,97 euros, de laquelle seront déduites les prestations sociales versées ayant le même objet, qui s'élèvent à 11 231,08 euros selon l'attestation produite relative à la perception de l'allocation personnalisée d'autonomie. Il en va de même s'agissant de la déduction du montant des avantages fiscaux perçus au titre de l'article 199 sexdecies du code général des impôts, les ayants droits de M. I F étant invités à produire tous les justificatifs des sommes perçues à ce titre au CHU de Saint-Étienne pour que ce dernier procède à la liquidation exacte de l'indemnité due.

Quant aux préjudices non patrimoniaux :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement que M. I F n'a pas été informé de la possibilité de la seconde opération cardiaque menée, laquelle a mené aux complications fautives dont il a été victime. Il s'en déduit que celle-ci a été affectée d'un préjudice d'impréparation, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'elle n'a pas repris conscience à la suite des manquements du CHU de Saint-Étienne, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 7 500 euros.

13. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du rapport d'expertise de l'expert désigné, que M. I F a été affecté d'un déficit fonctionnel total, entre sa prise en charge et son retour à domicile à la consolidation de son état de santé, pendant 667 jours. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 11 000 euros, somme que devra verser le CHU de Saint-Étienne aux ayants droits de la victime.

14. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du rapport d'expertise de l'expert désigné, que les souffrances de M. I F peuvent être évaluées à sept sur une échelle de sept. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 40 000 euros.

15. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du rapport d'expertise de l'expert désigné, que le préjudice esthétique temporaire de M. I F peut être évalué à sept sur une échelle de sept et de six sur la même échelle s'agissant du préjudice permanent afférent, entre le retour à domicile et le décès de la victime. Il sera fait une juste appréciation de ces préjudices en les évaluant globalement à la somme de 20 000 euros.

16. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du rapport d'expertise de l'expert désigné, que M. I F a été affecté d'un déficit fonctionnel de 99 %, entre son retour à domicile et son décès, pendant 682 jours. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 15 000 euros, somme que devra verser le CHU de Saint-Étienne aux ayants droits de la victime.

17. En sixième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du rapport d'expertise de l'expert désigné, que M. I F a été privé de toute possibilité de vie sexuelle en conséquence des manquements imputables au CHU de Saint-Étienne. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à hauteur de 5 000 euros.

18. En septième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des éléments versés s'agissant des activités de la victime dans la sphère sportive, que les manquements du CHU de Saint-Étienne ont entraîné un préjudice d'agrément correspondant qui peut être évalué à la somme de 2 000 euros. Il y a ainsi lieu de condamner ce centre hospitalier à verser cette somme aux ayants droits de la victime.

19. En dernier lieu, si les requérants font valoir un préjudice spécifique exceptionnel, tenant à la coupure totale entre la victime et son environnement, un tel préjudice, qui résulte sans atypie du fait dommageable, n'est pas distinct de celui réparé au titre des déficits fonctionnels temporaire et permanent, déjà réparés par le présent jugement.

20. Il résulte de ce qui précède que le CHU de Saint-Étienne doit être condamné à verser une somme de 389 157,91 euros aux ayants droits de M. I F, sous déduction des éléments mentionnés au point 11 du présent jugement.

En ce qui concerne les préjudices des proches de M. I F :

21. En premier lieu, si les requérants font valoir que les frais d'obsèques et de sépulture qu'ils ont acquittés sont en lien avec les manquements retenus à l'encontre du CHU de Saint-Étienne, ils n'établissent pas un tel lien en se bornant à produire le certificat de décès afférent, compte tenu notamment du temps écoulé entre la consolidation de l'état de santé de la victime et son décès à domicile et sans qu'une aggravation de cet état ne soit relevée. Leurs demandes à cet égard doivent ainsi être rejetées.

22. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation produite, que M. J F a rendu visite à son père, M. I F, entre deux et trois fois par semaine lors de sa prise en charge dans une unité pour patients végétatifs à Cosne-Cours-sur-Loire à compter du 28 août 2017 et jusqu'au retour à domicile de son père. Contrairement à ce qui est soutenu par le CHU de Saint-Étienne, la carte grise et les trajets fournis permettent à cet égard de caractériser un préjudice personnel pour lui qui sera exactement évalué, compte tenu des éléments de calculs versés et du barème 2017 afférent, à la somme de 10 277,63 euros. S'agissant de Mme D F et de M. H F, les éléments versés de même nature permettent d'évaluer les préjudices afférents, respectivement, aux sommes de 11 507,10 euros et de 11 561,63 euros. S'agissant des visites indiquées lors de la prise en charge de la victime au CHU de Saint-Étienne, les requérants n'établissent toutefois pas leur réalité par quelque élément que ce soit, les demandes afférentes devant être rejetées à ce titre. S'agissant des visites de M. H F après le retour à domicile de son père, la nécessité de tels déplacements n'apparaît pas en lien avec les manquements fautifs retenus. Il s'ensuit que le CHU de Saint-Étienne doit être condamné à verser à M. J F, à Mme D F et à M. H F les sommes respectives de 10 277,63 euros, de 11 507,10 euros et 11 561,63 euros.

23. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 21 précédent que les requérants ne sont pas fondés à solliciter, à défaut de lien établi entre le décès de M. I F et les manquements imputables au CHU de Saint-Étienne, la réparation des préjudices d'affection sollicités. Leurs conclusions indemnitaires à cet égard doivent ainsi être rejetées.

24. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que M. J F et son épouse, Mme C G, ainsi que Mme D F ont déménagé dans la résidence familiale de la victime afin de lui apporter une aide quotidienne, M. J F assurant la fonction d'aidant principal après avoir renoncé aux perspectives professionnelles, et notamment un contrat à durée indéterminée, dont il disposait. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'accompagnement afférent en l'évaluant à 40 000 euros s'agissant de M. J F, à 20 000 euros s'agissant de Mme D F et à 10 000 euros s'agissant de Mme G.

25. Il résulte de tout ce qui précède que le CHU de Saint-Étienne doit être condamné à verser une somme de 50 277,63 euros à M. J F, une somme de 31 507,10 euros à Mme D F, une somme de 11 561,63 euros à M. H F ainsi qu'une somme de 10 000 euros à Mme C G épouse F.

Sur les frais du litige :

26. D'une part, il y a lieu de mettre les dépens, qui comprennent les frais et honoraires de l'expertise par le juge des référés du tribunal à la charge du CHU de Saint-Étienne, partie perdante, sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

27. D'autre part, aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année () ". L'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 dispose : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024 ".

28. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que le CHU de Saint-Étienne doit être condamné à verser à la CPAM de la Loire une somme de 1 191 euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

29. Enfin, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Saint-Étienne, partie tenue au dépens, une somme de 2 000 euros au profit des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne versera aux ayants droits de M. I F une indemnité de 389 157,91 euros (trois cent quatre-vingt-neuf mille cent cinquante-sept euros et quatre-vingt-onze centimes), sous déduction des éléments indiqués au point 11 du présent jugement.

Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne versera à M. J F une indemnité de 50 277,63 euros (cinquante mille deux cent soixante-dix-sept euros et soixante-trois centimes).

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne versera à Mme D F une indemnité de 31 507,10 euros (trente-et-un mille cinq cent sept euros et dix centimes).

Article 4 : Le centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne versera à M. H F une indemnité de 11 561,63 euros (onze mille cinq cent soixante-et-un euros et soixante-trois centimes).

Article 5 : Le centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne versera à Mme C G épouse F une indemnité de 10 000 (dix mille) euros.

Article 6 : Le centre hospitalier de Saint-Étienne versera globalement une somme de 2 000 (deux mille) euros aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne versera à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire une indemnité de 739 407,39 euros (sept cent trente-neuf mille quatre cent sept euros et trente-neuf centimes) et une somme de 1 191 (mille cent quatre-vingt-onze) euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 8 : Les dépens, qui comprennent les frais et honoraires de l'expertise par le juge des référés du tribunal, sont mis à la charge du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne.

Article 9 : Le surplus de conclusions des parties est rejeté.

Article 10 : Le présent jugement sera notifié à M. J F, représentant unique des requérants, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire et au centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne.

Copie en sera adressée au docteur E, expert.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. DrouetLa greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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