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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204022

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204022

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL CABINET CLAPOT LETTAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 mai 2022, 20 juin 2022 et 13 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Lettat-Ouatah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme qu'il lui appartiendra de fixer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale, dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, le préfet du Rhône, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 juillet 2022, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 18 juillet 2022, a été reportée au 25 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, conseillère,

- et les observations de Me Lettat-Ouatah, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien né le 22 janvier 1985, est entré régulièrement en France le 27 avril 2019. Il s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien en raison de son état de santé valable du 24 avril 2020 au 23 avril 2021, dont il a sollicité le renouvellement le 17 juin 2021. Par un arrêté du 2 mai 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A présente, notamment, une insuffisance rénale chronique terminale, traitée en Algérie, puis dans les premiers temps de son séjour en France, par hémodialyse. Le 1er octobre 2021, l'équipe médico-chirurgicale de greffe de l'hôpital Edouard Herriot à Lyon a posé l'indication d'une greffe de rein, en conséquence de quoi le requérant a été inscrit sur la liste nationale des malades en attente de greffe gérée par l'Agence de la biomédecine. Saisi pour avis dans le cadre de la demande de titre de séjour de M. A, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans son avis du 18 novembre 2021, dont le préfet du Rhône s'est approprié les termes, que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les parents de M. A et sa sœur, qui seraient seuls autorisés à lui donner un rein en vertu de la législation algérienne, ne sont pas compatibles. La greffe rénale à partir d'un donneur décédé, qui constituerait, ainsi, l'unique possibilité de greffe envisageable pour le requérant en Algérie, y est, cependant, très peu pratiquée pour des motifs à la fois pratiques, culturels et religieux, ce dont atteste, notamment, la publication particulièrement récente que l'intéressé verse aux débats. Dans ces conditions, contrairement à ce qu'a estimé le préfet du Rhône, M. A ne peut être regardé comme pouvant effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le requérant est, dès lors, fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Rhône du 2 mai 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au moyen d'annulation retenu après examen de tous les autres moyens, le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet du Rhône de délivrer à M. A un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dans un délai de deux mois à compter de sa notification.

Sur les frais liés au litige :

6. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le préfet du Rhône demande au titre des frais d'instance. D'autre part, les conclusions non chiffrées de M. A présentées à ce titre sont irrecevables et ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de délivrer à M. A un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par le préfet du Rhône sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 30 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. BLa greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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