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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204182

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204182

mardi 23 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204182
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantDELBES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 2 juin 2022, sous le n° 2204182, M. B C, représenté par Me Delbes, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal :

- d'annuler l'arrêté du 19 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

- d'enjoindre au préfet du Rhône, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer une attestation de demande d'asile durant l'examen de sa demande par la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est entaché à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est exposé à des risques sérieux de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur les conclusions à fin de suspension :

- il dispose d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire dans le cadre de l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile et il devra ainsi être fait application des articles L. 752-5 et L. 752-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; lui sera dès lors restituée son attestation de demandeur d'asile et l'allocation y afférente devra lui être rétroactivement versée.

II. Par une requête enregistrée le 2 juin 2022, sous le n° 2204184, Mme D C, représentée par Me Delbes, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal :

- d'annuler l'arrêté du 19 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

- d'enjoindre au préfet du Rhône, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer une attestation de demande d'asile durant l'examen de sa demande par la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est entaché à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est exposée à des risques sérieux de traitements inhumains et dégradant en cas de retour dans son pays d'origine ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur les conclusions à fin de suspension :

- elle dispose d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire dans le cadre de l'examen de son recours par la CNDA et il devra ainsi être fait application des articles L. 752-5 et L. 752-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; lui sera ainsi restituée son attestation de demandeur d'asile et l'allocation y afférente devra lui être rétroactivement versée.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Delbes, représentant M. et Mme C qui conclut aux mêmes fins que les requêtes et par les mêmes moyens et qui précisent qu'il existe des éléments nouveaux et sérieux permettant de prononcer la suspension des décisions en litige dans l'attente des arrêts de la Cour nationale du droit d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2204182 et n° 2204184 présentées pour M. et Mme C présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. et Mme C, de nationalité albanaise, nés respectivement le 22 avril 1954 et le 10 novembre 1961, déclarent être entrés sur le territoire national le 2 octobre 2021. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 28 février 2022. Par deux arrêtés du 19 mai 2022, dont les requérants demandent au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. et Mme C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Les arrêtés contestés mentionnent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L. 542-1 à L. 542-4, L. 611-1, 4°, L. 611-3 et L. 721-4. Ils précisent également les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale des requérants et notamment qu'entrés irrégulièrement sur le territoire national, originaires d'un pays sûr, placées en procédure accélérée, leurs demandes de protection internationale ont été rejetées par l'OFPRA, et enfin que les intéressés ne sont entrés sur le territoire national qu'âgés de 67 et 60 ans, y demeurent sans ressources et sans emploi. En outre, les arrêtés contestés soulignent que les intéressés n'établissent pas être exposés à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Albanie. Par suite, les arrêtés attaqués comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 613-1 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette motivation suffisante, tant en fait qu'en droit, a permis aux requérants de discuter utilement tant des décisions portant obligation de quitter le territoire français que de celles fixant le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office.Le moyen tiré du défaut de motivation qui en manque en fait pourra être écarté.

5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

6. M et Mme C font état de ce qu'ils ont fui leur pays d'origine en raison du conflit foncier dans lequel ils sont impliqués, source de menaces et d'agressions physiques récurrentes qui ont abouti à l'assassinat du frère de l'intéressé, et qu'ils ne peuvent se prévaloir de la protection des autorités, l'homme les menaçant étant le cousin du maire de leur ville. Les requérants soutiennent ainsi qu'ils encourraient des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Albanie. Toutefois, alors que l'OFPRA a rejeté leurs demandes d'asile en considérant que s'il est constant que les intéressés sont impliqués dans un conflit foncier, et que l'agression ayant eu lieu lors du mariage de leur fils est établie ainsi que cela résulte de l'arrêt rendu par la CNDA, le 20 février 2014 octroyant la protection subsidiaire à ce dernier, d'une part, les propos tenus par les intéressés concernant les agressions après le départ de leur fils ont étés peu précis alors que les circonstances de la mort du frère du requérant n'ont par ailleurs pu être établies, et d'autre part, leurs propos n'ont pas permis de conclure que les intéressés ne pourraient se prévaloir de la protection des autorités dès lors que le cousin de leur agresseur n'était plus maire de leur ville. Ainsi alors que l'OFPRA a considéré qu'il n'était pas possible de conclure à l'existence d'un risque d'atteinte grave et actuel en cas de retour dans leur pays d'origine, M. et Mme C se bornent, dans la présente instance, au soutien de leurs allégations, à verser au débat un acte d'acquisition de leur propriété foncière du 16 juin 1992, des photographies de celle-ci et des blessures de Mme C au cou ainsi que deux certificats médicaux en date des 8 et 20 juin 2022 attestant que les requérants souffrent de manifestations psychiques post-traumatiques résultant des événements traumatiques subis en Albanie. Toutefois, par ces dernières pièces qui se bornent à faire état des conséquences physiques et psychiques d'événements traumatiques dont l'OFPRA a déjà eu à connaitre, les requérants ne justifient pas davantage de la réalité et de l'actualité des risques qu'ils encourraient personnellement en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ensemble celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne pourront, en l'espèce, qu'être écartés.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. M. et Mme C font état, d'une part, de ce qu'étant victimes, en raison du conflit foncier dans lequel ils sont impliqués, de menaces de morts et d'agressions répétées, ils ne pourront reconstruire leur vie privée et familiale en Albanie, et d'autre part, de ce qu'ils disposent d'attaches familles en France où réside leur fils bénéficiant de la protection subsidiaire. Toutefois, les requérants ne sont arrivés que récemment en France, aux âges respectifs de 67 et 60 ans et ont passé l'essentiel de leur existence dans leur pays d'origine où ils ne démontrent pas êtes dépourvus d'attaches familiales. Par ailleurs, si les intéressés se prévalent de la présence en France de leur fils, celui-ci est majeur et a ainsi vocation à créer sa propre cellule familiale sur le territoire, alors par ailleurs que les requérants n'apportent pas la preuve qui leur incombe de ce qu'ils ne pourraient poursuivre leur vie privée et familiale en Albanie. En outre, si M. et Mme C soutiennent qu'ils sont exposés à des menaces et des persécutions dans leur pays d'origine telles que relatées au point 6, l'OPFRA a rejeté leurs demandes d'asile. Par suite, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir qu'en édictant les décisions attaquées le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation et porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ensemble celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui ne comporte aucune argumentation distincte, pourront donc être écartés.

Sur les conclusions à fin de suspension :

9. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ".

10. Ainsi qu'il a été précisé au point 6, M. et Mme C ont vu leurs demandes d'asile rejetées par l'OFPRA, le 28 février 2022 et en ont interjeté appel devant la CNDA, le 20 mai suivant. Si pour solliciter la suspension de l'exécution des mesures d'éloignement prises à leur encontre par le préfet du Rhône, les intéressés font état d'éléments relatifs à leur situation en Albanie, en particulier le conflit foncier dont ils sont victimes et présentent des certificats médicaux datés des 8 et 20 juin 2022 attestant qu'ils souffrent de manifestations psychiques post-traumatiques résultant des événements traumatiques subis en Albanie, toutefois, par ces dernières pièces qui se bornent à faire état des conséquences physiques et psychiques d'événements traumatiques dont l'OFPRA a déjà eu à connaitre, ils ne versent aux dossiers aucun nouvel élément qui permettrait de justifier des menaces alléguées. Par suite, dès lors que les requérants n'apportent aucun élément nouveau et sérieux de nature à justifier leur maintien sur le territoire durant l'examen de leur recours devant la CNDA, leurs conclusions à fin de suspension ne pourront qu'être rejetées.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requêtes présentées par M. et Mme C doivent être rejetées en ce comprises leurs conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, de suspension et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il y a lieu d'admettre M. et Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les requêtes n° 2204182 et n° 2204184 sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme D C et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2022.

La magistrate désignée,

A. A

La greffière,

A. Calmès

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier, - 2204184

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