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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204798

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204798

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantPOCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 juin 2022 et 4 octobre 2023, M. F A, représenté par Me Pochard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 11 septembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard :

- à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête, initialement dirigée contre la décision implicite, née le 16 juin 2021, par laquelle le préfet du Rhône avait refusé de lui délivrer un certificat de résidence, doit désormais être regardée comme étant dirigée contre la décision expresse du 11 septembre 2023 qui s'y est substituée ;

- la décision contestée est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

L'affaire a été renvoyée de l'audience du 15 septembre 2023 à celle du 20 novembre 2023.

Par une ordonnance du 12 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 3 novembre 2023.

M. A a produit, le 16 novembre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, des pièces complémentaires qui n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguen ;

- et les observations de Me Pochard, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 27 décembre 1983, est entré en France en dernier lieu le 28 septembre 2018, muni de son passeport revêtu d'un visa de court séjour à entrées multiples, valide du 21 septembre 2018 au 17 février 2019, pour un séjour autorisé de trente jours. Le 16 février 2021, l'intéressé a sollicité des services de la préfecture du Rhône la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des stipulations de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Conformément aux dispositions combinées des articles R.* 311-12 et R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables, le silence gardé pendant quatre mois par le préfet du Rhône sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 16 juin 2021. Enfin, par une décision du 11 septembre 2023, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence.

2. En premier lieu, il ressort des pièces produites en défense que par un arrêté du 29 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Rhône du 1er septembre suivant, la préfète du Rhône a donné délégation de signature à M. G B, attaché, adjoint au chef de bureau des affaires générales et du contentieux, chef de la section contentieux, en cas d'absence ou d'empêchement tant de M. E H, attaché principal, chef du bureau des affaires générales et du contentieux de la direction des migrations et de l'intégration, que de Mme C D, directrice de cette direction, à l'effet de signer la totalité des actes établis par ladite direction, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. En l'espèce, si le silence gardé pendant quatre mois par le préfet du Rhône sur la demande de titre de séjour présentée le 16 février 2021 par M. A avait fait naître une décision implicite de rejet, par une décision du 11 septembre 2023, cette autorité a expressément rejeté la demande de l'intéressé. Dans ces conditions, cette seconde décision s'est substituée à la première et les moyens dirigés contre la décision implicite initiale doivent être regardés comme dirigés contre la décision expresse du 11 septembre 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale aurait méconnu les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant à l'encontre de la décision du 11 septembre 2023 et ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () Le certificat de résidence délivré au titre du présent article donne droit à l'exercice d'une activité professionnelle. () ". Et selon les termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. Pour refuser la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " à M. A sur le fondement des stipulations de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, la préfète du Rhône a relevé, d'une part, que si l'intéressé se prévalait de son mariage en France le 13 mai 2017 avec une compatriote née le 28 février 1983, titulaire d'un certificat de résidence valide du 19 septembre 2019 au 18 septembre 2029, ainsi que de la naissance de leurs deux enfants mineurs sur le territoire national, il avait cependant bénéficié de nombreux visas de court séjour antérieurement à ce mariage et ne démontrait pas être dans l'impossibilité de retourner dans son pays d'origine le temps que son épouse, qui exerçait une activité professionnelle stable permettant au foyer fiscal de déclarer la somme de 16 700 euros de revenus, initie une procédure de regroupement familial en sa faveur, et, d'autre part, que si M. A avait produit une promesse d'embauche en qualité de chauffeur livreur sous contrat à durée indéterminé (CDI) précédant d'un mois le dépôt de sa demande de titre de séjour, ce seul élément récent n'était pas de nature à établir son insertion professionnelle sur le territoire national où il était entré trois années auparavant, alors qu'il ne démontrait ni avoir suivi une formation professionnelle lui permettant de révéler des compétences et une expérience notable dans le transport et la livraison de marchandises, ni avoir perçu des rémunérations à ce titre, et qu'il avait déclaré exercer la profession de commerçant lors de sa dernière demande de visa auprès des autorités consulaires espagnoles à Alger sans justifier avoir perçu des ressources propres au cours de l'année 2019, son avis d'imposition pour l'année 2020 ne mentionnant que les revenus de son épouse.

6. M. A soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il réside en France depuis près de cinq années aux côtés de son épouse, avec laquelle il est marié depuis plus de six années, et leur unique enfant mineur qui y est scolarisée, qu'il y est parfaitement intégré, qu'il y justifie de son employabilité et de perspectives d'insertions professionnelles et que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, si le requérant, qui est présent sur le territoire français depuis moins de cinq années à la date de la décision en litige, verse notamment au débat une promesse d'embauche sous contrat à durée indéterminée (CDI) en qualité de chauffeur livreur établie en sa faveur le 4 janvier 2021 par la société Flexi Transports, un CDI conclu le 1er juin 2021 avec la société Fibre Allume en qualité de technicien, ses bulletins de paie y afférents sur la période comprise entre les mois de juin et décembre 2021, ainsi que ses bulletins de paie pour la période du 26 juin au 31 septembre 2023, en qualité d'ouvrier " aide déménageur " au sein de la SAS Aux Déménagements des Monts du Lyonnais (ADML), ces éléments ne sont pas de nature à démontrer une intégration sociale et professionnelle particulière sur le territoire national, alors que l'intéressé, titulaire d'une attestation de qualification en " réception " dans la spécialité " hébergement " délivrée dans son pays d'origine par l'institut de formation en hôtellerie et tourisme (IFHT), ne justifie ni avoir suivi une formation professionnelle, ni bénéficier d'une expérience significative dans les secteurs où il a été amené à travailler en France. Par ailleurs, s'il est constant que M. A a épousé en France, le 13 mai 2017, une compatriote née le 28 février 1983 qui y réside régulièrement sous couvert d'un certificat de résidence valide du 19 septembre 2019 au 18 septembre 2029, et s'il ressort des pièces du dossier, d'une part, que l'intéressée suit une formation de " gestionnaire de paie " du 5 juin 2023 au 9 février 2024 auprès du centre de formation professionnelle des adultes de Lyon Vénissieux après avoir effectué un stage du 3 janvier au 4 février 2022 dans le cadre de son cursus de formation professionnelle suivi du 9 septembre 2021 au 7 février 2022 et avoir été employée en qualité d'assistante en ressources humaines du 9 mars au 30 septembre 2022 dans le cadre d'un contrat à durée déterminée conclu avec la SAS Santé Cie, et, d'autre part, que le couple a donné naissance à Bron, le 4 décembre 2019, à une jeune fille, à l'éducation et l'entretien de laquelle il contribue, scolarisée en petite et moyenne sections à l'école maternelle publique Édouard Herriot de Villeurbanne au cours des années scolaires 2022-2023 et 2023-2024, le requérant ne fait état d'aucune circonstance de nature à faire obstacle à la reconstitution de sa cellule familiale hors de France, et notamment en Algérie, pays dont tous les membres de la famille ont la nationalité, où il a vécu l'essentiel de son existence et où résident, selon les termes non contestés de la décision attaquée, ses parents, ses sœurs et son frères. Dans ces circonstances, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, et alors même que son comportement ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, la préfète du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A en lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, en tout état de cause, être écartés.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir et qui sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Si M. A soutient que la décision contestée méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille mineure, cette décision n'a ni pour objet, ni pour effet de les séparer, dès lors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ainsi que cela a été précédemment exposé au point 6, que la cellule familiale du requérant ne pourrait se reconstituer dans tout autre pays que la France, ni davantage que cette enfant ne pourrait poursuivre sa scolarité, compte tenu de son jeune âge, hors du territoire français. Par suite, en refusant de délivrer à l'intéressé un titre de séjour, la préfète du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de sa fille mineure et n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

Le rapporteur,

C. Gueguen

La présidente,

A. Baux

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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