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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204862

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204862

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantIVANOVITCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin 2022 et 23 août 2023, M. A C et Mme E F, représentés par Me Kujawa, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2022 par lequel le maire de Saint-Maurice-en-Chalençon a délivré à M. G un permis de construire en vue de la modification et de l'extension d'une maison individuelle existante, sur un terrain situé 2450 Les Peyrets, ainsi que la décision du 16 mai 2022 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Maurice-en-Chalençon la somme de 2 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- le projet méconnaît l'article 678 du code civil dès lors que la création d'une terrasse couverte et d'une fenêtre crée des vues sur leur jardin ;

- le dossier de demande de permis de construire mentionne des mesures inexactes ; les documents d'insertion paysagère ne permettent pas d'apprécier la réalité du projet compte tenu de ces inexactitudes ;

- le projet porte atteinte au caractère des lieux avoisinants en méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 juillet 2022 et 23 août 2023, la commune de Saint-Maurice-en-Chalençon, représentée par Me Mamalet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, M. B G, représenté par Me Ivanovitch, conclut au rejet de la requête, à la condamnation des requérants à lui verser la somme de 35 000 euros sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les requérants ne disposent pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;

- la requête, qui présente un caractère abusif, lui cause des préjudices.

Par ordonnance du 9 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- et les observations de Me Ivanovitch, représentant M. G.

Considérant ce qui suit :

1. M. G a déposé en mairie de Saint-Maurice-en-Chalençon le 28 octobre 2021 une demande de permis de construire en vue de la modification et de l'extension d'une maison individuelle existante, sur un terrain situé 2450 Les Peyrets. Par un arrêté du 8 février 2022, le maire de Saint-Maurice-en-Chalençon lui a délivré l'autorisation ainsi sollicitée. M. C et Mme F demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision du 16 mai 2022 rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 678 du code civil : " On ne peut avoir des vues droites ou fenêtres d'aspect, ni balcons ou autres semblables saillies sur l'héritage clos ou non clos de son voisin, s'il n'y a dix-neuf décimètres de distance entre le mur où on les pratique et ledit héritage, à moins que le fonds ou la partie du fonds sur lequel s'exerce la vue ne soit déjà grevé, au profit du fonds qui en bénéficie, d'une servitude de passage faisant obstacle à l'édification de constructions. ".

3. Si les requérants soutiennent que l'arrêté contesté méconnaît les dispositions précitées de l'articles 678 du code civil dès lors que la création d'une terrasse couverte et d'une fenêtre crée des vues sur leur jardin, la méconnaissance des dispositions relevant du droit privé n'est pas de nature à entacher d'illégalité l'arrêté litigieux, dont l'objet est d'assurer la conformité des travaux à la réglementation d'urbanisme applicable, et ne peut être utilement invoquée à l'encontre d'un permis de construire.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () ". Et aux termes de l'article 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; () ".

5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. Si les requérants soutiennent que l'indication de la notice selon laquelle la transformation des toitures de l'étage " reste bien en dessous du cheneau de la toiture des voisins qui est actuellement 2,46 mètres plus haut que celui de la toiture existante dans l'angle nord " est erronée, ils n'établissent pas le bien-fondé de cette affirmation par la production de photographies sur lesquelles ils ont eux-mêmes inscrit une mesure de 1,70 mètre. Ils n'établissent pas davantage que les documents graphiques d'insertion sont erronés en raison de l'inexactitude de la mesure dont ils se prévalent. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude et de l'inexactitude du dossier de demande de permis de construire doit être écarté dans toutes ses branches.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le projet est implanté au sein du hameau " Les Peyrets " composé d'habitations individuelles. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce secteur fasse l'objet d'une protection architecturale et paysagère particulière. En outre, il n'est pas contesté que le hameau comprend déjà une construction ayant fait l'objet d'une extension au moyen d'un bardage vertical en bois. Ainsi, le projet d'extension en litige, lequel prévoit la conservation des pierres existantes ainsi que la création d'un nouveau volume recouvert par un bardage vertical en bois clair, ne peut être regardé comme portant atteinte au hameau dans lequel il s'implante. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le maire de la commune s'est abstenu d'opposer à la demande de permis de construire les dispositions précitées de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 février 2022 du maire de Saint-Maurice-en-Chalençon et de la décision du 16 mai 2022 de rejet du recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par M. G :

10. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. () ".

11. Il ne résulte pas de l'instruction que le recours en cause a été mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part des requérants. Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires présentées par M. G, qui n'ont, au demeurant, pas été présentées par mémoire distinct, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les conclusions présentées par les requérants, parties perdantes, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérants une somme globale de 1 400 euros à verser à la commune de Saint-Maurice-en-Chalençon, d'une part, et à M. G, d'autre part, au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et Mme F est rejetée.

Article 2 : M. C et Mme F verseront à la commune de Saint-Maurice-en-Chalençon une somme globale de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. C et Mme F verseront à M. G une somme globale de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions reconventionnelles de M. G présentées sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et Mme E F, à la commune de Saint-Maurice-en-Chalençon et à M. B G.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,

Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

F.-M. DLe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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