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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204920

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204920

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204920
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantNDIAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juin 2022, M. C A, représenté par Me Ndiaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) de faire injonction au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une carte de résidence d'un an, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ou, à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une personne incompétente ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est dépourvue de base légale, dès lors que l'accord franco-algérien était seul applicable ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît le a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale, dès lors qu'il pouvait bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour, au regard notamment des conditions posées par la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale, à défaut de mentionner précisément le pays de renvoi.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par décision du 26 août 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) à M. A.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1992, déclare être entré irrégulièrement en France en juillet 2016. Par arrêté du 6 juin 2022, le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté du 6 juin 2022 :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D E, sous-préfète chargée de la mission politique de la ville, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 26 janvier 2022 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties, d'une délégation à l'effet de signer de tels actes durant les périodes de permanence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la circonstance que le préfet du Rhône n'ait pas visé l'accord franco-algérien dans l'arrêté attaqué est sans incidence sur la légalité de cette décision alors qu'au surplus cet accord bilatéral n'a pas pour objet de régir les mesures d'éloignements pris à l'encontre des ressortissants algériens. Par ailleurs, M. A ne pouvant justifier être entré régulièrement en France et s'y maintenant sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, le préfet du Rhône a pu légalement l'obliger à quitter le territoire français en se fondant sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des contrats de mission temporaire auprès d'une société d'intérim et des fiches de paie produits au dossier que M. A séjourne habituellement sur le territoire français depuis avril 2019. En revanche, l'intéressé, s'il indique être entré en France en juillet 2016, ne produit aucun élément permettant d'établir la réalité d'un séjour habituel en France avant cette date. Dans ces conditions, compte tenu du caractère récent et des conditions du séjour en France de M. A, qui est par ailleurs célibataire et n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie, et malgré son insertion professionnelle, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. M. A ne pouvant de ce fait bénéficier de plein droit d'un certificat de résidence sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, son moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit également être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé: " a) les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an portant la mention "visiteur" ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles () 7 (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité et un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Ce visa de long séjour accompagné des pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ".

7. M. A qui est entré irrégulièrement en France et ne justifie pas de moyens d'existence suffisants, en dehors de ceux tirés de son activité professionnelle en France, ne remplit pas les conditions de délivrance d'une carte de résident définies par les stipulations citées au point précédent. Par suite, le préfet du Rhône pouvait, sans méconnaître les stipulations précitées, l'obliger à quitter le territoire français.

8. Enfin, pour contester l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, M. A ne peut utilement faire valoir qu'il aurait pu bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour ni, en tout état de cause, invoquer la circulaire du 28 novembre 2012, qui ne prévoit pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit.

En ce qui concerne le pays de destination :

9. Il résulte en premier lieu de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

10. En second lieu, en indiquant que M. A pourrait être reconduit d'office dans le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible, le préfet du Rhône a suffisamment précisé le pays de destination en cas d'éloignement forcé.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 6 juin 2022 du préfet du Rhône est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation.

Sur l'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas partie perdante, verse à M. A la somme qu'il demande, au profit de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

Thierry B La greffière,

Anaïs Calmès

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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