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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205387

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205387

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBELIGON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2022 à 16 heures 47 minutes sous le n°2205387, M. B E, représenté par Me Beligon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 juillet 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. E soutient dans le dernier état de ses écritures que :

- le préfet n'a pas examiné de manière sérieuse et attentive la situation qui lui était soumise ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé en fait et en droit ;

- l'arrêté a été pris en violation de son droit général d'être entendu ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne précitée ;

- la mesure d'éloignement a été prise en méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision le privant de tout délai de départ volontaire est illégale par voie d'exception ;

- c'est à tort que le préfet du Rhône l'a privé de tout délai de départ volontaire ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français et la décision relative au délai de départ volontaire sont elles-mêmes entachées d'illégalité ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision méconnait en outre l'article 3 de la convention européenne précitée ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Vu les pièces enregistrées le 18 juillet 2022 au greffe du tribunal administratif, par le préfet du Rhône, ensemble l'arrêté du 15 juillet 2022 plaçant M. E au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Habchi, magistrat désigné et les observations de Me Beligon, pour M. E, qui introduit les nouveaux moyens susvisés dans le présent jugement et insiste sur la situation personnelle, familiale et sanitaire de l'intéressé. Était également présent M. E, assisté de M. A F, interprète en langue arabe, qui a formulé des observations. En outre, la parole a été donnée à M. C qui a fait valoir, pour le préfet du Rhône, que le comportement de l'étranger constitue une menace à l'ordre public, et que l'étranger ne dispose d'aucun droit au séjour en Espagne, contrairement à ce qu'il a soutenu dans ses écritures. Enfin, il relève que M. E, qui a été éloigné sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est déclaré sans domicile fixe en France, lors de l'enregistrement de sa situation administrative en préfecture.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.M. E, né le 16 septembre 1972 et de nationalité algérienne, est entré en France pour la dernière fois en 2018, puis en 2021 après avoir effectué plusieurs séjours en Espagne, sous couvert d'un titre de séjour espagnol. Après avoir été interpellé le 14 juillet 2022 en état d'ivresse publique manifeste, l'intéressé a fait l'objet d'une vérification de son droit au séjour, à l'issue de laquelle le préfet du Rhône a constaté que l'intéressé ne disposait d'aucun certificat de résidence algérien, ni aucun autre document de séjour lui permettant de se maintenir régulièrement sur le territoire national. Après avoir examiné sa situation personnelle et familiale, le préfet du Rhône l'a obligé, par un arrêté du 15 juillet 2022, à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a en outre opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois. Par la présente requête, M. E demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions du 15 juillet 2022 le concernant. En outre, par un arrêté du 15 juillet 2022, l'étranger a été placé en centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, mesure qui a été prolongée par ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon, le 17 juillet 2022.

Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation personnelle et administrative de M. E, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté en litige :

3. En premier lieu, l'arrêté du 15 juillet 2022 par lequel le préfet du Rhône a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire à M. E, a fixé le pays de destination et lui a opposé une interdiction de retour d'une durée d'un an et demi, vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la date de l'arrêté attaqué. Il précise en outre que l'intéressé est entré sur le territoire national démuni de tout visa et n'a jamais, par la suite, sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien. L'arrêté mentionne aussi qu'il a déjà fait l'objet de signalements auprès des autorités de police et judiciaires pour des faits d'agression sexuelle. L'arrêté attaqué, qui comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrête contesté, ni d'aucune autre des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. E, au regard de l'ensemble des informations portées à sa connaissance préalablement à son édiction. La circonstance, alléguée, que le préfet du Rhône n'aurait pas exposé l'ensemble du parcours personnel de l'étranger, ni suffisamment précisé les modalités de son intégration sociale et professionnelle, lesquelles au demeurant ont été détaillées dans l'arrêté en litige, ne suffit pas à caractériser le défaut d'examen que M. E invoque devant le tribunal. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, si M. E fait grief à l'autorité administrative d'avoir bafoué son droit général d'être entendu, il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition, que l'intéressé a pu formuler toute observation utile lors de son interpellation, puis lors de son audition subséquente, les 14 et 15 juillet 2022, entretien au cours duquel il a d'ailleurs exposé sa situation personnelle et familiale, et a précisé des éléments circonstanciés relatifs aux incriminations pénales dont il fait l'objet. Par suite, il ne saurait sérieusement soutenir que le préfet du Rhône aurait méconnu le principe général du droit d'être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que si l'intéressé est entré en France en 2018 pour la dernière fois, après avoir séjourné en Espagne, son titre de séjour espagnol lui a été retiré par les autorités de police espagnole, au cours de l'année 2021, à la suite de plusieurs condamnations pénales prononcées dans ce pays de l'Union européenne. Contrairement à ce que M. E soutient, il ne disposait donc d'aucun droit permanent au séjour en Espagne, ni en France. Certes, sa durée de séjour sur le sol national s'élève, il est vrai, à quatre années et s'il se prévaut d'un ancrage personnel et de liens familiaux en France, il ne l'établit pas de manière probante devant le tribunal. En effet, il a conservé des attaches familiales fortes en Algérie, où résident ses deux enfants majeurs, selon ses propres déclarations. Célibataire en France, sans charge de famille, il n'exerce aucune activité professionnelle stable, ni ne dispose de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins. Il n'a d'ailleurs aucun logement autonome ou indépendant. Dans ces conditions, le préfet du Rhône, compte tenu de ce qui a été exposé précédemment, n'a pas porté une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale de M. E. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 6 doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le ressortissant algérien n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet du Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

8. En deuxième lieu, M. E invoque la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait valoir qu'il souffre d'un diabète. Toutefois, si le requérant bénéficie d'un traitement anti-diabétique, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce traitement, à base de Metformine, ne serait pas disponible en Algérie, pays qui possède des structures hospitalières de prise en charge et d'accompagnement dans ce domaine. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, si M. E se prévaut des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et soutient qu'il serait menacé en cas de retour en Algérie, il n'apporte toutefois aucun élément probant à l'appui de son allégation. Par suite ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui vient d'être dit que l'obligation de quitter le territoire français du 15 juillet 2022 n'est entachée d'aucune illégalité.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 10, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

12. En deuxième lieu, M. E soutient que c'est à tort que le préfet du Rhône l'a privé de tout délai de départ volontaire et qu'en outre, la décision le privant de tout délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste commise par le préfet dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale. Toutefois, il résulte des termes de l'arrêté en litige que M. E ne démontrait pas être entré en France régulièrement, ni n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. De plus, il ne présente aucune garantie de représentation suffisante dès lors qu'il ne justifie pas d'un logement stable ou d'une adresse permanente, le requérant ayant lui-même déclaré, lors de son audition, être hébergé temporairement. Par suite, il entrait dans le champ d'application des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui énumère les cas dans lesquels l'autorité administrative peut légalement refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. En outre, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'en refusant un tel délai de départ volontaire, le préfet du Rhône aurait entaché sur ce point sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen, pris en ses deux branches, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français et la décision lui refusant tout délai de départ volontaire n'étant pas entachées d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

14. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant l'Algérie comme pays à destination duquel M. E devait être reconduit d'office, le préfet du Rhône aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation. D'ailleurs, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir qu'il y serait l'objet de traitement inhumain ou dégradant dès lors qu'il n'apporte aucun commencement de preuve selon laquelle la décision attaquée méconnaitrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté, eu égard aux motifs retenus précédemment.

16. En deuxième lieu, si M. E excipe de l'illégalité de la mesure d'interdiction dont il est l'objet et affirme qu'elle serait entachée d'une erreur de droit, il ressort des pièces du dossier que l'autorité administrative a pu valablement se fonder à la fois sur l'absence de liens privés et familiaux forts en France, sur la durée de séjour de l'intéressé en France, et sur le comportement général de l'intéressé, d'ailleurs connu défavorablement des services de police pour des faits notamment de vol, d'agression sexuelle et d'état d'ivresse publique manifeste. Dès lors, le préfet a fait une exacte application des dispositions des articles L. 612- 6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

17. En troisième lieu, pour sévère que soit la mesure prise à son encontre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant à 18 mois la durée de l'interdiction de retour dont il s'agit, le préfet du Rhône aurait commis une erreur d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être également écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doit être rejetée.

DECIDE :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n°2205387 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

H. D

La greffière,

N. OUDJI

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2205387

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