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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205501

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205501

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205501
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantPOCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2022, Mme B A représenté par Me Pochard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 mai 2022 par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille, C ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer l'autorisation de regroupement familial sollicitée dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement, ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de trois semaines à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 434-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La clôture d'instruction a été fixée au 28 août 2023 par une ordonnance du 6 juillet 2023.

La préfète du Rhône a produit des pièces qui ont été registrées le 29 septembre 2023 ; postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Delahaye, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante congolaise née le 14 septembre 1987, a sollicité le 12 janvier 2022, la délivrance d'une autorisation de regroupement familial au bénéfice de sa fille, C née le 12 novembre 2005. Mme A demande l'annulation de la décision du 26 mai 2022 par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". Aux termes de l'article L. 434-2 du même code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévu par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial :1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ;2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. / (). ". Aux termes de l'article R. 434-4 de ce code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : ()2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; "

3. Il résulte de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) au cours de cette même période. Toutefois, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible pour le préfet de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

4. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par Mme A au bénéfice de sa fille C, le préfet du Rhône a estimé que ses ressources étaient insuffisantes pour lui permettre de subvenir aux besoins de sa famille. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A justifie avoir perçu, au cours des douze mois ayant précédé sa demande, des revenus issus de son activité salariée à temps partiel au sein des sociétés Mazet et MLF dans le cadre de deux contrats à durée indéterminée s'élevant respectivement à 8 523,10 euros et 5 289,45 euros. Il ressort également des pièces du dossier qu'elle a perçu durant la même période pour un montant total de 3 979,86 euros une prime d'activité, laquelle devait être prise en considération dans le calcul des ressources dès lors qu'elle n'est pas exclue par les dispositions précitées de l'article L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les revenus de Mme A à prendre en compte se sont ainsi élevés mensuellement à la somme moyenne nette de 1 482,70 euros, soit une somme supérieure au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) qui s'élevait, en montant net en 2021 à 1 230,17 euros puis à 1 258,22 euros à compter du 1er octobre 2021, majoré d'un dixième compte tenu de la composition familiale de la requérante. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme A réside en France régulièrement depuis plus de 18 mois, sous couvert d'une carte de résident valable jusqu'au 26 août 2029 et qu'elle est locataire depuis le 23 mars 2018 d'un appartement de type T3 d'une surface de 58 mètres carrés et justifie ainsi des conditions de logement pour accueillir sa fille. Par suite, le préfet du Rhône a entaché sa décision du 26 mai 2022 d'une erreur d'appréciation en refusant à Mme A le regroupement familial au bénéfice de sa fille, C, alors qu'elle en remplissait toutes les conditions.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 26 mai 2022 par laquelle le préfet du Rhône a rejeté la demande de regroupement familial de Mme A au bénéfice de sa fille est annulée.

Sur les conclusions en injonction et astreinte :

6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que la préfète du Rhône délivre une autorisation de regroupement familial à Mme A au bénéfice de sa fille. Il lui sera fait injonction d'y procéder dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, à verser à Mme A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du 26 mai 2022 par laquelle le préfet du Rhône a rejeté la demande de regroupement familial de Mme A au bénéfice de sa fille, C, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à Mme A une autorisation de regroupement familial au bénéfice de sa fille, C, dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

E. Seytre

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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