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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205817

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205817

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantPOCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 27 juillet 2022 et le 22 septembre 2023, Mme C E épouse D, représentée par Me Pochard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que la décision du 12 septembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a expressément refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à titre subsidiaire une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfants malades, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à titre infiniment subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros TTC au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de communication des motifs ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ; à titre subsidiaire, cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme E épouse D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Delahaye.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E épouse D, ressortissante russe d'origine tchéchène née le 4 mai 1991 et entrée sur le territoire français le 8 octobre 2015, a sollicité le 19 décembre 2017 la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en invoquant l'état de santé de son fils B né le 4 septembre 2011. Par une décision du 25 avril 2019, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français, cette décision ayant été confirmée par le tribunal administratif de Lyon, puis par la Cour administrative d'appel de Lyon. L'intéressée a de nouveau sollicité le 22 juin 2021 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade. Par une décision du 12 septembre 2023, la préfète du Rhône a expressément rejeté sa demande. L'intéressée demande l'annulation, d'une part, du refus implicite né du silence gardé par le préfet du Rhône sur sa demande de titre de séjour, et d'autre part, de la décision expresse du 12 septembre 2023.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision en date du 12 septembre 2023, la préfète du Rhône a expressément rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme E épouse D. Cette décision expresse s'étant substituée au refus implicite né du silence initialement conservé par la préfète sur la demande de l'intéressée, les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme E épouse D doivent être regardées comme étant exclusivement dirigées contre la décision du 12 septembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, Mme E épouse D ne saurait utilement se prévaloir de l'absence de communication des motifs de la décision rejetant implicitement sa demande de titre dès lors, ainsi qu'il a été dit précédemment, que la décision expresse du 12 septembre 2023 s'y est substituée et que cette dernière, qui comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".

5. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

6. Pour refuser d'admettre au séjour Mme E épouse D en qualité de parent d'enfant malade, la préfète du Rhône s'est appropriée l'avis rendu le 29 octobre 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon lequel si l'état de santé du fils de l'intéressée, B né le 4 septembre 2011, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments de son dossier et à la date de l'avis, il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. S'il ressort des pièces du dossier que B est atteint d'une surdité bilatérale profonde ayant conduit à la pose d'implants cochléaire en novembre 2018 et décembre 2019, d'une forte myopie et de troubles du comportement, et qu'il bénéficie à ce titre d'un suivi pluridisciplinaire et d'une scolarité depuis septembre 2019 dans un établissement spécialisé où il utilise la langue des signes française, les pièces médicales produites par la requérante ne sont pas de nature à contredire l'appréciation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont la préfète du Rhône a fait sienne, selon laquelle son fils peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine au sens des dispositions précitées. Il n'est pas en particulier démontré que B ne pourrait pas effectivement bénéficier en Russie, pays dont ses deux parents ont la nationalité, d'une prise en charge pluridisciplinaire adapté notamment à sa surdité, sans qu'il y ait lieu de rechercher si les soins dans son pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France. Par suite, Mme E épouse D n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône aurait fait une inexacte application des dispositions combinées des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Mme E épouse D fait valoir qu'elle réside en France depuis près de sept ans avec son époux et leurs trois enfants, B, A et F, nés en 2011, 2013, et 2020, que B est atteint d'une surdité bilatérale profonde ayant conduit à la pose d'implants cochléaire en 2018 et 2019, d'une forte myopie et de troubles du comportement, que F est également atteint d'une surdité de perception bilatérale congénitale ainsi que d'une myopie forte évolutive au titre de laquelle il bénéficie de soins médicaux et paramédicaux qui ne peuvent être assurés en Tchétchénie, que A, entrée en France à l'âge de deux ans, y poursuit sa scolarité et que son mari ayant créé sa propre société en octobre 2020, il justifie de son intégration. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée, ainsi que son époux, se maintiennent irrégulièrement en France en dépit d'un premier refus de séjour, assorti d'une mesure d'éloignement, qui leur a été notifié le 25 avril 2019 et dont la légalité a été confirmée par les juridictions administratives, qu'elle n'établit, ni même n'allègue être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de son existence et où vivent ses deux parents et son frère, qu'il n'est pas démontré au regard de ce qui a été dit précédemment que son fils B ne pourrait pas bénéficier d'un suivi approprié à sa pathologie dans son pays d'origine, qu'il n'est pas plus établi que son fils F ne pourrait pas y bénéficier du suivi adapté à son état de santé, ni que ses trois enfants ne pourraient pas y poursuivre leur scolarité. Enfin, si l'époux de la requérante, après avoir conclu un contrat à durée indéterminée en mai 2019 en tant qu'ouvrier d'exécution auquel il a été mis fin en 2020, a crée en octobre 2020 une société dans le domaine du bâtiment, elle ne produit à ce titre qu'une déclaration de chiffre d'affaires du premier trimestre de l'année 2021 faisant état d'un chiffre d'affaires de 5 300 euros, ces éléments étant insuffisants pour démontrer, à la date de la décision attaquée, l'insertion professionnelle alléguée de son époux en France. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés. En l'absence d'autre élément, la décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

9. En dernier lieu aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, et en l'absence d'autre élément, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme E épouse D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E épouse D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2205817

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