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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206417

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206417

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206417
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 7ème chambre
Avocat requérantGUNGOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2022, Mme C B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 17 juin 2022 par lequel la commune de Lyon a rejeté sa demande indemnitaire ;

2°) de condamner la commune de Lyon à lui payer une somme de 8 449,15 euros, majorée des intérêts légaux, à compter du 21 avril 2022, en réparation des préjudices qu'elle a subis ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lyon une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision refusant de l'indemniser est entachée d'incompétence ;

- elle n'a pas répondu à son argumentation et n'est donc pas motivée ;

- la commune a recouru abusivement à des contrats à durée déterminée sur la période de son engagement du 1er juin 2019 au 31 décembre 2021 ;

- son recrutement par CDD était motivé par l'absence du titulaire, ce qui est une motivation imprécise ;

- la ville avait laissé entendre qu'elle serait titularisée et n'a pas tenu sa promesse ;

- il est fallacieux de sous-entendre qu'elle n'aurait plus voulu travailler au contact d'enfants ;

- elle peut prétendre à l'indemnisation du préjudice résultant du non-versement d'une indemnité de licenciement, soit 1 593,25 euros et de son préjudice moral soit 500 euros ;

- la proposition en date du 13 décembre 2021 de renouveler son contrat lui a été adressée tardivement, en méconnaissance des dispositions de l'article 38-1 du décret n°88-145 du 15 février 1988 ; cette proposition tardive lui cause un préjudice, car elle perdait toute chance de trouver un emploi stable avant le terme du contrat en cours ;

- la commune ne pouvait plus valablement lui proposer le renouvellement de son contrat ;

- la commune ne peut se prévaloir de ce qu'elle aurait refusé un nouveau contrat ;

- c'est seulement par courrier du 28 mars 2022 qu'elle a su que son refus d'un nouveau contrat faisait obstacle au versement des allocations pour perte d'emploi ;

- cette situation lui a occasionné un préjudice qu'elle chiffre à 1 000 euros, outre un préjudice moral chiffré à 500 euros ;

- par ailleurs, la faute de la commune de Lyon l'a privée des indemnités Pôle emploi, pendant un délai de 4 mois, soit 3 957,60 euros ;

- en outre, elle avait un motif légitime de refuser un nouveau CDD ; compte tenu de sa situation, il est nécessaire qu'elle soit employée en CDI afin d'accéder au crédit bancaire ;

- à ce titre, elle demande une indemnité de 500 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, la commune de Lyon conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- Mme B a refusé la dernière proposition de renouvellement de son contrat ;

- le 20 janvier 2022, elle a demandé le versement des allocations d'aide au retour à l'emploi ;

- puis le 3 février 2022, elle a demandé la rectification de son dossier pour Pôle emploi ;

- la commune de Lyon a adhéré au régime d'assurance chômage pour les contractuels depuis le 1er mai 2021 ;

- la ville remplit les attestations pour Pôle emploi ;

- il ne lui appartient plus de se prononcer sur les droits aux allocations de retour à l'emploi ;

- les litiges relatifs au versement de ces allocations ressortissent à la compétence du juge judicaire ;

- la décision du 17 juin 2022 n'est pas entachée d'incompétence ;

- elle est motivée ;

- elle n'est ni illégale, ni fautive ;

- le recrutement de Mme B par des contrats à durée déterminée successifs n'est ni illégal, ni fautif ;

- Mme B a bénéficié d'un délai suffisant pour se prononcer sur la proposition de renouvellement de son contrat ; elle l'a d'ailleurs refusée immédiatement ;

- les informations légales lui ont été données ;

- la circonstance qu'elle n'a pas été placée en position de stagiaire n'est pas illégale ;

- elle n'avait aucun motif légitime de refuser le renouvellement de son contrat ;

- les préjudices allégués ne sont pas en lien avec une faute de la ville ;

- en tout état de cause, l'indemnité demandée au titre du préjudice moral est excessive.

Vu les autres pièces du dossier.

Par ordonnance en date du 8 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 novembre 2023.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative et l'ordonnance n°2020-305 du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables devant les juridictions de l'ordre administratif.

La présidente du tribunal a, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolf, présidente honoraire,

- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public,

- et les observations de M. A pour la commune de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B a été recrutée par dix contrats successifs à durée déterminée pour exercer un emploi d'agent de production pour la commune de Lyon du 1er juin 2019 au 31 décembre 2021. A réception, le 13 décembre 2021, d'une proposition de renouvellement de son contrat à durée déterminée, pour une période de 4 mois, Mme B, a refusé ce renouvellement au motif qu'elle avait " d'autres projets pour sa vie professionnelle ". Elle demande au tribunal de condamner la commune de Lyon à lui payer une indemnité de 8 449,15 euros, en réparation des préjudices résultant des fautes commises par la ville.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Mme B sollicite l'annulation de la décision par laquelle le maire de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'indemnisation de ses préjudices. Toutefois, cette décision a pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de la requérante, qui, en formulant les conclusions sus-analysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, le juge est conduit à se prononcer sur le droit des intéressés à percevoir les sommes réclamées. Dans ces conditions, les éventuels vices propres qui pourraient entacher la décision de rejet de la réclamation préalable de l'intéressée sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le renouvellement des contrats à durée déterminée :

3. Aux termes de l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 visée ci-dessus dans sa version applicable au litige : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un congé annuel, d'un congé de maladie, de grave ou de longue maladie, d'un congé de longue durée, d'un congé de maternité ou pour adoption, d'un congé parental ou d'un congé de présence parentale, () ou en raison de tout autre congé régulièrement octroyé en application des dispositions réglementaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique territoriale. / Les contrats établis sur le fondement du premier alinéa sont conclus pour une durée déterminée et renouvelés, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence du fonctionnaire ou de l'agent contractuel à remplacer ". Ces dispositions ne font pas obstacle à ce qu'en cas de renouvellement abusif de contrats à durée déterminée, l'agent concerné puisse se voir reconnaître un droit à l'indemnisation du préjudice éventuellement subi lors de l'interruption de sa relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.

4. Il résulte des contrats à durée déterminée produits par Mme B, que ceux-ci visent l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984, et mentionnent le nom du titulaire du poste, absent, ou le numéro de l'emploi dont le titulaire était absent. Alors que le seul constat du nombre de contrats conclus, et de la durée de la période d'emploi concernée ne suffit pas, en l'espèce, à caractériser un abus, Mme B n'établit pas qu'elle aurait pu bénéficier d'une titularisation sur le poste qui lui était proposé, ni même d'un engagement à durée indéterminée, pour répondre à ces besoins temporaires sur la totalité ou même une partie de la période considérée. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que le recours à des contrats à durée déterminée successifs, critiqué par Mme B, a présenté en l'espèce un caractère abusif.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la commune de Lyon à raison des modalités selon lesquelles elle a été employée par contrats à durée déterminée

En ce qui concerne le délai de prévenance :

6. Aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 : " I.- Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans. / Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux deuxième, troisième, quatrième et cinquième alinéas sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux conclus avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent./ Lorsqu'il est proposé de renouveler le contrat, l'agent contractuel dispose d'un délai de huit jours pour faire connaître, le cas échéant, son acceptation. L'autorité territoriale informe l'agent des conséquences de son silence. En cas de non-réponse dans le délai prévu, l'intéressé est présumé renoncer à son emploi ".

7. Il résulte de l'instruction que la commune de Lyon a prévenu, seulement le 13 décembre 2021, Mme B, qui exerçait en contrats à durée déterminée successifs depuis, 30 mois, que son contrat pouvait être renouvelé pour une durée de 4 mois à compter du 1er janvier 2022. La méconnaissance par la commune de Lyon du délai de prévenance prévu à l'article 38-1 précité du décret du 15 février 1988, constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité à l'égard du requérant pour autant que cette illégalité lui ait causé un préjudice.

8. Mme B, qui était informée que pour faire connaître sa réponse, elle disposait d'un délai de 8 jours, au-delà duquel elle serait regardée comme ayant renoncé à cet emploi, a immédiatement répondu par écrit, qu'elle avait d'autres projets pour sa vie professionnelle ".

9. La circonstance que la proposition de la commune de Lyon soit intervenue dans un délai inférieur à deux mois n'a pas pour effet que cette proposition devrait être regardée comme illégale et par suite nulle et non-avenue. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle doit être regardée comme n'ayant pas reçu de proposition de renouvellement de son contrat, et par suite, comme étant involontairement privée d'emploi. Au surplus, la commune de Lyon ayant adhéré au régime d'assurance chômage pour les contractuels depuis le 1er mai 2021, il ne lui incombe pas de verser les allocations pour perte d'emploi, ni de se prononcer sur le caractère légitime du refus de l'agent de renouveler son contrat.

10. La circonstance que Mme B n'a pas bénéficié des allocations de retour à l'emploi à l'issue de son dernier contrat, ne trouve pas son origine dans celle que la commune de Lyon n'a pas respecté le délai de prévenance pour lui proposer le renouvellement de son contrat, mais dans le refus de Mme B de s'engager dans un nouveau contrat à durée déterminée.

11. En outre, Mme B n'établit pas que la circonstance qu'elle n'a pas été informée au moins deux mois avant le terme de son contrat de la proposition de la ville de renouveler celui-ci serait à l'origine de la perte de chance de trouver un emploi stable.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander que la commune de Lyon soit condamnée à lui payer une indemnité équivalente au montant des allocations pour perte d'emploi qu'elle n'a pas perçues jusqu'au terme du délai de carence de quatre mois.

13. En revanche en ne respectant pas le délai de prévenance de deux mois, applicable à la situation de Mme B, la commune de Lyon a causé un préjudice moral à l'intéressée, qu'il y a lieu d'indemniser en condamnant la commune à lui payer une somme de 500 euros tous intérêts compris au jour du jugement.

En ce qui concerne l'absence d'information sur les conséquences d'un refus de Mme B de renouveler son contrat :

14. Aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait à la commune de Lyon, qui par ailleurs a informé Mme B des conséquences d'une absence de réponse à sa proposition de renouveler son contrat, que le refus de cette proposition permettrait de la regarder comme n'ayant pas involontairement perdu son emploi. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la proposition que la commune lui a communiquée le 13 décembre 2023 était fautive, ni à demander que la commune soit condamnée à lui payer une indemnité de ce chef.

15. Mme B soutient aussi qu'elle avait un motif légitime de refuser le renouvellement de son contrat. En effet, ce contrat la maintenait dans une situation précaire, qui faisait obstacle à ce qu'elle puisse accéder aux crédits à la consommation. Toutefois, un tel motif n'est pas légitime. Par suite, Mme B ne peut être regardée comme ayant involontairement perdu son emploi. L'attestation pour Pôle emploi établie par la commune de Lyon n'est donc pas fautive et Mme B n'est pas fondée à demander que la commune de Lyon soit condamnée à lui payer des dommages et intérêts.

16. Il résulte de ce qui précède qu'il y a seulement lieu de condamner la commune de Lyon à payer une indemnité de 500 euros à Mme B.

Sur les frais liés au litige :

17. Mme B ne justifie pas avoir engagé des frais pour le présent litige. Par suite, les conclusions de sa requête tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune à lui verser au titre des frais du litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Lyon est condamnée à payer à Mme B une indemnité de 500 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Lyon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.

La magistrate désignée

A. WolfLe greffier,

J-P Duret

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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