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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206579

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206579

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206579
TypeDécision
RecoursAutorisation
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 août 2022 et 27 février 2023, Mme B A, représentée par Me Vernet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 juin 2022 par laquelle la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, révélant en cela un défaut d'examen complet et suffisant de sa situation ;

- cette décision procède d'une erreur de droit dans l'application des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,

- les conclusions de M. Borges Pinto, rapporteur public,

- et les observations de Me Vernet, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante gambienne née le 1er juin 1988, demande l'annulation de la décision du 8 juin 2022 par laquelle la préfète de l'Ain lui a refusé un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Selon l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci. Dans ce dernier cas, il appartient seulement au demandeur de produire la décision de justice intervenue, quelles que soient les mentions de celle-ci, peu important notamment qu'elles constatent l'impécuniosité ou la défaillance du parent français auteur de la reconnaissance. La circonstance que cette décision de justice ne serait pas exécutée est également sans incidence.

4. Pour refuser le titre de séjour sollicité, sur le fondement des dispositions précitées, la préfète de l'Ain a relevé que Mme A ne pouvait être regardée comme entrant dans le champ d'application de ces dispositions dès lors que, si la requérante produit un jugement du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse du 18 février 2022 fixant une pension alimentaire de cent cinquante euros par mois à la charge du père de l'enfant, ce dernier ne s'acquittait pas de cette obligation et qu'aucune pièce n'établissait qu'il contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Toutefois, en application des principes ci-dessus analysés, la seule production de la décision de justice en cause, quelle qu'en soit l'exécution afférente, devait faire regarder la requérante comme satisfaisant aux conditions posées par l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et alors qu'il est constant que la requérante satisfait également aux exigences de l'article L. 423-7 du même code, c'est en entachant sa décision d'une erreur de droit dans l'application de ces dispositions que la préfète du Rhône a refusé à la requérante le titre de séjour sollicité.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions accessoires :

6. D'une part, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, pour l'exécution du présent jugement et compte tenu de la portée du motif d'annulation retenu, qu'il soit enjoint à la préfète de l'Ain de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme A dans un délai qu'il convient de fixer à un mois, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

7. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Vernet, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 8 juin 2022 par laquelle la préfète de l'Ain lui a refusé un titre de séjour à Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 (mille) euros à Me Vernet au titre des frais d'instance, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus de conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Vernet et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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