mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206596 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ABEILLE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 août 2022, Mme C B, représentée par la Selarl Boisserand Julien-Boisserand, agissant par Me Boisserand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er juillet 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Loire a suspendu son agrément en qualité d'assistante maternelle ;
2°) de condamner le département de la Loire à lui verser la somme de 3 823 euros au titre de son préjudice financier résultant de sa perte d'emploi concernant le mois de juillet 2022, et d'une une somme restant à déterminer au titre du mois d'août 2022 ;
3°) de condamner le département de la Loire à lui verser la somme de 10 000 euros au titre de son préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge du département de la Loire la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en litige est entachée d'incompétence ;
- elle méconnait le principe du contradictoire prévu à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux ;
- elle porte atteinte à la présomption d'innocence ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'urgence alléguée n'est pas caractérisée ;
- elle est fondée à être indemnisée des préjudices résultant de l'illégalité fautive de cette décision.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le département de la Loire, représenté par la Selarl Abeille et Associés, agissant par Me Pontier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les conclusions indemnitaires de la requérante sont irrecevables, faute d'avoir été précédées d'une demande préalable et que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 1er juin 2023 par une ordonnance du 11 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique,
- les observations de Me Abel pour Mme B et celles de Me Viguier pour le département de la Loire.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B a été agréée en qualité d'assistante maternelle en 2007. Son agrément a été renouvelé pour la dernière fois en 2017 pour l'accueil de quatre enfants. Par une décision du 1er juillet 2022, le président du conseil départemental de la Loire a suspendu son agrément. Mme B demande l'annulation de cette décision ainsi que la condamnation du département de la Loire à l'indemniser des préjudices subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision litigieuse a été signée par Mme A, responsable du service administration et finance de la direction de la protection maternelle et infantile (PMI) et adjointe au médecin départemental de la PMI, en vertu d'une délégation de signature à cet effet par arrêté du 20 avril 2022 du président du conseil départemental de la Loire, publié au recueil des actes administratifs du 11 mai 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel () est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside () si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs () accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Les troisième à quatrième alinéas de l'article L. 421-6 du même code disposent que : " Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. ". Aux termes de l'article R. 421-24 du code de l'action sociale et familiale : " Le président du conseil départemental informe sans délai la commission consultative paritaire départementale de toute décision de suspension d'agrément prise en application de l'article L. 421-6. La décision de suspension d'agrément fixe la durée pour laquelle elle est prise qui ne peut en aucun cas excéder une période de quatre mois. ".
4. D'une part, la décision par laquelle l'autorité administrative prononce la suspension de l'agrément d'un assistant maternel ou familial constitue une mesure de police administrative prise dans l'intérêt des enfants accueillis. Si elle doit être motivée en vertu des dispositions spéciales de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles, elle n'en relève pas moins du champ d'application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il résulte toutefois des articles L. 421-6 et L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles que cette mesure de suspension, qui ne peut excéder quatre mois, constitue une mesure provisoire destinée à permettre de sauvegarder la santé, la sécurité et le bien-être des mineurs accueillis, durant les délais nécessaires notamment à la consultation de la commission consultative paritaire départementale et au respect du caractère contradictoire de la procédure, en vue, le cas échéant, d'une mesure de retrait ou de modification du contenu de l'agrément. Pendant la période de suspension de son agrément, l'assistant maternel ou familial employé par une personne morale de droit privé ou de droit public bénéficie d'une indemnité compensatrice. Le législateur a ainsi entendu, par ces dispositions, déterminer entièrement les règles de procédure auxquelles sont soumises ces mesures de suspension de l'agrément des assistants maternels ou familiaux, qui s'inscrivent dans le cadre de la modification ou du retrait éventuel de cet agrément, soumis à une procédure contradictoire préalable précisée à l'article R. 421-23 du même code.
5. Eu égard à ce qui a été dit au point précédent, Mme B ne peut utilement soutenir que la mesure de suspension en litige aurait dû être précédée d'une procédure contradictoire. Elle ne peut pas plus utilement se prévaloir de la violation des stipulations de l'article 41.2 de la charte sur les droits fondamentaux dès lors que la décision attaquée n'entre pas dans le champ d'application du droit de l'Union. Enfin, la décision contestée étant constitutive d'une mesure de police, le moyen tiré de la méconnaissance de la présomption d'innocence doit également être écarté comme inopérant.
6. D'autre part, il résulte des dispositions précitées des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles qu'il incombe au président du conseil général de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant de la part du bénéficiaire de l'agrément, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être. Il peut en outre, si la première appréciation de ces éléments révèle une situation d'urgence, procéder à la suspension de l'agrément.
7. Pour prononcer en urgence à la suspension de l'agrément de Mme B pour une durée de quatre mois, le président du conseil départemental de la Loire s'est fondé sur la circonstance qu'il a reçu, les 27 et 30 juin 2022, deux informations préoccupantes de la part de deux parents employeurs qui rapportaient les propos et mimes de leurs enfants qui révèleraient des faits constitutifs de violence physique commis par Mme B. Si cette dernière soutient que la situation d'urgence n'était pas caractérisée, que les faits qui lui sont reprochés reposent sur des accusations mensongères et qu'elle exerce sa profession de manière irréprochable depuis 2007 comme l'attestent plusieurs parents, il ressort des pièces du dossier que les deux informations préoccupantes portées à la connaissance du président du conseil départemental de la Loire reposent sur le témoignage concordant de trois enfants issus de deux familles différentes faisant notamment état de gestes d'étranglement de l'intéressée provoquant la toux des enfants, ces faits ayant donné lieu à l'ouverture d'une enquête préliminaire. Par suite, compte tenu des éléments d'information alors en sa possession et de l'intérêt général qui s'attache à la protection de la santé, la sécurité et l'épanouissement des enfants accueillis, le président du conseil départemental de la Loire a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer dans l'urgence la suspension, à titre conservatoire, de l'agrément d'assistante maternelle de Mme B.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. En l'absence d'illégalité fautive, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le défendeur, les conclusions de Mme B tendant à la condamnation du département de la Loire à l'indemniser des préjudices résultant de la décision précitée doivent également être rejetées.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions indemnitaires.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Loire, qui n'est pas, dans la présente instance la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions présentées par le département de la Loire présentées sur le même fondement.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le département de la Loire sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au département de la Loire.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
Mme Bardad, première conseillère,
M. Delahaye, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.
Le rapporteur,
L. DelahayeLe président,
J. Segado
La greffière,
E. Seytre
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026