mardi 13 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206631 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BOUHALASSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 1er septembre et 4 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Bouhalassa, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 31 août 2022 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle se fonde à tort sur la menace à l'ordre public qu'il représenterait ;
Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- il est à tort fondé sur un risque de soustraction à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sa durée présente un caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant algérien né le 21 janvier 1999, est entré en France en 2015. Il est constant qu'il a fait l'objet, le 24 décembre 2019, de décisions devenues définitives portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il a été interpellé le 30 août 2022 pour défaut de permis de conduire et d'assurance. Par des décisions du 31 août 2022 dont il demande l'annulation, le préfet du Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de douze mois. Le préfet du Rhône l'a en outre assigné à résidence par une décision du même jour.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par Mme E D, cheffe du bureau de l'éloignement à la préfecture du Rhône. Elle bénéficie d'une délégation de signature du préfet du Rhône du 29 août 2022, régulièrement publiée le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, lui permettant de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration, non contesté ici, la totalité des actes établis par cette direction, à l'exception de ceux au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la mesure d'éloignement attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le préfet cite les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont il fait application, rappelle la situation administrative et familiale de M. B et expose les faits sur lesquels il a fondé son appréciation. Le préfet a ainsi suffisamment motivé sa décision. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait omis de procéder à un examen sérieux de la situation de M. B.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / ().".
5. M. B se prévaut de ce qu'il était présent en France depuis sept ans à la date de l'obligation de quitter le territoire français attaquée, de ce qu'il vit chez sa sœur de nationalité française qui l'a accueilli lorsqu'il était mineur dans le cadre d'une kafala et qu'il a été scolarisé au lycée de 2016 à 2019. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a interrompu sa scolarisation après la classe de 1ère et n'a obtenu aucun diplôme en dehors du diplôme d'études en langue française de niveau B1 qui n'est pas un diplôme professionnalisant. Il n'apporte par ailleurs aucun élément sur son insertion professionnelle en France. Il était âgé de 23 ans à la date de la décision attaquée et n'avait ainsi plus vocation à vivre à la charge de sa sœur résidant en France. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine dans lequel vivent ses parents et où il a vécu l'essentiel de sa vie. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait contraire à son droit à une vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
6. Enfin, M. B soutient qu'il ne représenterait pas une menace à l'ordre public si bien que le préfet ne pouvait fonder l'obligation de quitter le territoire français attaqué sur l'existence de cette menace. Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas pour fondement le caractère de menace à l'ordre public de la présence en France de M. B mais le refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été antérieurement opposé. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
8. Il ressort de sa rédaction que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est fondée sur les 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur les 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. Or M. B s'est soustrait à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 24 octobre 2019. Il se trouvait donc dans la situation prévue au 5° de l'article L. 612-3 dans laquelle le préfet peut considérer qu'il représente un risque de soustraction à la nouvelle obligation de quitter le territoire français au sens du 3° de l'article L. 612-2. Si M. B soutient qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public au sens du 1° de l'article L. 612-2, il résulte de l'instruction que le préfet aurait refusé de lui accorder un délai de départ volontaire s'il s'était fondé sur les seules dispositions du 3° de cet article.
Sur la fixation du pays de destination :
9. En l'absence de tout argument spécifique, le moyen selon lequel la décision portant fixation du pays de destination serait contraire au droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs exposés au point 5 du présent jugement.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
11. Le préfet du Rhône ayant refusé d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, ce dernier se trouvait dans la situation, prévue à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, dans laquelle le préfet peut prononcer une interdiction de retour sur le territoire français. Le préfet du Rhône a relevé que M. B ne justifiait pas de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il s'était maintenu en France en situation irrégulière et s'était soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français, enfin qu'il a été interpellé pour défaut de permis de conduire et défaut d'assurance. Le préfet, qui a en outre cité les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a ainsi suffisamment motivé sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
12. Si l'interpellation le 30 août 2022 de. B pour défaut de permis de conduire et d'assurance, prise isolément, ne saurait caractériser une menace à l'ordre public, l'ensemble des éléments énoncés au point 11 justifie l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français dont la durée de douze mois, alors que le préfet pouvait la fixer jusqu'à trois ans, n'est pas disproportionnée. Pour le même motif et compte tenu de ce qui a été exposé au point 5, doivent être écartés les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'interdiction de retour sur la situation personnelle de M. B.
13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Rhône.
Copie en sera adressée à Me Bouhalassa.
Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, où siégeaient :
Mme Michel, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
Mme Conte, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.
La rapporteure,
C. A
La présidente,
C. Michel
La greffière
S. Hosni
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026