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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206913

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206913

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFRECHE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 septembre 2022 et le 6 mars 2023, la société SAS Nexity IR Programmes Alpes, représentée par l'AARPI Frêche et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° PC 00116021J0010 du 18 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Ferney-Voltaire a, au nom de cette commune, refusé de lui délivrer un permis de construire un ensemble immobilier de trois bâtiments à usage principal d'habitation, comportant la création de quatre-vingt-douze logements, sur un terrain situé sur le territoire de la commune dans le périmètre de la zone d'aménagement concerté " Ferney-Genève Innovation ", ainsi que la décision du 10 août 2022 par laquelle le maire de la commune de Ferney-Voltaire a rejeté le recours gracieux formé à l'encontre de l'arrêté du 18 mai 2022 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Ferney-Voltaire de lui accorder l'autorisation sollicitée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Ferney-Voltaire une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le premier motif, tiré de la méconnaissance de l'article 1AUFGI 4.4. et de ce que le dossier ne préciserait pas l'emprise au sol du projet, ne peut légalement fonder le refus opposé, en l'absence de demande préalable de pièces complémentaires sur ce point et alors que l'emprise au sol pouvait se déduire des informations transmises sur les superficies des surfaces non bâties ;

- le deuxième motif, tiré de la méconnaissance de l'article 1AUFGI 5.3. et de ce que le dossier ne préciserait pas la valorisation éco-aménageable de deux toitures terrasses, ne peut légalement fonder le refus opposé, en l'absence de demande préalable de pièces complémentaires sur ce point et alors que le plan des toitures comportait les informations concernées ;

- le troisième motif, tiré de la méconnaissance de l'article 1AUFGI 6.1. et de ce que la surface de pleine terre du projet intègre des espaces ne pouvant pas recevoir des plantations, ne peut légalement fonder le refus opposé, en l'absence de précision sur le coefficient de pleine terre applicable au projet et alors que même en déduisant les espaces contestés le projet respecte les prescriptions de cet article ;

- le quatrième motif, tiré de la méconnaissance de l'article 1AUFGI 7 et de ce que le projet ne respecte pas la largeur minimale des zones de manœuvre des aires de stationnement, ne peut légalement fonder le refus opposé, dès lors d'une part que les espaces visés constituent des espaces de circulation et non des zones de manœuvre et d'autre part que ce point aurait pu faire l'objet d'une simple prescription.

Par des mémoires en défense enregistrés les 9 décembre 2022 et 18 avril 2023, la commune de Ferney-Voltaire, représentée par la SELARL Landot et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société SAS Nexity IR Programmes Alpes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que :

- la requête est irrecevable, faute de qualité du représentant de la société SAS Nexity IR Programmes Alpes pour agir au nom de cette société ;

- les moyens soulevés par la société SAS Nexity IR Programmes Alpes ne sont pas fondés.

Un mémoire, présenté pour la société SAS Nexity IR Programmes Alpes le 5 mai 2023, n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Maubon,

- les conclusions de M. Borges-Pinto,

- et les observations de Me Laugier, représentant la société SAS Nexity IR Programmes Alpes , et de Me d'Andrea, représentant la commune de Ferney-Voltaire.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 18 mai 2022, le maire de la commune de Ferney-Voltaire (Ain) a, au nom de cette commune, refusé de délivrer à la société SAS Nexity IR Programmes Alpes une autorisation de réaliser des travaux de construction d'un ensemble de trois bâtiments à usage principal d'habitation, comportant la création de quatre-vingt-douze logements, sur un terrain situé sur le territoire de cette commune dans le périmètre de la zone d'aménagement concerté " Ferney-Genève Innovation ". La société a, par l'intermédiaire de son avocat, formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, qui a été rejeté par une décision du 10 août 2022 du maire de la commune de Ferney-Voltaire. La société SAS Nexity IR Programmes Alpes demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 18 mai 2022 et de la décision du 10 août 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 18 mai 2022 est fondée sur quatre motifs, tirés respectivement de l'impossibilité de vérifier le respect des articles 4, 5 et 6 du règlement de la zone 1AUFGI du plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat de la communauté d'agglomération (PLUiH) du pays de Gex pour les trois premiers et de la méconnaissance de l'article 7 du règlement de la zone 1AUFGI du PLUiH pour le dernier.

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. " Aux termes de l'article R. 423-38 de ce code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. "

4. Il ressort des pièces du dossier que le premier motif de refus du permis de construire sollicité est tiré de ce qu'" aucune pièce du permis de construire ne précise l'emprise au sol du projet ". Si le 4. de l'article 1AUFGI 4 du règlement du PLUiH, qui dispose que " L'emprise au sol maximale des constructions est de 60 % de la superficie de l'unité foncière " est cité dans l'arrêté contesté, il ressort de la mention conclusive selon laquelle " le dossier présenté ne permet pas de vérifier le caractère réglementaire du projet conformément [à l'article 4] () de la zone 1AUFGI du PLUIH " que le maire de la commune n'a pas vérifié la conformité du projet aux dispositions du 4. de l'article 1AUFGI 4 du règlement du PLUiH, mais a considéré que le dossier déposé par la société pétitionnaire était incomplet. La commune, qui pouvait mettre en œuvre la procédure de demande de pièces manquantes si elle estimait que la production de pièces complémentaires devait être exigée, ne pouvait légalement refuser le permis sollicité pour ce motif. La société requérante est par suite fondée à soutenir que le premier motif de refus est entaché d'une erreur de droit.

5. Il ressort des pièces du dossier que le deuxième motif de refus du permis de construire sollicité est tiré de ce qu'" aucune pièce du permis de construire ne détaille la valorisation éco aménageable " de deux toitures terrasses, celle du bâtiment B1 d'une surface de 185 m² et celle du bâtiment C d'une surface de 145 m², non accessibles au public. Si les dispositions du 3. de l'article 1AUFGI 5 du règlement du PLUiH, qui disposent que " La valorisation éco aménageable (végétalisation, valorisation énergétique) des toitures terrasses non accessibles de plus de 25m² est obligatoire ", sont citées dans l'arrêté contesté, il ressort de la mention conclusive selon laquelle " le dossier présenté ne permet pas de vérifier le caractère réglementaire du projet conformément [à l'article 5] () de la zone 1AUFGI du PLUIH " que le maire de la commune a considéré que le dossier déposé par la société pétitionnaire était incomplet, et n'a pas vérifié la conformité du projet aux dispositions du 3. de l'article 1AUFGI 5 du règlement du PLUiH. La commune, qui pouvait mettre en œuvre la procédure de demande de pièces manquantes si elle estimait que la production de pièces complémentaires devait être exigée, ne pouvait légalement refuser le permis sollicité pour ce motif. La société requérante est par suite fondée à soutenir que le deuxième motif de refus est entaché d'une erreur de droit.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le troisième motif de refus du permis de construire sollicité est tiré de ce que " la surface de pleine terre du projet présentée dans la notice descriptive (PC4 - p.18) intègre des espaces ne pouvant recevoir des plantations comme les allées en béton sablé et en sable stabilisé ". Nonobstant la mention conclusive selon laquelle " le dossier présenté ne permet pas de vérifier le caractère réglementaire du projet conformément [à l'article 6] () de la zone 1AUFGI du PLUIH ", il résulte de ces termes que le maire de la commune n'a pas considéré que le dossier déposé par la société pétitionnaire était incomplet, mais a considéré que le 1. de l'article 1AUFGI 6 du règlement du PLUiH, qui fixe le coefficient de pleine terre des espaces non bâtis en fonction de l'emprise au sol du projet, était méconnu.

7. Il ressort des pièces du dossier et notamment du plan des " surfaces projet " que le projet prévoit 1 089,33 m² d'espaces verts hors sous-sol et 56,2 m² de jardins partagés hors sous-sol " comptés dans terre végétale en pleine terre ". Ainsi, contrairement à ce que soutient la commune, le dossier permettait de s'assurer du respect des dispositions du 1. de l'article 1AUFGI 6 du règlement du PLUiH.

8. Si le document " plan sous-sol " figurant en page 18 de la notice descriptive PC4 mentionne de manière équivoque 1 378 m² de " surface de pleine terre ", il résulte clairement de sa légende que cette surface correspond en réalité à la " surface d'espace libre ", c'est-à-dire des espaces non bâtis distincts des 472 m² d'aménagements extérieur sur dalle, sans que le dossier ne laisse penser que la société aurait comptabilisé ces 1 378 m² comme surface de pleine terre pour l'application du 1. de l'article 1AUFGI 6 du règlement du PLUiH, dont il appartenait à la commune de s'assurer du respect par le projet.

9. En outre, il ressort du plan des " surfaces projet " que, pour un projet implanté sur un terrain de 3 491,64 m², la déduction des 1 851,71 m² d'espaces non bâtis conduit à une emprise au sol de 1 639,93 m² soit 49,9 %. Selon le 1. de l'article 1AUFGI 6 du règlement du PLUiH, pour une emprise au sol comprise entre 35 % et 50 % de l'unité foncière, le coefficient des espaces non bâtis qui doivent être laissée en pleine terre est de " au moins 25 % de l'unité foncière ", soit au moins 872,91 m². Le projet prévoit 1 089,33 m² d'espaces verts hors sous-sol, dont il n'est pas contesté qu'il s'agit d'espaces verts non bâtis laissés en pleine terre. Il en résulte donc, sans qu'il soit besoin d'examiner le statut des cheminements en béton sablé pour le calcul du coefficient de pleine terre, que le projet respecte ces dispositions. Ainsi, la société requérante est fondée à soutenir que le troisième motif de refus est entaché d'une erreur d'appréciation.

10. En dernier lieu, le quatrième motif de refus du permis de construire sollicité est tiré de ce que plusieurs zones de manœuvre afférent à des places de stationnement ont une largeur inférieure à six mètres, en méconnaissance des dispositions de l'article 7 de la zone 1AUFGI du PLUIH, dont le quatrième alinéa dispose que " Les zones de manœuvre des aires de stationnement doivent avoir une largeur minimale de 6 mètres. Elles doivent être réalisées en dehors des voies de circulation, sur le terrain d'assiette du projet. ".

11. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article 1AUFGI 7 du PLUIH que des zones de manœuvre doivent être prévues pour l'accès à chaque aire de stationnement, en dehors des voies de circulation, et que ces zones doivent avoir une largeur minimale de 6 mètres.

12. D'autre part, il ressort du plan du sous-sol, niveau où seront implantées quarante-deux places de stationnement, qu'une zone de manœuvre, qui ne peut être assimilée à une voie de circulation s'agissant d'une voie d'accès à des places de stationnement situées dans un parking souterrain, est prévue en regard de toutes les places de stationnement. Toutefois, il est constant que le linéaire de cette zone de manœuvre est inférieur à six mètres en six endroits, d'entre 16 et 35 centimètres. Dès lors, les dispositions précitées de l'article 1AUFGI 7 sont méconnues par le projet. Si la société requérante soutient que la configuration du parc de stationnement souterrain permet la réduction de la largeur ou de la longueur des places de stationnement afin de permettre d'aboutir à des zones de manœuvre d'une dimension supérieure ou égale à six mètres, susceptible de faire l'objet d'une simple prescription assortissant le permis, le maire n'était pas tenu de délivrer le permis en l'assortissant de prescriptions à cet égard, et pouvait légalement refuser de délivrer le permis sollicité au motif que le projet méconnaît les dispositions de l'article 1AUFGI 7.

13. Il résulte de l'instruction que le maire de la commune de Ferney-Voltaire aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la société SAS Nexity IR Programmes Alpes n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions contestées. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de sa requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société SAS Nexity IR Programmes Alpes la somme que la commune de Ferney-Voltaire demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société SAS Nexity IR Programmes Alpes est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Ferney-Voltaire sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société SAS Nexity IR Programmes Alpes et à la commune de Ferney-Voltaire.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

La rapporteure,

G. Maubon

Le président,

H. Drouet La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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