mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207187 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CRUSOE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 septembre 2022 et les 5 et 28 novembre 2023, l'association La Ligue des droits de l'homme, représentée par l'AARPI Andotte Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération de la commission permanente du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes du 30 juin 2022 en tant qu'elle complète le règlement du fonds d'aide régionale à la restauration ;
2°) de mettre à la charge de la région Auvergne-Rhône-Alpes la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la délibération attaquée est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas établi que le quorum était atteint ;
- elle méconnaît l'objectif à valeur constitutionnelle de clarté et d'intelligibilité de la norme, dès lors que le comportement incivique susceptible d'entraîner le refus de l'aide concernée n'est pas défini de manière suffisamment claire et précise ;
- elle méconnaît le principe de légalité des délits et des peines, dès lors que le comportement incivique pouvant conduire à la suspension de l'aide concernée, laquelle est constitutive d'une sanction, n'est pas défini ;
- elle méconnaît le principe de légalité des délits et des peines et l'exigence de proportionnalité, faute de définir les modalités de la suspension, notamment le délai de prescription de l'action du tiers ou de la région et la durée maximale de la suspension ;
- elle méconnaît les droits de la défense, dès lors que l'intéressé ne sera pas au préalable mis en mesure de présenter des observations sur les faits qui lui sont reprochés ;
- elle méconnaît l'exigence de personnalité des peines, dès lors que la suspension de l'aide sera automatique si le tiers de confiance la sollicite, sans examen des faits reprochés par la région ;
- elle porte atteinte au principe d'égalité, dès lors que le bénéfice de l'aide concernée dépend de l'absence de comportement incivique, critère qui n'entretient pas de rapport objectif avec l'objet de la norme instituant cette aide, et que son refus ou sa suspension dépend entièrement de l'avis d'un tiers, qui détermine de façon discrétionnaire si le demandeur ou le bénéficiaire a adopté un comportement incivique et si ce comportement justifie le refus ou la suspension de l'aide ;
- elle méconnaît l'exigence de proportionnalité et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle autorise le refus ou la suspension de l'aide concernée en cas de comportement incivique, même isolé.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er février et 24 novembre 2023, la région Auvergne-Rhône-Alpes, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l'association La Ligue des droits de l'homme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, dès lors que l'association La Ligue des droits de l'Homme ne justifie pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Constitution, notamment son Préambule ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative ;-
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gros, première conseillère,
- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique,
- et les observations de Me Petit, représentant la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Une note en délibéré présentée pour l'association La Ligue des droits de l'homme a été enregistrée le 9 juillet 2024.
Considérant ce qui suit :
1. L'association La Ligue des droits de l'homme demande au tribunal d'annuler la délibération de la commission permanente du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes du 30 juin 2022 en tant qu'elle complète le règlement du fonds d'aide régionale à la restauration.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la région Auvergne-Rhône-Alpes :
2. Si, en principe, le fait qu'une décision administrative ait un champ d'application territorial fait obstacle à ce qu'une association ayant un ressort national justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour en demander l'annulation, il peut en aller autrement lorsque la décision soulève, en raison de ses implications, notamment dans le domaine des libertés publiques, des questions qui, par leur nature et leur objet, excèdent les seules circonstances locales.
3. La décision de la commission permanente du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes de prévoir, dans le règlement du fonds d'aide régionale à la restauration, que le bénéfice de l'aide versée au titre de ce fond pourra être refusé ou suspendu en cas de comportement incivique soulève des questions qui excèdent les seules circonstances locales en raison de ses implications dans le domaine des libertés publiques. Dès lors, alors même qu'elle présente un champ d'action national, l'association La Ligue des droits de l'homme, qui, aux termes de ses statuts, s'est notamment donnée pour objet de défendre les principes énoncés dans les Déclarations des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de combattre " l'injustice, l'illégalité, l'arbitraire, l'intolérance, toute forme de racisme et de discrimination () et plus généralement toute atteinte au principe fondamental d'égalité entre les êtres humains ", justifie d'un intérêt à agir. La région Auvergne-Rhône-Alpes n'est, par suite, pas fondée à soutenir que l'association requérante ne serait pas recevable à demander l'annulation de la délibération de la commission permanente de son conseil régional du 30 juin 2022 en tant qu'elle complète le règlement du fonds d'aide régionale à la restauration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Par la délibération attaquée, la commission permanente du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes a, notamment, décidé de compléter le règlement du fonds d'aide régionale à la restauration, en prévoyant que " sans avoir à connaître les faits reprochés, la Région se tient à la disposition des établissements qui lui demandent de ne pas attribuer ou de suspendre le FARR d'un élève ayant eu un comportement incivique ".
5. Le paragraphe ainsi inséré dans le règlement du fonds d'aide régionale à la restauration, pas plus que la délibération procédant à cet ajout, ne donnent de définition claire et précise du comportement incivique pouvant conduire la région à ne pas attribuer d'aide au titre de ce fonds, ni ne renvoient à un autre texte ou document procédant à cette définition. Dans ces conditions, l'association La Ligue des droits de l'homme est fondée à soutenir que la délibération attaquée méconnaît, à cet égard, l'objectif à valeur constitutionnelle de clarté et d'intelligibilité de la norme.
6. En outre, aux termes de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 : " La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée ".
7. Pour les motifs énoncés au point 5, l'association La Ligue des droits de l'homme est également fondée à soutenir que la délibération attaquée, en tant qu'elle ajoute une possibilité de suspension de l'aide versée au titre du fonds d'aide régionale à la restauration en cas de comportement incivique dans le règlement de ce fonds, méconnaît le principe de légalité des délits et des peines, consacré par l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'association La Ligue des droits de l'homme est fondée à demander l'annulation de la délibération de la commission permanente du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes du 30 juin 2022 en tant qu'elle complète le règlement du fonds d'aide régionale à la restauration.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association La Ligue des droits de l'homme, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la région Auvergne-Rhône-Alpes demande au titre de ses frais d'instance. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la région Auvergne-Rhône-Alpes le versement à l'association requérante d'une somme de 1 500 euros à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération de la commission permanente du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes du 30 juin 2022 est annulée en tant qu'elle complète le règlement du fonds d'aide régionale à la restauration.
Article 2 : La région Auvergne-Rhône-Alpes versera à l'association La Ligue des droits de l'homme la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la région Auvergne-Rhône-Alpes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association La Ligue des droits de l'homme et à la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 8 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Rizzato, première conseillère,
Mme Gros, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
La rapporteure,
R. Gros
Le président,
M. Clément La greffière,
T. Andujar
La République mande et ordonne à la préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026