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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207188

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207188

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCRUSOE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2022, l'association La Ligue des droits de l'homme, représentée par l'AARPI Andotte Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération de la commission permanente du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes du 30 juin 2022 en tant qu'elle approuve le règlement de la Bourse au mérite - Très Bien - Apprentis, le règlement de la Bourse au mérite + pour les apprenants méritants des écoles de production, des écoles de la deuxième chance, du service militaire volontaire et des lycées de la deuxième chance ainsi que le règlement de la Prime Droits et devoirs et décide, en outre, l'ajout d'un critère d'éligibilité à l'aide au permis de conduire pour les dossiers déposés à compter du 1er septembre 2022 et la diffusion aux auto-écoles de l'information selon laquelle en leur qualité de tiers de confiance, elles peuvent saisir la région de demandes tendant à ce que cette aide ne soit pas attribuée à un demandeur ayant eu un comportement incivique en lien avec celle-ci ;

2°) de mettre à la charge de la région Auvergne-Rhône-Alpes la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération attaquée est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas établi que le quorum était atteint ;

- elle méconnaît le principe de légalité des délits et des peines, dès lors que le comportement incivique pouvant conduire à la suppression des aides concernées n'est pas défini ;

- elle méconnaît le principe d'égalité, dès lors que le bénéfice des aides concernées dépend de l'absence de comportement incivique, critère qui n'entretient pas de rapport objectif avec l'objet de la norme instituant ces aides ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, la région Auvergne-Rhône-Alpes, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l'association La Ligue des droits de l'homme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que l'association La Ligue des droits de l'Homme ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, première conseillère,

- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Petit, représentant la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Considérant ce qui suit :

1. L'association La Ligue des droits de l'homme demande au tribunal d'annuler la délibération de la commission permanente du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes du 30 juin 2022 en tant qu'elle approuve le règlement de la Bourse au mérite - Très Bien - Apprentis, le règlement de la Bourse au mérite + pour les apprenants méritants des écoles de production, des écoles de la deuxième chance, du service militaire volontaire et des lycées de la deuxième chance ainsi que le règlement de la Prime Droits et devoirs et décide, en outre, l'ajout d'un critère d'éligibilité à l'aide au permis de conduire pour les dossiers déposés à compter du 1er septembre 2022 et la diffusion aux auto-écoles de l'information selon laquelle en leur qualité de " tiers de confiance ", elles peuvent saisir la région de demandes tendant à ce que cette aide ne soit pas attribué à un demandeur ayant eu un comportement incivique en lien avec celle-ci.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article L. 4132-13-1 du code général des collectivités territoriales : " La commission permanente ne peut délibérer si la majorité absolue de ses membres en exercice n'est présente ou représentée. ". Le quorum fixé par cette disposition s'apprécie au début de la séance et lors de la mise en discussion de chaque délibération.

3. La région Auvergne-Rhône-Alpes établit par la production du compte-rendu de la séance de la commission permanente du conseil régional du 30 juin 2022 que le quorum, fixé à 35 de ses membres, était atteint, et même dépassé, lors de la mise en discussion de la délibération attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de quorum doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

S'agissant de la Bourse au mérite - Très Bien - Apprentis, de la Prime Droits et devoirs et de l'aide au permis de conduire :

4. Par la délibération attaquée, la commission permanente du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes a, notamment, décidé d'ériger l'absence de comportement incivique en critère d'éligibilité à la Bourse au mérite - Très Bien - Apprentis et à la Prime Droits et devoirs, dont les règlements ont été modifiés en ce sens, ainsi qu'à l'aide au permis de conduire. Elle a également ajouté, dans les règlements susévoqués, une mention selon laquelle " sans avoir à connaître les faits reprochés ", la région se tient à la disposition des centres de formation des apprentis (OFA) et des organismes de formation en apprentissage (OFA), en ce qui concerne la Bourse au mérite - Très Bien - Apprentis, et des employeurs, pour la Prime Droits et devoirs, qui lui demanderaient de ne pas attribuer d'aide à un demandeur ayant eu un comportement incivique et prévu de diffuser une information de même nature aux auto-écoles s'agissant de l'aide au permis de conduire.

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 : " La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée ".

6. Le refus de verser une aide facultative, quand bien même il serait fondé sur le comportement du demandeur, n'a pas le caractère d'une sanction administrative. L'association La Ligue des droits de l'homme ne peut, dès lors, utilement soutenir que la délibération attaquée, en tant qu'elle prévoit une nouvelle condition, tenant à l'absence de comportement incivique, pour l'attribution de la Bourse au mérite - Très Bien - Apprentis, de la Prime Droits et devoirs et de l'aide au permis de conduire, méconnaîtrait le principe de légalité des délits et des peines, consacré par l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789.

7. En deuxième lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la Bourse au mérite - Très Bien - Apprentis a vocation à récompenser les apprentis particulièrement méritants. De la même manière, la Prime Droits et devoirs a pour objet de valoriser l'insertion dans l'emploi d'allocataires du revenu de solidarité active ayant suivi une formation financée par la région. Enfin, l'aide au permis de conduire vise à améliorer l'employabilité des jeunes. La condition tenant au comportement du demandeur, à laquelle la délibération attaquée subordonne l'attribution de ces aides, apparaît, ainsi, en rapport direct avec l'objet de celles-ci. Par suite, l'association La Ligue des droits de l'homme n'est pas fondée à se prévaloir d'une atteinte au principe d'égalité à ce titre.

9. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la commission permanente du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes en faisant du comportement du demandeur un critère d'attribution de la Bourse au mérite - Très Bien - Apprentis, de la Prime Droits et devoirs et de l'aide au permis de conduire n'est pas assorti de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

S'agissant de la Bourse au mérite + pour les apprenants méritants des écoles de production, des écoles de la deuxième chance, du service militaire volontaire et des lycées de la deuxième chance :

10. Le règlement de la Bourse au mérite + pour les apprenants méritants des écoles de production, des écoles de la deuxième chance, du service militaire volontaire et des lycées de la deuxième chance, approuvé par la délibération attaquée, indique, " à titre indicatif ", que les établissements, chargés de sélectionner les candidatures qui seront soumises à la région, peuvent notamment tenir compte, à cette fin, de l'absence de comportement incivique en lien avec l'aide.

11. En premier lieu, le fait de ne pas proposer une candidature à l'obtention d'une bourse, fût-ce en raison du comportement de l'intéressé, n'a pas le caractère d'une sanction administrative. L'association La Ligue des droits de l'homme ne peut, dès lors, utilement soutenir que la délibération attaquée, en tant qu'elle mentionne le comportement de l'apprenant parmi les éléments susceptibles de guider les établissements dans la sélection des candidats à l'obtention de la bourse en cause, méconnaîtrait le principe de légalité des délits et des peines, consacré par l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789.

12. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la bourse dont il s'agit a vocation à récompenser les apprenants des écoles de production, des écoles de la deuxième chance, du service militaire volontaire et des lycées de la deuxième chance qui se sont particulièrement distingués. Le comportement de l'apprenant, que la décision mentionne parmi les éléments susceptibles de guider les établissements dans la sélection des candidats à l'obtention de cette bourse, apparaît, ainsi, en rapport direct avec l'objet de celle-ci. Par suite, l'association La Ligue des droits de l'homme n'est pas fondée à se prévaloir d'une atteinte au principe d'égalité à ce titre.

13. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la commission permanente du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes en mentionnant le comportement de l'apprenant parmi les éléments susceptibles de guider les établissements dans la sélection des candidats à l'obtention de la bourse en cause n'est pas assorti de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

14. Il résulte de tout ce qui précède que l'association La Ligue des droits de l'homme n'est pas fondée à demander l'annulation partielle de la délibération attaquée. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'association La Ligue des droits de l'homme demande au titre de ses frais d'instance. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'association requérante le versement à la région Auvergne-Rhône-Alpes d'une somme de 1 500 euros à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association La Ligue des droits de l'homme est rejetée.

Article 2 : L'association La Ligue des droits de l'homme versera à la région Auvergne-Rhône-Alpes la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association La Ligue des droits de l'homme et à la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. Clément La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne à la préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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